CONFERENCE INTERNATIONALE SUR LE SIDA: L'argent fait toujours défaut

TORONTO, 16 août (IPS) – Malgré les 50 millions de dollars offerts récemment par la fondation du milliardaire américain, Bill Gates, pour la recherche sur le SIDA, les 14,9 milliards de dollars qu'il faut en 2006 pour combattre la pandémie ne sont pas encore trouvés.

Ce constat vient d'être confirmé par le Programme conjoint des Nations Unies sur le SIDA (ONUSIDA) à la 16ème Conférence internationale sur le SIDA, qui réunit, cette semaine, quelque 20.000 participants à Toronto, au Canada. Selon les dernières statistiques rendues publiques à Toronto par l'ONUSIDA et l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 14,9 milliards de dollars sont nécessaires pour combattre le SIDA en 2006 sur tous les plans, notamment la prévention, le traitement et la prise en charge des malades, le traitement et la prise en charge des orphelins et enfants vulnérables, et les coûts liés à la recherche. De ce montant global, seulement 8,9 milliards pourront être mobilisés avec certitude, le gap de cinq milliards devrant se traduire par des failles dans la lutte contre la pandémie, selon l'ONUSIDA. "Comment allons-nous combler ce gap de plusieurs milliards? Et comment allons-nous nous assurer que les engagements sont pris à chaque fois pour une dizaine d'années, et non pour une année fiscale?", a plaidé Peter Piot, directeur exécutif de l'ONUSIDA. Les vies de près de 40 millions de personnes — estimation pour 2006 — vivant avec le VIH aujourd'hui dépendent du maintien des financements pour un accès universel au traitement du VIH/SIDA, a-t-il expliqué. Cela signifie, estime Piot, qu'il faut "s'assurer que l'argent va à ceux qui sont les plus vulnérables, c'est-à-dire les hommes qui couchent avec d'autres hommes, les drogués qui utilisent des seringues, les prostituées et les orphelins". Ceux qui ont justement besoin de cet argent, ce sont donc les personnes vivant avec le VIH dont la porte-parole à la 16ème conférence, l'indonésienne Frika Iskandar, a lancé un appel aux donateurs. "Nous avons besoin en plus d'un million de donneurs qui ont foi en nous, y compris du secteur privé, pour combler le déficit", a-t-elle déclaré. Elle en appelle au soutien des gouvernements afin que les engagements, qui ont été pris à deux reprises au siège de l'ONU, à New York, ne restent pas de "jolies signatures uniquement sur papier" car le SIDA ne cesse de faire des ravages dans le monde. Depuis son apparition en 1981, environ 65 millions de personnes ont été infectées par le virus à ce jour, et 25 millions d'entre elles sont déjà décédées, indique l'ONUSIDA. Le VIH/SIDA fait de gros dégâts dans toutes les communautés, particulièrement en Afrique au sud du Sahara, qui compte aujourd'hui 24,5 millions de personnes infectées sur un total de 38,6 millions dans le monde, soit les deux-tiers des personnes infectées sur la planète, selon les statistiques officielles de 2005 rendues publiques par l'ONUSIDA. Selon des spécialistes, l'Afrique sera, encore une fois, la première à souffrir de toute défaillance dans les engagements financiers pour lutter contre la pandémie, en particulier les femmes africaines qui représentent 76 pour cent de l'ensemble des femmes infectées dans le monde. De l'autre côté, l'Amérique du nord, l'Europe occidentale et centrale, toutes réunies, ne comptent que deux millions de personnes infectées, mais ce sont ces régions qui apportent l'essentiel des ressources et fournissent le plus gros des efforts dans la recherche d'un éventuel vaccin, à l'instar de la Fondation Bill et Melinda Gates. "Melinda (l'épouse de Bill Gates) et moi avons fait de l'arrêt du SIDA la plus grande priorité de notre fondation", a déclaré Bill Gates à l'ouverture de la 16ème conférence internationale sur le SIDA, dimanche à Toronto. Le Fonds mondial contre le SIDA, à qui la Fondation Gates a fait don de 50 millions de dollars, une semaine avant la conférence de Toronto, est actif dans 131 pays dans le monde. Il fournit des médicaments anti-rétroviraux à plus d'un demi-million de personnes dans le monde. Le fonds prend également en charge l'accès au test sur le VIH et aux conseils sanitaires à presque six millions de personnes, tout en offrant des soins de base à plus d'un demi-million d'orphelins, selon l'ONUSIDA. "Nous sommes honorés de contribuer à leur travail", a indiqué Gates. Après sa création il y a deux ans, le fonds mondial avait déjà bénéficié d'un coup de pouce substantiel de la part du président américain Georges Bush qui avait annoncé en sa faveur un financement de 15 milliards de dollars sur cinq ans pour combattre le SIDA.