NAIROBI, 5 déc (IPS) – "Regardez comment nous vivons ici : les ordures s'entassent, les égouts, les sacs en plastique avec des excréments humains jonchent la zone! Il n'y a pas suffisamment d'eau courante. C'est nocif pour nos enfants et nous", se plaint James Isaye, un résident de Kibera.
Ce bidonville, situé dans la capitale kényane, Nairobi, est considéré comme le plus grand d'Afrique – abritant approximativement 700.000 personnes.
C'est un monde loin des salles de conférence climatisées dans lesquelles l'Accord général sur le commerce et les services (GATS) a été engendré — et bon nombre de gens à Kibera auraient probablement des difficultés à dire exactement ce que signifie GATS. Pourtant, cet accord peut faire naître quelque espoir pour démarrer un service d'approvisionnement dans le bidonville, ainsi que d'autres services du genre. Le GATS est entré en vigueur il y a une décennie dans les Etats membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), y compris le Kenya. Il régit le commerce international dans tous les secteurs de services – interdit certains services du secteur public et du transport aérien — et autorise la libéralisation dans une variété de secteurs comme les banques, le transport et le tourisme pour n'en nommer que quelques-uns. Les partisans de l'accord disent que cela produira plusieurs avantages, notamment les services qui sont moins coûteux et plus performants. Les pays développés recherchent maintenant un accès plus grand aux marchés des services dans les pays plus pauvres. De tels mots sonnent probablement comme de la musique aux oreilles de Isaye qui travaille pour l'Organisation nationale des personnes vivant dans des bidonvilles au Kenya, un groupe qui fait pression pour de meilleures conditions de vie les installations informelles. "Si le gouvernement est incompétent, je préfèrerais plutôt qu'il utilise les services de sociétés privées, étrangères ou non, pour nettoyer ce désordre", a-t-il dit à IPS. Cependant, Elijah Manyara, directeur adjoint au ministère du Commerce et de l'Industrie, prévient que le cadre juridique en vigueur au Kenya doit être renforcé afin de s'assurer que les compagnies étrangères — déjà actives dans le pays — traitent de façon équitable les consommateurs. "Bien qu'il y ait une politique concurrentielle, je ne pense pas qu'elle soit assez forte. Il faudra la renforcer et la mettre en pratique", a-t-il dit à IPS. "Cette politique, ensemble avec la création d'une institution autonome de contrôle des prix des services… pourrait remédier à la situation". Angela Wauye de l'organisation non gouvernementale Action Aid-Kenya présente l'argument en des termes beaucoup plus forts. "C'est la loi de la jungle qui s'applique ici…En conséquence, la population doit subir des prix exorbitants sans aucune loi pour les combattre", a-t-elle dit à IPS. "On doit faire la libéralisation en ayant les pauvres à l'esprit. Il ne sert à rien d'avoir des services de base hors de portée pour les pauvres..
Le coût des services doit être accessible à tous". Laban Onditi, vice-président national de la Chambre nationale du commerce du Kenya, aimerait également voir mettre en place un régime fiscal plus strict pour les entrepreneurs étrangers. Pour attirer plus d'investissements étrangers, le gouvernement a proposé une exonération fiscale de 15 ans pour les investisseurs — quelque chose qu'il trouve simplement trop généreux. Des statistiques officielles indiquent que le secteur des services représente actuellement 55 pour cent du produit intérieur brut du pays, le transport, le tourisme et les télécommunications y jouant un rôle particulièrement important. Selon l'OMC, le secteur des services est également "le plus grand et celui qui croit le plus vite dans l'économie mondiale, fournissant plus de 60 pour cent de la production mondiale…" Le GATS accorde aux pays membres de l'OMC l'option de choisir les services qu'ils aimeraient libéraliser, et l'ampleur de cette ouverture à la concurrence étrangère. Par exemple, "Nous n'avons pas ouvert le secteur de l'eau aux entreprises étrangères, et personne ne peut nous crucifier pour cela. C'est cela la flexibilité du GATS", souligne Manyara. Néanmoins, des activistes ont exprimé la crainte que les pays développés n'utilisent la prochaine réunion ministérielle de l'OMC pour pousser les Etats plus pauvres à libéraliser les services plus qu'ils ne voudraient le faire — ce, en échange de concessions agricoles. Les pays en développement ont longtemps expliqué que leurs producteurs sont sévèrement désavantagés par les tarifs et les subventions que les pays riches utilisent pour supporter leurs propres producteurs agricoles. La réunion de l'OMC est programmée pour se tenir à Hong-Kong du 13 au 18 décembre.

