MAPUTO, 5 avr (IPS) – Avec la Journée mondiale de la santé tout proche (le 7 avril), l'attention du public est en train d'être attirée cette semaine sur la pénurie généralisée d'agents de santé.
Le thème de la Journée mondiale de la santé 2006, "Travailler ensemble pour la santé', a été choisi pour dynamiser les efforts en vue de la résolution de la crise — quelque chose qui n'est nulle part plus évident qu'au Mozambique.
Selon le 'Rapport 2005 sur le développement humain', publié par le Programme des Nations Unies pour le développement, il y a deux médecins pour 100.000 habitants dans ce pays d'Afrique australe (comparé aux 549 pour 100.000 aux Etats-Unis).
Par ailleurs, les médecins sont pour la plupart basés à Maputo — même si environ 10 pour cent seulement des 18,2 millions d'habitants vivent dans la capitale.
En temps normal, ce faible ratio médecin-malade et la mauvaise répartition du personnel médical constitueraient un défi pour le maintien d'une santé publique de qualité. Introduisez le SIDA dans l'équation, et la situation devient beaucoup plus problématique : des statistiques officielles estiment la prévalence du VIH parmi les personnes âgées de 15 à 59 ans à 16,2 pour cent, l'un des taux les plus élevés du monde. Actuellement, il y a plus de 1,5 million de personnes vivant avec le VIH et le SIDA dans le pays.
Comme une partie de sa réponse à cette situation, le Mozambique a décidé récemment d'autoriser des infirmiers à administrer et à surveiller le traitement anti-rétroviral (ARV) qui est nécessaire pour maintenir en vie des malades du SIDA — des tâches normalement exécutées par des médecins.
"Nous n'avons pas de médecins dans chaque district, et les médecins qui sont là ont également besoin de soutien supplémentaire en matière de traitement ARV", a déclaré à IPS, Martinho Dgedge, le porte-parole du ministère de la Santé. On estime que plus de 200.000 Mozambicains ont besoin actuellement de médicaments anti-rétroviraux pour prolonger leurs vies. En janvier de cette année, 20.375 recevaient le traitement du gouvernement, qui est soutenu en ceci par divers groupes non gouvernementaux.
La plupart des 40 sites de traitements ARV sont dans les capitales provinciales ou concentrés dans les parties australes de ce vaste pays peu peuplé. La majorité des gens vivant en zones rurales, en particulier dans les régions septentrionales, n'ont pas accès aux ARV.
"La formation des…infirmiers pour traiter des patients avec des ARV est déterminante pour la décentralisation des ARV", a indiqué Dgedge.
Les infirmiers reçoivent juste deux ans de formation clinique au Mozambique, beaucoup moins que les médecins.
Mais, George Jagoe, directeur national de l'Initiative VIH/SIDA de la Fondation Clinton au Mozambique explique : "Nous ne pouvons pas suivre systématiquement les modèles américains et européens lorsque nous administrons des traitements en Afrique parce qu'il n'y a pas le luxe d'un si grand nombre de médecins ni les mêmes conditions". "L'épidémie du VIH/SIDA est en train de dire 'Je suis partout', le traitement doit être intégré dans les services de santé des zones rurales", ajoute-t-il. (La Fondation Bill Clinton basée à Little Rock a été créée par l'ancien président américain Bill Clinton pour promouvoir le développement dans un certain nombre de domaines, dont la santé. Elle a joué un important rôle dans la réduction du coût du traitement anti-SIDA pour ceux qui sont dans des pays pauvres).
Le premier groupe de stagiaires, cette année, était composé de 25 étudiants représentant toutes les 11 provinces du Mozambique. Custodio Francisco Bambo en faisait partie. Bien qu'il ait déjà travaillé avec des médecins expérimentés traitant des malades du SIDA à Maputo pendant trois mois, la formation théorique et pratique de deux semaines "a consolidé ce que j'avais appris", a-t-il dit à IPS.
Ses consultations avec de nouveaux patients commençant le traitement ARV durent en moyenne entre 20 et 30 minutes. Le malade va ensuite prendre les médicaments toutes les deux semaines pendant le premier mois du traitement, et une fois par mois après cela.
L'adhésion est capitale.
"Afin d'obtenir l'adhésion, il est important de prendre du temps pour en apprendre sur chaque malade : par exemple, ses responsabilités à la maison, son alimentation, ses revenus, le soutien qu'il/elle reçoit des membres de sa famille et la distance qu'il/elle doit parcourir pour obtenir sa provision de médicaments ARV", a indiqué Bambo.
Toutefois, des malades peuvent parfois craquer à cause des difficultés liées à la maladie.
Bambo raconte que lorsqu'il a commencé son travail pour la première fois, un jeune homme de 25 ans a été amené par son frère, de son village natal situé dans la province du sud de Gaza à Maputo, pour son traitement. Le taux de CD4 de l'homme était moins de 25. (Le taux de CD4 mesure le niveau des cellules immunitaires chez une personne vivant avec le VIH et le SIDA.
Lorsque le taux est inférieur à 200, la personne doit se mettre sous traitement ARV).
Le jeune homme a commencé par prendre les médicaments, mais est retourné dans son village dans les deux premières semaines de traitement.
"Il est devenu si malade, et comme il était trop faible pour retourner à Maputo, il s'est tourné vers un guérisseur traditionnel", a déclaré Bambo.
"Nous aurions pu lui trouver quelqu'un avec qui il pouvait rester à Maputo en ce début de traitement. L'homme a rendu l'âme".
Un autre défi, a-t-il ajouté, était d'être mentalement "agile", pour rester au courant des avancées en matière de traitement du VIH et de SIDA.
Il a également souligné l'importance de l'établissement d'un lien entre la thérapie ARV avec les soins de santé à la mère et à l'enfant, et le traitement de la tuberculose et du paludisme.
Lorsqu'on lui a demandé s'il était prêt à travailler dans une zone rurale, Bamba a dit qu'il n'y voyait aucune objection — et qu'en fait, il avait déjà, à son actif, une expérience rurale, ayant servi comme infirmier pendant plus d'un an dans un hôpital d'une région reculée dans la province septentrionale de Niassa. Mais, il a ajouté : "C'est le manque d'infrastructure en cet endroit qui constitue un problème".
A l'hôpital de Niassa, l'électricité n'était disponible que pendant quelques heures par jour, de 16 heures jusqu'à 21 heures, heure locale (15h à 20 heures GMT).
Il n'y avait aucun médecin, et l'ambulance était hors d'usage la plupart du temps parce que l'hôpital était situé à 400 kilomètres d'un garage qui vendait des batteries. "Mais le problème le plus difficile est le sentiment d'être coupé des derniers développements en matière de soins de santé", a déclaré Bambo.
"Ceci serait un défi pour le traitement du VIH et du SIDA".

