KIGALI, 17 jan (IPS) – Pas plus loin que l’année 2002, Marie Mutezinka, 41 ans, subvenait encore aux besoins de ses quatre enfants grâce à l’agriculture qu’elle pratiquait à Gako, région de Bugesera, au sud-est du Rwanda. Mais Bugesera est aujourd’hui menacée par la désertification.
Depuis l’année 2003, la pluie est devenue rare à Gako, et dans toute la région environnante de Bugesera, naguère considérée comme le grenier du pays.
Une mission conjointe du ministère rwandais de l’Agriculture et du Fonds des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), effectuée en août 2003, a révélé que la production de cultures vivrières dans cette région, avant le désastre, était estimée à 904.000 tonnes de céréales par an, de loin la meilleure du pays.
“Du fait de leur structure marécageuse, les sols de Bugesera étaient fertiles et généraient une grande production agricole”, confie à IPS Denis Munyarugerero, un quinquagénaire qui vivait à Gako, mais qui travaille aujourd’hui comme couturier à Nyamata, le plus grand centre commercial de la région.
A cause de la sécheresse, les récoltes sont devenues médiocres, voire nulles dans Bugesera et environs.
Dans son bulletin sur la sécurité alimentaire Fews Net, l’ONG américaine intervenant au Rwanda « Famine Early Warning System Network » écrivait en février 2004 que la population de Bugesera continuait « de souffrir d'une forte insécurité alimentaire malgré une courte amélioration de la situation suite à la production de courges, patates douces et légumes dans les marais ».
Dans la même période, poursuit le bulletin, les pluies étaient devenues rares à Bugesera, baissant jusqu’à 10 mm par an contre une moyenne nationale de 377 mm l’an.
Cette situation a provoqué l’exode des populations vers les villes, notamment le centre commercial de Nyamata, situé à 45 kilomètres de Gako.
Mutezinka a également immigré vers Nyamata où elle vend aujourd’hui des fruits et légumes. Tout comme elle, des milliers d’autres habitants de Bugesera ont immigré vers Nyamata où ils espèrent trouver un emploi décent ou gagner leur vie dans le secteur informel.
« La répétition des saisons de sécheresse a fini par entraîner une grave famine face à laquelle la seule solution était de partir de notre village », raconte Mutezinka.
Bugesera a également vu décimer au cours des quatre dernières années une bonne partie de ses vaches par manque d’herbes à brouter.
Le ministre rwandais des Terres, de l’Environnement, des Forêts et des Mines, Christophe Bazivamo, estime que cette situation de sécheresse est liée au retour de plus de trois millions de réfugiés au lendemain du génocide de 1994. Ce retour massif des populations a occasionné une surexploitation des terres dans le but de couvrir leurs besoins alimentaires et énergétiques.
Selon des indications fournies par le Programme alimentaire mondial (PAM) au Rwanda, les pouvoirs publics ont recensé en mars 2006 à Kigali quelque 12.000 ménages, dont des veuves, des orphelins et des enfants chefs de ménages, originaires des zones touchées par la sécheresse.
Par la voix de sa représentante au Rwanda, Maarit Hirvonen, le Pam a tiré sur la sonnette d’alarme face à la situation de famine qui risque de prévaloir dans le pays.
Une prise en charge nutritionnelle de quelque 270.000 élèves, repartis dans 300 établissements scolaires serait nécessaire, selon elle.
Dans le but d’alléger la famine des ménages victimes de la sécheresse, l’Etat rwandais a décidé d’embaucher plusieurs travailleurs comme main-d’œuvre saisonnière dans les marais de la rivière de Nyabarongo, grâce à un projet baptisé « Travail contre Nourriture ».
Le maire de Bugesera, Gaspard Musonera, affirme cependant que malgré la forte sécheresse des dernières années, il n’y a pas encore de famine. « Il n’y a pas de famine dans notre région », a-t-il indiqué. « La situation est certes préoccupante, mais elle n’est pas encore à l’étape de famine ».
Pourtant, ses administrés crient leur misère et en appellent à l’aide publique.
« Ils nous apprennent des méthodes pour lutter contre la sécheresse et la désertification mais ils ne veulent pas nous aider à survenir d’abord à nos besoins quotidiens », dénonce Fidèle Kalinda, une autre victime de la sécheresse, originaire de la région de Bugesera, et qui passe aujourd’hui ses journées à déambuler dans le centre commercial de Nyamata.
Selon la vision nationale de développement pour l’horizon 2020, le Rwanda procédera à des plantations d’arbres sur 30 pour cent de sa superficie, qui est de 26.338 kilomètres carrés.
Le ministère rwandais des Terres a lancé, en octobre 2004, cette vaste campagne qui vise à encourager chaque citoyen à planter au moins un arbre.
« Nous devons planter beaucoup d’arbres, surtout dans les régions sinistrées, pour prévenir l’érosion des sols. Cette longue sécheresse est la preuve que le Rwanda est menacé la désertification », a averti le ministre Bazivamo. « La désertification, lente certes, mais certaine, a déjà commencé par faire ses premiers pas à Bugesera et menace depuis 2003 bêtes et humains », a-t-il constaté.

