BEIJING, 3 déc (IPS) – Si les responsables commerciaux des Etats-Unis se montrent critiques à l'égard de l'attitude distante de la Chine vis-à-vis des prochaines discussions sur le commerce mondial, qui se tiendront sur le territoire chinois de Hong Kong, ils ont raison.
La Chine, un pays en développement, partageant l'aspiration de l'Occident pour une vaste libéralisation du commerce mais se voyant elle-même comme un champion du monde en développement, pourrait jouer un rôle central dans les négociations de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
"Je crois que la Chine, qui est maintenant un acteur majeur dans le système commercial mondial, et un principal bénéficiaire du système commercial multilatéral, a la responsabilité d'être plus engagée dans les discussions", a déclaré Rob Portman, représentant du commerce américain, à Beijing en novembre.
Au lieu de cela, la Chine est restée en marge du grand débat entre les pays développés et les pays en développement sur les tarifs et subventions agricoles.
Le président chinois Hu Jintao ne s'était pas joint aux chefs des Economies des pays de la ceinture du Pacifique à la rencontre de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) en Corée du Sud, le mois dernier, pour appeler à mettre fin à l'impasse tarifaire qui a bloqué les discussions sur le commerce mondial.
Mais à quelques jours seulement avant l'arrivée des ministres du Commerce de 148 pays à Hong Kong pour les discussions de l'OMC, du 13 au 18 décembre, la Chine a été presque silencieuse sur la position qu'elle adopterait durant les négociations.
Les nations plus pauvres veulent accroître leurs exportations de produits agricoles et veulent que les pays plus riches baissent les tarifs sur les produits agricoles et cassent les subventions qu'ils donnent à leurs producteurs. Les pays développés, de l'autre côté, sont plus intéressés par une plus grande ouverture des marchés pour leurs produits manufacturés et leurs services.
La raison du grand silence n'est pas seulement que la Chine, l'un des tout nouveaux membres de l'OMC, qui a intégré l'organisation seulement en 2001, a peu d'expérience dans la conduite de négociations internationales. Ce qui est beaucoup plus significatif, c'est la position controversée de la Chine en sa qualité d'exportateur le plus compétitif de la planète, mais qui cherche à rassurer le monde que son rouleau compresseur économique ne représente une menace pour aucun pays ou industrie et que ses exportations déferlantes de textile, d'acier et d'autres matériels de base constituent un défi mais pas une menace pour le marché mondial.
Alors que la Chine, un important pays agricole avec 800 millions de paysans, supporte la suppression des subventions agricoles exigées par le monde en développement, sa principale priorité reste la facilitation des exportations pour les produits manufacturés.
Les exportations de produits agricoles représentent seulement quatre pour cent des ventes totales faites à l'étranger par la Chine chaque année, beaucoup moins par rapport aux 13 pour cent et 17 pour cent enregistrés par l'Inde et le Brésil, respectivement.
Au contraire, les ventes à l'étranger de produits manufacturés sont devenues un important moteur de croissance pour toute l'économie de la Chine. Elles représentent quelque 92 pour cent des exportations non agricoles de la Chine et Beijing a cherché, de façon agressive, de nouveaux marchés outre-mer pour leur expansion.
"La Chine est un partisan du libre échange", a affirmé Ren Yifeng, un chercheur à la 'China Society for WTO Studies' (Société chinoise pour les études sur l'OMC). "Au cours de ces vingt dernières années de réforme et d'ouverture économiques, le pays a profité énormément du processus de libéralisation du commerce. Aujourd'hui, le commerce extérieur est toujours très important pour la Chine".
En effet, les exportations écrasantes de la Chine sont rendues responsables d'une variété de maux mondiaux, en particulier la création du chômage chez les industriels américains et leurs représentants au Congrès américain a fait pression sur l'administration Bush pour qu'elle condamne les politiques économiques de Beijing. Ils affirment que la Chine est un prédateur commercial dont la monnaie fixe est si artificiellement faible, qu'elle rend les sociétés américaines non compétitives.
En fait, la Chine est dans une classe bien à elle sur la liste des nations de l'OMC sujettes aux accusations et enquêtes contre le dumping. Sur les quelque 2.500 procès anti-dumping intentés entre la création de l'OMC en 1995 et juin 2004, quelque 386 étaient contre la Chine, avec des mesures imposées dans 272 cas.
Beijing affirme que le pays est victime de protectionnisme. Lorsque la Chine a intégré l'OMC en 2001, elle a accepté d'être traitée comme une économie non libérale (NME) jusqu'en 2015. Le statut de NME faisait partie des concessions négociées par Washington et Beijing pour faciliter l'entrée du pays — parmi d'autres concessions, figurent des garanties spéciales sur les importations chinoises que les Etats-Unis peuvent juger responsables de la perturbation du marché.
