JOHANNESBURG, 17 jan (IPS) – Les tensions politiques montent au Swaziland suite à l'arrestation de 15 militants pro-démocratiques ces dernières semaines à propos des attaques aux cocktails Molotov contre des tribunaux et domiciles de différentes autorités l'année dernière.
Les activistes sont membres du 'People's United Democratic Movement' (PUDEMO) interdit. Parmi eux, figurent le secrétaire général de ce parti d'opposition, Bonginkhosi Dlamini et le militant très influent Mphandlana Shongwe — qui auraient été arrêtés mardi (10 janvier).
Tous les 15 ont comparu devant un tribunal la semaine dernière pour des accusations de haute trahison liée à une tentative de meurtre. Toutefois, Bongani Masuku, secrétaire général du Réseau de solidarité du Swaziland, croit que le procès est simplement une tentative pour réprimer ceux que la famille royale perçoit comme des opposants. Le Swaziland est la dernière monarchie absolue d'Afrique. "C'est une tentative désespérée d'un régime moribond", a déclaré Masuku à IPS.
Le Réseau de solidarité du Swaziland regroupe des organisations qui oeuvrent pour la restauration de la démocratie dans le pays, où la politique multipartite a été interdite en 1973 par le roi Sobhuza — père de l'actuel monarque, le roi Mswati III. Le réseau est basé en Afrique du Sud voisine, comme il ne peut pas opérer au Swaziland.
La police dans ce pays a été accusée d'avoir torturé les détenus du PUDEMO, de même qu'un certain nombre de leurs épouses et parents. La femme de Mduduzi Mamba est morte en garde à vue — après que des responsables ont, dit-on, essayé de la contraindre à donner des informations sur les activités de Mamba. Toutefois, les autorités responsables affirment que la femme, LaFakudze Mamba, est morte d'un arrêt cardiaque.
Les arrestations et accusations de torture ont donné lieu à une réponse virulente de la part du Congrès des syndicats d'Afrique du Sud (COSATU), un adversaire qui se fait souvent entendre à propos de la situation au Swaziland.
"Ces attaques brutales contre des activistes pro-démocratiques constituent une preuve supplémentaire que le régime du roi Mswati veut à tout prix réprimer toute opposition à sa dictature", a indiqué dans une déclaration le porte-parole Patrick Craven, le 11 janvier. "Et, elles justifient l'appui de longue date que le COSATU apporte aux syndicalistes et aux forces d'opposition dans leur combat pour les droits de l'Homme et la démocratie dans ce pays".
Solly Mapaila du Parti communiste d'Afrique du Sud a ajouté : "Ces camarades (les détenus du PUDEMO) n'auront pas un procès équitable. Tous les juges au Swaziland sont nommés par le roi, et ils doivent se conformer à la décision de la monarchie". Le Réseau de solidarité du Swaziland a promis de faire pression sur diverses organisations par rapport aux développements dans le pays.
"Nous avons déjà écrit à l'Union européenne (UE). Jabulani Matsebule, vice-président du PUDEMO, va faire une déclaration devant le parlement de l'UE", a indiqué Masuku. (Matsebele est basé en Australie).
Des lettres similaires ont été envoyées à l'Union africaine, qui tiendra son sommet annuel ce mois, aux Nations Unies et au Commonwealth, a ajouté Masuku.
"Les populations du Swaziland ont réalisé qu'elles ont la responsabilité de se libérer elles-mêmes, bien sûr avec le soutien des étrangers".
Suite à une rencontre à Johannesburg la semaine dernière, la Ligue des jeunes communistes d'Afrique du Sud et du Swaziland (une section du PUDEMO) ont également souligné l'importance de l'implication de la communauté internationale au Swaziland.
"Nous sommes préoccupés par le silence de la communauté internationale sur le combat des populations du Swaziland, et nous lançons un appel en faveur d'une action internationale collective contre les crimes odieux perpétrés par le roi Mswati à l'encontre de la population swazie".
Ces propos ont été repris en écho par Mapaila. "Nous auronsàbesoin de l'implication de l'Afrique du Sud et de l'UA", a-t-il dit. "Elles peuvent jouer un grand rôle au Swaziland". L'économie du pays dépend fortement de l'Afrique du Sud, et le gros de son commerce se fait avec ce pays.
Toutefois, la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), forte de 14 membres, dont est membre le Swaziland, pourrait se révéler moins efficace en matière de médiation.
"En termes de diplomatie, il sera difficile pour certains dans un groupe comme la SADC de se critiquer publiquement. Ces pays ont besoin les uns des autres; ils ont besoin de la solidarité des uns et des autres", a souligné Mapaila.
Masuku est de cet avis. "Certains d'entre eux (membres de la SADC), comme le Swaziland, sont également peu sûrs sur le plan politique — menacés par la démocratie — et aimeraient protéger la monarchie pour ne pas avoir à la critiquer".
Abritant un peu plus d'un million de personnes, le Swaziland détient l'un des taux de prévalence de VIH les plus élevés au monde : 38,8 pour cent, selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA.
Malgré la pauvreté répandue dans son pays, le roi Mswati vit dans le luxe, quelque chose qui a attiré des critiques en Afrique australe et au-delà.
L'année dernière, IPS a rapporté l'achat controversé d'une Maybach, un véhicule produit par Daimler-Chrysler, qui serait alors l'une des dix voitures les plus chères au monde.
La Maybach aurait apparemment coûté quelque 500.000 dollars — ceci à un moment où plus d'un quart de la population du pays a besoin d'aide alimentaire.

