LUSAKA, 19 déc (IPS) – Pour des milliers d'anciens fonctionnaires de la Zambie, la retraite commence par être moins la récompense d'une vie entière de travail qu'une bataille pour survivre, puisqu'ils attendent en vain l'allocation globale et les paiements mensuels de la pension auxquels les employés gouvernementaux ont droit.
Vous n'avez qu'à poser la question à Subulwa Nawa, 67 ans, du village de Nayanga dans la Province occidentale. Quatre ans après son départ à la retraite en tant que coursier de tribunal, un poste qu'il a occupé pendant 20 ans, Nawa attend toujours son dédommagement forfaitaire.
"Si on me donnait mes allocations, j'allais acheter des filets et des pirogues pour me lancer dans la pêche, mais je ne peux même pas faire le programme parce que je ne sais pas quand j'aurai mon argent", a-t-il déclaré. L'avenir mis en suspens, la vie quotidienne a été également une lutte pour Nawa, qui demande de l'argent pour supporter sa femme et ses neuf enfants.
La situation est encore pire pour Mutukwa Sililo, âgé de 58 ans, un policier retraité de Lukulu, également dans la Province occidentale, qui a fait 25 ans de service : lui aussi est en train d'attendre ses allocations.
"Chaque fois que je vais là-bas (le 'Public Service Pensions Fund Board — la Caisse de retraite pour les agents retraités de la fonction publique — PSPF), ils disent 'Reviens demain'. J'ai été réduit à la mendicité", a-t-il dit à IPS.
Sililo fait partie des nombreuses personnes qui passent la nuit à des arrêts d'autobus et à la gare ferroviaire dans la capitale de la Zambie, Lusaka, alors qu'ils essayent de se faire payer leurs pensions.
La PSPF dit qu'elle ne peut pas honorer ses engagements en grande partie parce que le gouvernement a emprunté à l'organisation entre 1974 et 1991.
Ces prêts ont été faits à des taux d'intérêts faibles sur des périodes de remboursement généreuses, ce qui signifie que les fonds de retraite rapportaient moins qu'ils ne l'auraient fait s'ils avaient été investis ailleurs.
"Ils (gouvernement) ont structuré les prêts d'une façon qui favorisait le gouvernement", a déclaré le porte-parole de la PSPF, Mwenya Mwape, notant que les prêts — bien que remboursés — équivalaient néanmoins à une perte pour la caisse : "Comme vous le savez, les fonds de retraite se développent sur l'investissement".
La PSPF a également été mise à rude épreuve suite au nombre croissant de travailleurs gouvernementaux qui prenaient une retraite anticipée dans le cadre du Programme de réforme de la fonction publique (PSRP), démarré par le gouvernement en 1999 (l'âge officiel de départ à la retraite en Zambie est de 55 ans).
Le PSRP est une initiative financée conjointement par le gouvernement et des donateurs, qui se focalise sur la restructuration de la fonction publique.
"Alors que des fonds pour les paiements des les allocations globales de pension ont généralement été libérés par l'employeur, les fonds pour les pensions mensuelles ne l'ont pas été. En conséquence, la PSPF a dû régler l'énorme facture de pensions mensuelles pour ces retraités précoces, au-delà de sa capacité financière et opérationnelle", a indiqué Mwenya à IPS.
L'incapacité des membres de la caisse de retraite à honorer les cotisations vieillesse a aggravé davantage les choses, comme l'a fait une base d'adhérents en baisse : avec plus de pensionnés comptant sur des cotisations plus réduites que jamais pour financer leur retraite, il y a encore moins d'argent en circulation.
Depuis 2000, il y a eu une loi qui interdit l'entrée de nouveaux membres à la PSPF. Les employés de l'administration cotisent maintenant à la 'National Pension Scheme Authority' (Autorité nationale de la caisse de retraite) — précédemment la 'Zambia National Provident Fund' — en rapport avec les efforts pour rationaliser les arrangements de pension en vue d'avoir une caisse nationale de retraite.
