DROITS-AFRIQUE DU SUD: ''Pas de raison qu'un enfant saute un repas''

JOHANNESBURG, 9 fév (IPS) – "Mon enfant regarde la télévision dans la maison des voisins et veut que je lui achète une petite voiture, un jouet pistolet et une tablette de chocolats dont on fait la publicité. Je n'en ai pas les moyens", a déclaré Sibongile Nkosi.

"Nous vivons au jour le jour", a-t-elle indiqué, alors qu'elle prend quelques minutes pour parler avec IPS. Nkosi gagne sa vie en distribuant des brochures publicitaires aux passants dans un complexe commercial à Randburg, une banlieue bourgeoise dans la capitale économique de l'Afrique du Sud.

Son enfant fait partie d'un peu plus de la moitié des enfants sud-africains (soit 10 millions sur les 18 millions de mineurs du pays) qui vivent dans la pauvreté, selon l'Institut pour l'enfance de l'Université du Cap.

Dans une étude intitulée "Evaluation des enfants sud-africains en 2006", publiée cette semaine, l'institut estime que 10 millions d'enfants vivent dans des ménages ayant un revenu mensuel de 800 rands (environ 110 dollars) ou moins.

"Un pays comme l'Afrique du Sud est riche en ressources, y compris des ressources humaines. Il y a assez de ressources pour tout le monde. L'économie est prospère. Les affaires marchent bien. Il n'y a donc pas de raison pour qu'un enfant saute un repas", a déclaré à IPS, Lynne Cawood, directrice de 'Childline Gauteng', une organisation non gouvernementale (ONG) à Johannesburg, dans un entretien.

Lukholo Ngamlala, coordonnateur adjoint de 'Children's Movement' (Mouvement en faveur des enfants), une ONG basée au Cap, accuse le gouvernement de perdre de vue les priorités. "Le gouvernement organise des réceptions extravagantes, certaines coûtant jusqu'à 30.000 rands (environ 2.200 dollars) une nuit, qui pourraient nourrir des centaines d'enfants affamés", a-t-il dit à IPS.

"Il y a des enfants qui ne prennent qu'un repas par jour. Un enfant a besoin de trois vrais repas par jour. Et ceux qui n'ont pas de vrais repas passent leur temps à abuser de la drogue pour réduire les tiraillements d'estomac", a-t-il indiqué.

L'Afrique du Sud est l'un des rares pays sur le continent, qui donne des allocations de revenu de base à ses citoyens les plus démunis. Zola Skweyiya, ministre du Développement social, a déclaré au parlement, l'année dernière, que l'objectif visant 3,2 millions d'enfants pauvres, à travers la Subvention d'appui à l'enfance, avait été de très loin dépassé puisque. Actuellement, plus de sept millions d'enfants en bénéficient.

"Plusieurs études ont démontré que ces allocations réduisent non seulement les cas de faim et d'extrême pauvreté, mais facilitent également l'accès des ménages aux services de base et aux opportunités économiques", a-t-il souligné. Il y a des pressions croissantes sur le gouvernement pour qu'il étende les subventions à tous ceux qui en ont besoin. Présentement, seuls les enfants des ménages pauvres ainsi que les personnes handicapées sont éligibles pour les subventions. Chaque enfant pris en compte par le programme reçoit 190 rands (27 dollars) par mois, selon des statistiques fournies par le ministère du Développement social.

"Le revenu de base pour l'allocation est de retour sur le programme politique pour un débat. Le gouvernement pourrait l'étendre à tous les Sud-Africains nécessiteux — environ 100 rands (14 dollars) le mois. A l'heure actuelle, l'allocation d'aide à l'enfance est octroyée jusqu'à l'âge de 14 ans. Nous faisons pression pour que la limite soit portée à 18 ans car nous pensons que cela aura un impact réel sur la pauvreté des enfants", a déclaré Cawood de Childline Gluten. Ngamlala, de 'Children's Movement', est particulièrement préoccupé par le 1,1 million d'orphelins du SIDA d'Afrique du Sud, dont certains sont porteurs du virus. "Les orphelins du SIDA ont besoin de nourriture pour pouvoir prendre les ARV (médicaments prolongeant la vie) comme le demande le médecin", a-t-il indiqué.

Certains des orphelins dirigent des ménages et d'autres vivent avec leurs tuteurs. Et ceci donne parfois lieu à des problèmes, "parce que les subventions que les tuteurs prennent, au nom de ces enfants, ne parviennent pas à certains d'entre eux", a-t-il souligné. Le gouvernement dit qu'il travaille pour réduire la fraude dans le programme de subvention. "Notre…campagne anti-fraude, qui a, au cours de l'année dernière, permis à l'Etat d'économiser plus de 400 millions de rands (56 millions de dollars), a posé une fondation solide pour le travail de l'Agence de sécurité sociale. L'Autorité nationale des poursuites a déjà poursuivi plus de 500 des 12.000 fonctionnaires qui seraient soit impliqués dans la corruption soit en train de voler le système de sécurité sociale", a déclaré Skweyiya.

Toutefois, d'autres militants combattent la pauvreté des enfants par rapport à un angle différent. "Si nous changeons la vie des femmes, cela aura un impact sur les enfants", a dit à IPS par téléphone, Wendy Pekeur, secrétaire général de 'Sikhula Sonke', un mouvement social basé au Cap. (Sikhula Sonke signifie "nous grandissons ensemble", en langue Khosa).

"Si nous améliorons les conditions sociales des femmes dans les fermes, par exemple, nous apporterions la sécurité à la vie des enfants", a affirmé Pekeur, qui lutte pour les droits des femmes rurales dans la province du Cap occidental, en Afrique du Sud.

Nkosi est moins optimiste quant aux chances de pouvoir mettre fin à la pauvreté dans sa vie. "Je crois qu'il nous faudra des décennies pour venir à bout de la pauvreté", a-t-elle dit. Peu de gens d'Alexandra, le township de Johannesburg touché par la pauvreté, d'où elle est originaire, contesteront cela.