JOHANNESBURG, 29 nov (IPS) – Jane Zweli* a tenté de se soustraire à son mariage abusif -elle a essayé pas moins de trois fois, en fait. Mais, avec son faible niveau d'instruction et de connaissances, elle craint qu'un avenir loin de son mari ne soit beaucoup plus sombre que celui qu'elle a avec lui.
"C'est la troisième fois que j'ai quitté mon mari. J'ai trois enfants — je ne veux pas qu'ils souffrent", a-t-elle déclaré à IPS depuis un foyer pour femmes dans la capitale sud-africaine, Pretoria.
Le dilemme de Zweli reflète le sort de centaines de milliers de femmes en Afrique du Sud, qui dépendent de leurs maris pour leur subsistance — et qui étaient sous le feu des projecteurs, vendredi (25 novembre) : la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes.
"C'est difficile lorsque vous êtes dans une relation abusive avec un médecin ou un ingénieuràvous réfléchirez par deux fois avant de quitter la belle voiture, la belle maison et la belle vie", a dit dans un entretien avec IPS, Dimakatso Wanyana, une directrice de foyer.
Zweli a ajouté : "Mes parents et amis se sentiront gênés de nous accueillir, mes trois enfants et moi-même. Ils se feront du souci à propos de l'espace et de l'argent pour nourrir les membres supplémentaires de la nouvelle famille".
Si elle avait de l'argent, a affirmé Zweli, elle aurait démarré une affaire de vente de friperie ou de légumes dans le quartier d'où elle a fui.
Selon 'People Opposing Women Abuse' (Les gens qui s'opposent à la maltraitance des femmes – POWA), une organisation non gouvernementale basée à Johannesburg, une femme sur quatre en Afrique du Sud est dans une relation abusive — tandis qu'une femme est tuée tous les six jours par un partenaire de sexe masculin. Le Programme national de recherche sur le traumatisme au Conseil de recherche médicale, une agence gouvernementale, impute les deux tiers des cas de violence conjugale à l'usage de l'alcool.
"L'abus à l'égard des femmes ne se stabilise pas. Seulement, les femmes sont maintenant conscientes de leurs droits. Elles sont capables de prendre position et de parler publiquement de leurs problèmes", a déclaré à IPS, Mothipi Mohamane du 'South African Women's Shelter Movement', basé à Johannesburg. Wanyana dirige deux foyers dans la province septentrionale de Gauteng, où se trouvent Pretoria et Johannesburg. Les foyers sont financés par la POWA; environ 150 femmes et enfants passent par chacun d'eux, chaque année.
Pour éviter que les femmes ne soient agressées à nouveau par des partenaires abusifs, les emplacements des foyers sont gardés secrets. Même les numéros téléphoniques ne sont pas communiqués; les journalistes qui demandent des entretiens avec les femmes doivent donner leurs coordonnées, et ensuite attendre que la direction du foyer les rappelle, pour faire les interviews.
Des femmes sont poussées par divers facteurs à trouver refuge dans les foyers; ces facteurs vont de l'abus des époux jusqu'au fait d'être dépouillées de leur propriété une fois devenues veuves, par des parents de maris décédés.
Parfois, ce sont les maris eux-mêmes qui constituent une source de difficulté économique : "Certaines (femmes) s'enfuient parce que leurs maris veulent prendre leurs salaires", a affirmé Wanyana.
Le VIH/SIDA joue également un rôle pour déterminer qui cherche de l'assistance.
"Certaines (femmes) viennent dans le foyer parce qu'elles ont révélé leur statut séropositif et leurs maris ne veulent rien entendre de cela", a noté Wanyana. "L'abus conjugal va avec le VIH. Souvent, un homme refusera de porter un préservatif, et violera sa partenaire pour montrer qu'il est un homme".
Les foyers fournissent un service essentiel pour les femmes qui ont besoin de se soustraire à ces situations. Mais ils sont au mieux une solution temporaire aux problèmes auxquels sont confrontées les femmes victimes d'abus, qui doivent à un certain moment trouver le courage d'évoluer.
Les femmes sont supposées quitter les foyers de Wanyana après six mois, même si on fait entorse à cette règle de temps en temps. Certaines pensionnaires de foyers restent beaucoup plus longtemps à cause de retards judiciaires dans la résolution de leurs affaires; d'autres manquent d'argent pour se prendre en charge ou sentent que leurs parents trouveraient leur présence encombrante.
Dans des cas où les femmes retournent dans des ménages abusifs, elles peuvent bien s'endormir dans une fausse sécurité.
"Souvent, après la 'phase de lune de miel' — qui pourrait être une période de deux à trois semaines — il la frappe encore", a souligné Wanyana. "Elle se résout donc que leur relation ne fonctionne pas. Elle veut laisser tomber".
Les enfants pris dans ces situations peuvent se retourner contre leurs pères, prévient-elle.
"Certains des enfants ne veulent pas voir leur père. Ils ne veulent pas non plus voir d'autres hommes par moments, (puisqu'ils) voient dans les hommes leur père. L'effet psychologique à long terme est terrible".
Pour combattre l'abus, a indiqué Wanyana, d'importants changements doivent être opérés.
"Nous devons changer la mentalité de la société. Nous devrions insérer le genre dans le programme scolaireàLes prêtres devraient également prêcher contre la violence conjugale dans l'église", a-t-elle souligné.
*(Certains noms ont été changés pour protéger la vie privée des personnes concernées).

