DEVELOPPEMENT-AFRIQUE: La Grande-Bretagne autrefois

NAIROBI, 14 jan (IPS) – Le ministre des Finances de la Grande-Bretagne, a rendu une visite éclair au Kenya, mercredi ceci au début d'une tournée d'une semaine en Afrique dans le but de recueillir du soutien pour des efforts visant à combattre la pauvreté sur le continent.

Il a passé, de manière appropriée, une partie de son séjour de cinq heures au Kenya à visiter Kibera, un bidonville dans la capitale, Nairobi.

Considéré comme la plus grande habitation informelle d'Afrique, Kibera incarne l'ampleur du sous-développement sur le continent. Des tas d'ordures entourent des huttes abritant les centaines de milliers de gens qui vivent dans le bidonville. Un manque d'installations sanitaires signifie que plusieurs à Kibera sont constamment exposés au risque de contracter des maladies.

Si le ministre en a les moyens, ceci pourrait toutefois changer : La Grande-Bretagne soutient un plan qui incorpore un certain nombre d'initiatives pour s'attaquer à la pauvreté en Afrique.

Au nombre de celles-ci, figure le fait d'amener le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et la Banque africaine de développement à annuler les dettes des pays pauvres.

"Nous voulons obtenir un effacement de cent pour cent de la dette multilatérale pour ces pays pauvres qui sont des PPTE, mais nous avons des propositions supplémentaires pour les pays qui ne sont pas des PPTE", a déclaré Brown aux journalistes, à Nairobi.

L'Initiative des PPTE, les pays pauvres très endettés, a été lancée par le FMI et la Banque mondiale en 1996, pour réduire le poids de la dette des nations en développement. Elle est venue en reconnaissance du fait que plusieurs pays pauvres avaient atteint un stade où leurs progrès sociaux et économiques étaient pris en otage par les remboursements des prêts.

A l'heure actuelle, environ 40 Etats, dont les trois-quarts sont en Afrique, tentent de réduire leurs dettes dans le cadre de l'initiative des PPTE.

Le plan de la Grande-Bretagne prévoit également une nouvelle "Facilité financière internationale" (IFF) qui pourrait voir l'aide à l'Afrique doubler de son niveau actuel de 50 milliards de dollars – ceci à travers l'utilisation du financement en provenance des nations riches pour prélever des fonds sur les marchés financiers.

Pendant la prochaine décennie, dix milliards de dollars seraient dépensés par an sur l'amélioration du système scolaire en Afrique. Lorsqu'il était à Kibera, Brown a visité l'Olympic Primary School (une école primaire) pour se renseigner plus sur la politique d'éducation primaire gratuite du Kenya – introduite par le président Mwai Kibaki après son arrivée au pouvoir à la fin de 2002.

Par ailleurs, la Grande-Bretagne demande le démantèlement des barrières douanières qui empêchent les agriculteurs d'Afrique d'entrer en compétition avec leurs homologues des pays riches.

"Je crois que le niveau du soutien croissant pour ces propositions montre non seulement que cela peut se faire, mais également que cela peut être fait rapidement afin que nous ayons une chance d'atteindre les objectifs du millénaire pour le développement", a souligné Brown.

Ceci était en référence aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), huit objectifs qui ont été convenus par des dirigeants de la planète au Sommet du millénaire des Nations Unies en 2000. Les OMD visent à aider les pays pauvres à s'attaquer à certains de leurs besoins de développement les plus pressants d'ici à 2015. Ces objectifs incluent la réalisation d'une éducation primaire universelle d'ici à cette date, la réduction de moitié du nombre de personnes vivant avec moins d'un dollar par jour – et la réduction des taux de mortalité maternelle de trois-quarts.

Le Premier ministre britannique Tony Blair a déclaré qu'il utiliserait la présidence de son pays à la tête du Groupe des huit nations (G8) cette année pour défendre l'allègement de la dette et des initiatives d'aide – qui, comme on le dit souvent, constituent un nouveau Plan Marshall pour l'Afrique.

Le premier plan Marshall était la principale initiative américaine pour le financement de la reconstruction européenne après la Seconde Guerre mondiale. Ayant reçu le nom de l'ancien secrétaire d'Etat américain George Marshall, le plan a fourni 13 milliards de dollars d'aide à 16 pays – une somme équivalant à 100 milliards de dollars aux taux actuels.

Le G8 comprend les huit pays les plus industrialisés du monde : Etats-Unis, Canada, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Italie, Japon et Russie.

Londres fera également pression pour que davantage d'aide soit octroyée à l'Afrique lorsqu'il assumera la présidence tournante de l'Union européenne le 1er juillet.

L'année dernière, Blair a créé une Commission pour l'Afrique pour déterminer les meilleures voies d'aider les pays africains à sortir de la pauvreté et de la corruption qui ont souvent continué d'empirer au cours de ces dernières décennies.

Mais alors que plusieurs ont accueilli favorablement les initiatives de Londres, d'autres sont plus prudents – citant des craintes selon lesquelles l'effacement de la dette pourrait arriver avec trop de conditions.

"Ceci sent des conditionnalités cachées qui peuvent être défavorables aux pays affectés", a indiqué à IPS, Edward Oyugi, un consultant en développement basé à Nairobi.

De plus, certains activistes sont inquiets que des nations africaines qui sont libérées des remboursements des prêts ne soient simplement plongées dans un nouveau cycle de dette si l'IFF est mise en place avec succès – et est capable d'accorder de nouveaux prêts.

Pendant son séjour au Kenya, Brown a également planté un arbre avec la vice-ministre de l'Environnement Wangari Maathai, la lauréate du prix Nobel de la Paix de l'année dernière.

Le Mouvement de la ceinture verte de Maathai, créé en 1977, a planté plus de 10 millions d'arbres au Kenya pour empêcher la déforestation et l'érosion du sol dans le pays.

Brown s'est envolé plus tard vers la Tanzanie voisine, où il aurait rencontré des villageois non loin de la capitale, Dar-es-Salaam, pour discuter de leurs besoins en eau et en installations sanitaires.

Le ministre britannique se rend au Mozambique ce vendredi, et en Afrique du Sud dimanche, où il achèvera sa visite sur le continent. (* L'article diffusé à 19H19 GMT le 14 jan 2005 contient une erreur dans le paragraphe 14. Prière lire que les Objectifs du millénaire pour le développement visent à réduire les taux de mortalité maternelle de trois-quarts — et non de deux-tiers.)