DEVELOPPEMENT-AFRIQUE: Si vous ne pouvez pas échapper au changement climatique, adaptez-vous à cela

NAIROBI, 20 nov (IPS) – Une conférence sur le changement climatique, qui vient de prendre fin dans la capitale kényane, Nairobi, a indiqué que l'adaptation aux effets des tendances climatiques changeantes peut jouer un rôle clé dans les efforts pour s'attaquer au changement climatique — en même temps que dans la tentative de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Selon un rapport du secrétariat de la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique de 1992 (UNFCCC), 'Technologies pour l'adaptation au changement climatique', les politiques climatiques se sont concentrées sur l'atténuation — le ralentissement des émissions de gaz à effet de serre — par crainte que l'insistance sur les options d'adaptation ne réduise l'urgence de la réduction.

Toutefois, des délégués à la conférence de Nairobi affirment que la réduction et l'adaptation doivent aller de pair si l'on veut s'attaquer au changement climatique plus efficacement — un sentiment repris en écho par Kofi Annan, le secrétaire général sortant de l'ONU.

"…En même temps que nous cherchons à réduire les émissions, nous devons également faire beaucoup plus pour nous adapter au réchauffement de la planète et à ses effets. Nous devons en faire une grande priorité en vue d'intégrer les risques que constitue le changement climatique dans des stratégies et programmes destinés à atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement", a indiqué Annan dans un discours à la conférence, mercredi.

Huit objectifs étaient convenus par des dirigeants de la planète en 2000; ils ont, en partie, pour but de réduire la pauvreté et la faim, et d'atteindre une éducation primaire universelle — tout ceci d'ici à 2015.

Toutefois, plusieurs gouvernements africains manquent d'argent nécessaire pour des programmes d'adaptation, souligne Richard Odingo, professeur de géographie spécialiste en climatologie à l'Université de Nairobi. "L'Afrique est sensible aux événements climatiques majeurs, mais a des ressources financières limitées…un financement extérieur est nécessaire sur le continent pour avoir des programmes d'adaptation actifs", a-t-il noté.

Un fonds d'adaptation est prévu dans le Protocole de Kyoto pour la UNFCCC en vue d'aider les pays en développement. Toutefois, des détails sur la manière dont cette initiative sera gérée, devraient encore être finalisés à la rencontre de Nairobi.

Le protocole se focalise sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre comme le dioxyde de carbone et le méthane qui, selon plusieurs scientifiques, sont liées à des températures de plus en plus élevées — ce qui, à son tour, provoque un changement climatique. Il demande à 35 nations industrialisées de réduire leurs émissions cumulées à cinq pour cent en dessous des niveaux de 1990, au plus tard en 2012. Sur les 189 Etats signataires de la UNFCCC, 165 ont ratifié le Protocole de Kyoto de 1997.

Les Etats-Unis, le plus grand responsable des émissions de gaz à effet de serre (représentant 25 pour cent des émissions produits par des pays industrialisés), n'ont pas encore ratifié le protocole — signé lorsque Bill Clinton était au pouvoir — qui engage le pays à une réduction de sept pour cent des émissions de gaz à effet de serre. Les autorités américaines ont été fortement critiquées à la rencontre à cet égard, avec des appels lancés aux Etats-Unis pour qu'ils ratifient le protocole.

En dehors d'un manque de ressources pour s'attaquer au changement climatique, une autre question d'intérêt pour l'Afrique est la pénurie de compétences technologiques.

"Nous manquons de technologie sur la manière d'adopter des puits peu profonds lorsque les fleuves deviennent saisonniers, sur comment recueillir l'eau de pluie sur une grande échelle et comment capter l'eau de l'océan pour un usage industriel", a déclaré à IPS, Juma Mgoo, un responsable du ministère des Ressources naturelles de la Tanzanie.

La conférence du 6 au 17 novembre a réuni près de 6.000 délégués pour trouver des voies et moyens de traiter du changement climatique, qui, selon les prévisions, fera beaucoup de dégâts dans les nations en développement mal équipées pour s'y attaquer. Les tendances climatiques changeantes déboucheraient sur la sécheresse et des inondations, entre autres — des événements climatiques qui conduisent souvent à l'insécurité alimentaire et dans les ressources en eau. "Notre appel vise à amener nos partenaires de l'Occident à se préoccuper du fait que même quand ils veulent aider des pays en développement, leur soutien ne marchera pas s'ils ne se soucient pas du changement climatique", a indiqué George Krhoda, secrétaire permanent au ministère de l'Environnement et des Ressources naturelles du Kenya. "Le changement climatique nous coûte tout dans l'investissement. En dehors des pertes en vies humaines et de biens, cela ramène un pays au point zéro, lorsque nous devons remplacer des ponts qui ont été emportés ou des routes qui ont été coupées par des inondations", a-t-il dit à IPS, notant qu'il faut au gouvernement environ 14.000 dollars pour construire un kilomètre de route.

Les remarques de Krhoda interviennent à un moment où la région côtière du Kenya connaît de fortes inondations qui ont provoqué la coupure d'une partie de la voie la reliant à la Tanzanie.

En plus des fonds alloués pour la reconstruction des routes comme celles-là, le gouvernement a besoin de millions de dollars pour fournir de l'aide aux familles affectées par la sécheresse, quelque chose qui est devenu un phénomène récurrent dans ce pays est-africain.