DEVELOPPEMENT: Les Mauriciens s'estiment peu concernés par les OMD

PORT LOUIS, 16 déc (IPS) – Six ans après le lancement des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), les habitants de l'Ile Maurice ignorent pour la plupart les huit défis en matière de développement posés par la communauté internationale à l'horizon 2015.

Dans les rues de la capitale Port Louis ou dans les villages du nord et du sud de l'île, si certains ont déjà entendu parler des objectifs, ils ne sont pas sûrs de leur signification; d'autres estiment au contraire qu'ils ne concernent que les pays pauvres d'Afrique, et non la petite île de l'océan Indien.

Décidés en 2000 par les Etats membres des Nations Unies, les OMD visent notamment à réduire de moitié l'extrême pauvreté et la faim dans le monde, d'ici à 2015. L'ONU veut également réduire la mortalité infantile, assurer l'éducation primaire pour tous, promouvoir l'égalité des sexes, contrôler des maladies comme le VIH/SIDA et le paludisme, et assurer un partenariat mondial pour le développement, entre autres. Abdool Bassir, qui vend des légumes sur le marché de la capitale Port Louis, n'en a, par exemple, jamais entendu parler, comme de nombreuses autres personnes interrogées par IPS sur l'île, des tailleurs aux maçons, en passant par des enseignants, des avocats, des responsables de banque ou des représentants du gouvernement. Plusieurs habitants, comme Farhad Fareedun, étudiant à l'université, estiment que le gouvernement n'a pas suffisamment œuvré à promouvoir les huit OMD, mais que, de toute manière, la situation de l'île n'est pas catastrophique, et ne peut être comparée à celle des pays africains. De nombreux progrès ont d'ailleurs été réalisés à Maurice en matière de santé, d'éducation et de protection de l'environnement, ajoute-t-il.

“En dépit de nos difficultés économiques actuelles, nous ne pouvons pas comparer nos conditions de vie avec celles des populations du continent africain”, estime Reshmi Badal, un responsable gouvernemental. Pourtant, la pauvreté demeure importante dans plusieurs régions de l'île, note Jamalludeen Guilaume, président du conseil du village de Terre-Rouge, situé dans le nord. Nombreuses sont en effet les familles pauvres qui n'envoient pas leurs enfants à l'école, bien qu'elle soit obligatoire jusqu'à l'âge de 16 ans et que le gouvernement prenne en charge les fournitures scolaires et le transport des élèves.

“Je me déplace sans cesse d'un endroit à l'autre pour trouver de petits boulots, c'est difficile, et je n'ai pas le temps de m'occuper des enfants”, confie, à IPS, Alan Polimond, qui vit dans le nord de Maurice. “Si nous n'éduquons pas les enfants des familles pauvres, ils seront également victimes de la pauvreté. Avec un certificat d'enseignement secondaire, ils pourront au moins trouver du travail comme nettoyeur ou comme coursier, et aider leurs familles”, ajoute Guilaume.

Si la plupart des habitants interrogés ignoraient l'ensemble des objectifs fixés par les Nations Unies, beaucoup estimaient, à leur évocation, que des progrès pouvaient encore être réalisés, notamment en matière d'environnement et d'information sur la pandémie du VIH/SIDA.

La gestion des déchets plastiques est désastreuse, déclare Khemraj Sooknah, responsable de l'association de protection de l'environnement 'Mauritian Wildlife Club'. Depuis juillet, le gouvernement encourage les commerçants à ne plus distribuer gratuitement de sacs plastiques. Les autorités ont également mis en place une taxe sur les bouteilles en plastique. “Mais cela n'a pas découragé les gens. Après quelques mois, les sacs étaient à nouveau distribués gratuitement dans certaines régions de l'île”, déplore Khemraj. “Environ 75 millions de bouteilles plastiques sont jetées chaque année dans la nature, et seulement quelques milliers sont collectées. Quand seront-elles recyclées?”. Selon lui, s'agit de l'un des plus grands défis de Maurice en matière d'environnement. Indradev Balgobin s'est familiarisé avec les OMD lorsqu'il travaillait pour une organisation non gouvernementale qui soutient les jeunes agriculteurs. Il estime que les autorités ne collectent pas suffisamment les déchets solides produits chaque jour et que les méthodes agricoles sont encore trop nocives. “Nous utilisons trop de produits chimiques, de fertilisants et d'herbicides, nous devons utiliser davantage le compost”, explique-t-il. La situation devrait cependant s'améliorer, car un projet de compostage est à l'étude au centre d'enfouissement des déchets de Mare Chicose, dans le sud de l'île. Il prévoit l'utilisation de quelque 300 tonnes de déchets quotidiens pour la production de compost. Si des progrès réels peuvent être réalisés en matière de gestion des déchets, l'éducation et l'information sur le VIH/SIDA laissent à désirer, remarque Sandhya Boygah, qui préside un district local dans le nord de Maurice. Elle explique que les malades du SIDA font encore trop souvent l'objet de discrimination. “La population devrait être informée et encouragée à accepter les malades tels qu'ils sont. Cette responsabilité incombe au gouvernement, qui devrait véhiculer le message de manière plus agressive”, souligne-t-elle. “Pouvez-vous croire que beaucoup de Mauriciens pensent encore qu'ils peuvent être contaminés par une simple conversation téléphonique avec un patient atteint du virus? C'est ahurissant”.