SPECIAL-OMC: La désillusion en Afrique australe avant le sommet sur lecommerce

JOHANNESBURG, 2 déc (IPS) – Des militants d'Afrique australe se préparent pour les discussions de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui se tiendront à Hong Kong plus tard ce mois. Certains envisagent d'envoyer des représentants à la réunion, pour protester contre la législation sur le commerce inéquitable en particulier pour ce qui touche à l'agriculture.

Parmi ces représentants, figureront deux producteurs de coton du Zimbabwe, déclare Ntando Ndlovu de la 'Zimbabwe Coalition on Debt and Development', une organisation non gouvernementale (ONG) basée dans la capitale, Harare.

"Les deux agriculteurs seront à Hong Kong et feront en usant de tout, y compris le roulement des tam-tams", a-t-elle dit à une rencontre de militants d'Afrique australe cette semaine au cours d'une conférence organisée dans la capitale économique sud-africaine, Johannesburg. Ndlovu a également exhorté le Mozambique et l'Afrique du Sud à envoyer des producteurs de coton en appui à leurs homologues zimbabwéens.

Le programme controversé de redistribution de terres au Zimbabwe n'a pas vraiment affecté les cotonculteurs dans le pays, a affirmé Ndlovu.

Toutefois, les règles commerciales pour le coton les ont sapés, eux – et des producteurs dans des zones plus reculées.

Selon la grande organisation caritative britannique, Oxfam, "L'Afrique a perdu en moyenne 441 millions de dollars suite aux distorsions commerciales dans les prix mondiaux du coton". Le Mali, le Burkina Faso, le Bénin, le Tchad et le Cameroun sont les pays les plus affectés par les subventions que l'Union européenne et les Etats-Unis paient à leurs producteurs de coton.

Ils sont nombreux à croire qu'une incapacité à reformer le commerce de coton va faire échouer la conférence de l'OMC.

"Le coton pourrait être une grande question pouvant bloquer Hong Kong", a dit à IPS, Dot Keet de 'the Alternative Information and Development Centre' (Centre d'information et de développement alternatif), une ONG basée au Cap.

Mais l'agriculture n'est pas la seule source de grief pour l'Afrique dans les prochaines négociations commerciales. Des gouvernements et des groupes civiques de par le continent sont également préoccupés par les droits de propriété intellectuelle, et les tentatives pour libéraliser le commerce dans les services.

"On a l'impression que les ADPIC (Aspects des droits de propriété intellectuelle touchant au commerce) sont mal conçus. Ce n'est pas une question de commerce – c'est une question de droits de l'Homme et de connaissance", a indiqué Keet.

Les ADPIC, qui concernent la production et la distribution de médicaments anti-rétroviraux (ARV) pour faire face au VIH/SIDA – entre autres questions – ont été débattus pendant quelque temps.

"Avec un blocage dans l'agriculture – et dans presque tout autre domaine de discussions – les ADPIC avec la question de la santé publique, semblent avoir déserté l'ordre du jour et ne sont plus une priorité pour les pays riches", affirme Oxfam.

Le groupe accuse le lobby pharmaceutique américain de "faire pression sur les négociateurs américains afin qu'ils refusent n'importe quoi, même si cela veut dire qu'il faut abandonner des millions d'Africains pauvres sans accès à des médicaments abordables".

Mais certains militants rendent également des gouvernements africains responsables du manque de progrès sur l'élargissement de l'accès aux ARV.

L'Afrique subsaharienne est la région la plus touchée par le SIDA, dans le monde entier.

"Des gouvernements africains n'ont pas tiré profit de la production des médicaments génériques comme l'ont fait l'Inde et le Brésil", a dit à IPS, Emmanuel Ndlangamandla, directeur exécutif de la 'Co-ordinating Assembly of Non-governmental Organisations' (l'Assemblée de coordination des organisations non gouvernementales), basée au Swaziland.

Le prix du traitement ARV a chuté de 10.000 dollars à 150 dollars par an, offrant aux malades africains du VIH/SIDA un second souffle, selon Oxfam.

Mais, ces prix sont toujours élevés sur un continent où les estimations de la Banque mondiale indiquent que plus de la moitié de la population vit avec moins d'un dollar par jour.

Des militants africains sont également opposés aux discussions sur l'Accès au marché non agricole (NAMA) de l'OMC.

"Le NAMA doit être sorti de l'OMC – c'est complètement immoral. Nous n'avons pas de services à exporter", a déclaré Keet. "Le NAMA va détruire notre économie. Avec le NAMA, les économies qui n'ont pas été industrialisés ne vont jamais s'industrialiser".

On craint que le débat sensible sur l'agriculture ne soit utilisé pour forcer les secteurs industriels et de services des pays africains à s'ouvrir.

"Les nations industrialisées disent qu'elles vont reformer leurs politiques agricoles, mais nous devons leur donner un meilleur accès à notre marché agricole, nos secteurs industriels et de services", a souligné Keet. "Ils utilisent l'agriculture comme un truc de marchandage".

Etant donné le débat houleux sur ces questions, nombre de gens croient que les discussions de Hong Kong offrent peu d'espoir.

"S'ils ne peuvent pas se mettre d'accord sur la (réduction) des subventions, que les pays africains réclament depuis des années, je doute qu'il y ait jamais d'avancée à Hong Kong", a indiqué à IPS, Vitalice Meja, directeur de plaidoyer au 'African Forum and Network on Debt and Development' (Forum et réseau sur la dette et le développement en Afrique).

Il croit que ceci a des implications désastreuses pour le continent : "Nous croyons que le commerce est le seul moyen par lequel les pays africains peuvent sortir des pièges de la dette. Les pays riches devraient ouvrir leurs marchés et supprimer les tarifs douaniers élevés – et les pays africains devraient commencer par commercer entre eux-mêmes".

Ces propos ont été repris en écho par le militant Thomas Deve, basé à Harare.

"Je n'ai pas bon espoir qu'il y aura une percée à Hong Kong. Le conseil des ministres n'avait pas sorti un document de consensus entre juillet et maintenant. Le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, n'a pas pu obtenir le consensus", a-t-il dit à IPS.

Keet ajoute qu'on craint que les autorités chinoises ne jettent un froid sur les activités des ONG représentées au sommet de l'OMC.

"Cela sera sous contrôle. Il y aura moins d'ONG à Hong Kong qu'il n'y en avait à Cancun", a-t-elle déclaré. "S'il y a peu de participants, ne concluez pas que les gens y ont perdu intérêt. C'est pourquoi nous devons être là. Nous devons faire entendre nos voix". (Le dernier grand round de discussions sur le commerce s'était déroulé dans la station balnéaire mexicaine de Cancun, en 2003).