Le gouvernement est également en train de traîner les pas dans les contributions qu'il devait apporter à la PSPF.
Suite à cela et à d'autres facteurs, les arriérés de pension ont monté en flèche. Mwenya estime les arriérés à près de 108 millions de dollars jusqu'en septembre de cette année — tandis que le nombre total de demandes de pension traitées mais impayées était supérieur à 3.000. IPS n'a pas pu avoir des chiffres pour le nombre de demandes restant à être traitées : "Il sera difficile d'arriver au nombre de demandes non traitées et impayées. Cette information n'est pas facile à obtenir", a souligné Mwenya. L'Association nationale des retraités de Zambie, qui représente les pensionnés de la fonction publique, estime que le gouvernement doit agir avec fermeté pour s'attaquer aux problèmes auxquels sont confrontés ses membres.
Selon Mwenya, le remède "à la situation critique des retraités et pensionnés est une réforme complète du cadre réglementaire de la PSPF, en plus du règlement de toutes les sommes dues à la PSPF — à la fois, et non en tranches".
"Toute autre approche pour s'attaquer à l'état critique des retraités et pensionnés serait comme si on se concentrait sur le traitement d'une fièvre chez un malade souffrant de paludisme plutôt que sur l'éradication du parasite".
Même si le ministre des Finances et de la Planification nationale, Ngandu Magande, reconnaît le désespoir de plusieurs retraités, il soutient que les agents gouvernementaux ne devraient pas se tourner vers la PSPF seule pour leur rapporter de l'argent durant la retraite.
"Les gens devraient être un peu plus judicieux par rapport à leurs vies. Je pense que c'est l'éducation qui manque", a-t-il noté.
Il n'y a aucune initiative en place à l'heure actuelle pour éduquer les fonctionnaires sur la planification de la retraite. Mais, Magande dit que le gouvernement avait introduit le programme de 'Recherche future' lorsque la privatisation de certaines agences publiques a commencé en 1992, pour préparer les travailleurs à la vie après la fonction publique en les dotant de connaissances commerciales.
Des complications pourraient s'ensuivre même pour ceux qui reçoivent des paiements, comme peut l'attester Kashiwa Chisanga.
L'homme âgé de 67 ans a pris sa retraite de la 'Zambia National Service' (ZNS) en 1989 pour raisons médicales après le déboîtement de sa hanche. (La ZNS est largement impliquée dans la production agricole et le défrichage des terres).
Maintenant un petit fermier, Chisanga dit "qu'il connaissait quelqu'un" au ministère des Finances et de la Planification nationale qui a pu lui garantir qu'il recevrait son allocation globale de pension. "J'ai réussi à obtenir mon paiement unique à temps parce qu'on me connaissait. Il y a beaucoup de népotisme dans l'avancement des dossiers pour les allocations", admet-il.
Toutefois, les paiements mensuels de Chisanga se sont arrêtés en novembre de l'année dernière lorsqu'il a quitté une ville pour une autre dans le nord de la Zambie. A cause d'un problème bureaucratique, l'Etat n'a pas réalisé que ses paiements doivent être faits maintenant à Kapiri Mposhi, à environ 200 kilomètres de Lusaka.
Il est avec des parents dans la capitale depuis plusieurs semaines alors qu'il essaie de corriger sa situation, et craint de n'être en train de devenir un fardeau pour eux.
"Ce problème de pension est un problème énorme. Les gens se sont plaints, mais l'Etat ne semble pas agir", a déclaré Chisanga qui s'occupe de 10 orphelins. "Je suis un médecin retraité, mais l'Etat ne me donne rien. Je suis un rejeté de l'Etat".
Ailleurs en Afrique australe, il y a plus de nouvelles positives sur le règlement des problèmes liés aux pensions. Il y a deux ans, les autorités au Lesotho ont introduit un régime de retraite qui donne aux citoyens ayant plus de 70 ans un dédommagement d'environ 20 dollars par mois. Ce système a apporté une aide si nécessaire à plusieurs.

