ENVIRONNEMENT: Régénérer la végétation pour sauver le fleuve Niger de l'ensablement

NIAMEY, 22 fév (IPS) – Le Niger a lancé depuis 2002 un vaste programme de protection des bassins versants du fleuve Niger exposés à une désertification avancée qui entraîne un ensablement continu du lit du fleuve.

"Le manque de végétation le long du fleuve empêche la retenue d'eau lors des précipitations et ouvre la voie à l'érosion des sols sur les plateaux. On observe alors la création de ravins qui acheminent l'eau, le sable et toutes sortes de débris vers le fleuve", explique à IPS, Mahaman Laminou Attaou, directeur national de l'environnement, au ministère nigérien de l'Hydraulique, de l'Environnement et de la Lutte contre la Désertification, à Niamey, la capitale. Cette tendance s'est accrue avec la multiplication des pluies de plus en plus violentes et orageuses. Le phénomène menace aujourd'hui l'existence même du fleuve Niger, le plus grand fleuve ouest-africain, en ce sens que les débris emportés par les eaux de pluie vont se déposer dans le lit du fleuve. Conséquence : les activités socioéconomiques autour du fleuve comme la pêche, l'irrigation des champs, la navigation par barques, et même l'alimentation de la ville de Niamey en eau, sont menacées, indique Attaou. "Nous ne faisons plus de bonnes pêches pendant une bonne partie de l'année. Il est également devenu impossible de faire de l'irrigation parce que le fleuve n'a plus assez d'eau", déclare à IPS, Abass Sorko, un habitant de Kombo, dans le centre du pays, comme pour confirmer les propos de Attaou. D'une superficie totale de 1.267.000 km², aux trois quarts désertiques, la République du Niger est traversée au sud-ouest par le fleuve du même nom sur une longueur de 550 kilomètres. Devant le risque de perdre cet important fleuve ouest-africain, le gouvernement du Niger a lancé ce Programme de protection des rives du Niger, à Bougoum, une localité située à environ 20 km à l'ouest de Niamey, financé sur les ressources de l'Initiative des pays pauvres très endettés. Financé à hauteur d'environ deux millions de dollars la première année, ce programme consiste à réaliser des banquettes de sable de 60 mètres de long, avec des bras de 10 mètres, sur les bassins versants du fleuve pour éviter que les eaux de ruissellement drainent des matières solides vers le lit du fleuve quand il pleut, explique Attaou. Une banquette est une espèce de digue en terre d'environ un mètre de haut, qui sert à retenir l'eau après une pluie. Sur les bassins versants du fleuve, les sols dénudés sont rocailleux et lorsqu'il pleut, l'eau dévale la pente avec une forte pression en direction du fleuve, emportant toutes les matières solides qu'elle trouve sur son chemin. En cassant le sol rocailleux pour confectionner ces banquettes, on freine ainsi l'action néfaste de l'eau de pluie qu'on oblige à s'infiltrer dans le sol pour recharger la nappe phréatique. On favorise en même temps la régénération de la végétation autour des banquettes. De 2002 à aujourd'hui, ce sont plus de 6.000 hectares de terres dégradées qui ont été récupérées sur 100.000 hectares à traiter, selon les estimations de la direction de l'environnement. Attaou chiffre l'étendue des bassins à traiter, en 2007, à 7.500 hectares et les dunes de sable à fixer à 1.500 hectares. Fixer une dune de sable consiste à l'empêcher de se déplacer sous l'effet du vent. Cela se fait au moyen de tiges d’arbustes qu'on dresse sous forme de haies pour lui constituer un rempart. Ce programme de protection des bassins versants visent en outre à lutter contre la pauvreté et générer des emplois. "Quand nous avons commencé à Bougoum, nous utilisions entre 800 à 900 personnes par an. Mais avec l'élargissement du programme aux huit régions du Niger, nous sommes passés à 27.682 personnes en 2006, tous des jeunes ruraux", souligne-t-il. Au regard des bons résultats du programme, le président du Niger, Mamadou Tandja, a décidé, en 2004, de porter l'enveloppe du programme à environ trois millions de dollars par an, et de doubler l'effectif des jeunes recrutés dont le nombre passera de 27.682 à 60.000 en 2007, dans l'ensemble du pays, annonce Attaou. Pour Mahamadou Adamou de SOS Environnement, une organisation non gouvernementale locale basée à Niamey, ce programme de protection des bassins versants du Niger est une initiative réussie. "Non seulement, il permet de récupérer les terres dégradées pour accroître les espaces de culture et de pâturage, mais il crée également de nombreux emplois — même s'ils sont temporaires — qui contribuent à freiner l'exode des jeunes ruraux vers les pays côtiers pendant la saison morte", indique Adamou à IPS. Selon le directeur national de l'environnement, le succès du programme a conduit certains partenaires au développement à apporter leur soutien au Niger pour mener des actions plus grandes. La coopération italienne, par exemple, a appuyé le Niger en 2006, en réalisant des banquettes sur 1.000 hectares, au niveau du village Keita, dans le centre-est du pays. La coopération de la principauté de Monaco intervient également depuis trois ans au niveau du fleuve Niger à travers la réalisation de banquettes sur une superficie couvrant 1.500 hectares, selon Attaou. La Banque africaine de développement envisage également de confectionner 3.000 banquettes, pour un coût d'environ cinq millions de dollars, en 2007. Pour sa part, la Banque mondiale promet financer le programme pour près de six millions de dollars. Le Programme des Nations unies pour le développement a également manifesté sa volonté d'injecter environ cinq millions de dollars de dans la fixation des dunes en 2007. "C'est heureux de noter l'intérêt de plus en plus croissant que les partenaires manifestent vis-à-vis de la lutte contre la désertification engagée par les autorités nigériennes", confie Attaou à IPS. A Bougoum, les premiers résultats du programme sont palpables, à travers notamment une végétation naissante, constituée de plants de gommiers et d'herbes sèches qui couvrent le sol, a constaté le reporter de IPS sur place. IPS a également noté la naissance d'un petit marché à côté du site où les ouvriers peuvent acheter des articles de première nécessité et se restaurer. "J’ai débuté la restauration des terres avec l'ouverture de ce chantier en 2002. Dieu merci, ce travail m'a permis d'avoir une certaine autonomie financière vis-à-vis de mon mari", déclare à IPS, Fatima Boukari, une ménagère de 32 ans vivant à Bougoum. Du côté des jeunes ruraux qui sont les premiers bénéficiaires du programme, la satisfaction est tout aussi grande. "Grâce à ce travail, je gagne aujourd'hui ma vie et je subviens aux besoins de ma famille sans avoir à vendre des céréales ou du bétail", affirme à IPS, Salifou Ganda, un ouvrier du site de Bougoum.