Mais avec les Etats-Unis et l'Union européenne (UE) condamnant la Chine pour ses exportations en flèche de tout, depuis les textiles jusqu'à l'acier, Beijing a protesté en disant que le statut de NME de la Chine est en train d'être exploité pour assurer l'imposition facile des sanctions anti-dumping.
Lorsqu'un membre de l'OMC essaie de déterminer le prix normal d'une exportation NME, il est autorisé à utiliser un autre pays comme un "substitut". Si on trouve que le prix de l'exportation chinoise est moins élevé que celui du substitut, alors on peut dire que la Chine pratique du dumping.
Mais avec le prix de la Chine tenu pour être moins élevé, le dumping est facilement prouvé. Les autorités chinoises soutiennent que, si leur marché intérieur devait être utilisé pour la comparaison, il gagnerait la plupart des procès de dumping.
Au cours de ces dernières années, le gouvernement chinois a négocié activement des accords bilatéraux avec un certain nombre de nations qui lui ont reconnu le statut d'économie de marché. Le Brésil, la Malaisie, la Nouvelle Zélande et Singapore font partie des principaux pays qui ont accordé à la Chine la reconnaissance en tant qu'économie de marché.
Avec les Etats-Unis et l'UE rejetant ces requêtes, la Chine reste vulnérable aux accusations anti-dumping venant de ses principaux partenaires commerciaux, poussant les experts à affirmer que les règles de l'OMC sont maintenant en train d'être utilisées par des nations riches pour persécuter le pays et contenir son émergence en tant que nouvelle puissance mondiale.
"La plupart du temps, les pays développés font du deux poids, deux mesures dans les affaires économiques et appliquent leurs théories 'd'intégration économique dépassant la souveraineté' pour contraindre des nations faibles à concéder certains de leurs privilèges inhérents", a écrit Pang Zhongying, un professeur de relations internationales et de commerce à l'Université Tianjin Nankai, dans 'China Daily' paraissant en anglais.
"La querelle sur la souveraineté économique est essentiellement une lutte cachée pour le pouvoir sur la scène mondiale. Dans le contexte actuel 'd'ouverture économique', des influences économiques extérieures sur des nations individuelles sont distribuées d'une façon inéquitable", a conclu Pang.
Dans ces conditions, la Chine tient à juste titre à calmer les inquiétudes internationales sur son volume croissant d'exportations et essaie d'éviter des accusations de dumping préjudiciables.
Au cours d'un discours prononcé en marge du Sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique en novembre, le président chinois Hu Jintao a demandé que l'économie très puissante de son pays soit perçue comme une opportunité plutôt que comme une menace pour le monde.
"Le développement de la Chine ne bloquera personne, et ne constituera non plus une menace pour personne", a déclaré Hu à des directeurs de sociétés à Busan, en Corée du Sud.
Si les énormes excédents commerciaux de la Chine auprès des principaux partenaires comme les Etats-Unis et l'UE devaient conduire à plus de mesures protectionnistes, la Chine pourrait apparaître comme un fervent défenseur mondial du libre échange. Toutefois, les pays développés craignent beaucoup que la Chine ne s'aligne fermement sur les pays en développement comme elle l'a fait durant les discussions virulentes de l'OMC à Cancun, au Mexique en 2003. Ces inquiétudes proviennent, en particulier, du programme déclaré du président Hu d'accorder la priorité aux populations pauvres et de redistribuer la richesse économique dans le pays afin qu'elle profite aux agriculteurs de la Chine.
Augmenter les niveaux des revenus dans les zones rurales touchées par la crise en Chine est devenu une priorité pour le gouvernement actuel et l'accroissement des exportations agricoles pourrait aider à atteindre cet objectif. Ceci sera, toutefois, difficile si des pays riches continuent d'imposer des restrictions sur les importations agricoles.
La Chine a déjà eu des querelles avec le Japon, la Corée du Sud et l'UE sur les limitations des exportations agricoles, mais de nouvelles exigences environnementales plus strictes pour le commerce de produits agricoles pourraient conduire à plus de conflits commerciaux dans les années à venir.
Mais les spécialistes de la Chine rejettent la possibilité de politiques internes influençant la position de Beijing aux discussions de l'OMC. "Nous sommes en train de construire une 'société harmonieuse', ce qui signifie le nivellement de la croissance économique inégale du pays. Mais ce processus a beaucoup plus de chances d'être aidé par la facilitation du libre échange que par son effondrement", affirme Ren Yifeng.

