POLITIQUE-SOUDAN: Un accord de paix final à portée de main

NAIVASHA, Kenya, 3 jan (IPS) – Le Soudan a fini 2004 sur une note optimiste, avec la signature, par des représentants du gouvernement et des rebelles, d'un cessez-le-feu permanent et d'un accord qui trace les grandes lignes de l'application de plusieurs protocoles de paix déjà conclus.

La signature ouvre la voie à un accord final pour mettre fin à 21 ans de guerre civile au Sud-Soudan – la plus longue guerre d'Afrique.

La cérémonie s'est déroulée vendredi (31 décembre) à Naivasha, une ville du nord-ouest du Kenya, qui a abrité les pourparlers de paix entre Khartoum et le Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan (SPLM/A) – rebelle.

Etaient présents le président soudanais Omar Hassan Ahmed el-Bashir, le leader du SPLM/A John Garang et le chef d'Etat sud-africain Thabo Mbeki, entre autres.

"En novembre (le premier vice-président Ali Osman) Taha et moi-même avons signé un protocole d'accord dans lequel nous nous engagions à conclure un accord global et à offrir un cadeau de nouvel an aux populations du Soudan..

C'est ce que nous avons fait aujourd'hui", a déclaré Garang dans une allocution devant une foule de Soudanais agitant des drapeaux, avec Taha à ses côtés.

Ceci était en référence à une promesse faite au Conseil de sécurité des Nations Unies, qui s'est réuni dans la capitale kényane – Nairobi – le mois dernier en vue de donner un élan aux discussions de paix soudanaises.

"Nous sommes ici pour rendre hommage aux populations du Soudan et leur annoncer que nous sommes parvenus à un accord de paix. Nous sommes ici pour leur dire que nous serons à leur service pour que le Soudan ait un nouvel horizon", a ajouté Taha.

Un accord de paix final devrait être signé le 9 janvier.

Les négociations entre le gouvernement et les rebelles sudistes, qui ont commencé en 2002, se sont déroulées sous la médiation de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) – une institution régionale comprenant le Kenya, le Soudan, la Somalie, l'Ouganda, l'Ethiopie, l'Erythrée et Djibouti.

Avant la cérémonie de vendredi, les deux parties avaient signé des protocoles sur le partage des richesses pétrolières du Soudan, le partage du pouvoir dans un gouvernement de transition – et le contrôle des trois régions disputées au centre du Soudan.

L'administration intérimaire dirigera le Soudan pendant six ans après la signature d'un accord de paix final, après quoi un référendum sera organisé sur la sécession du sud.

Le conflit a opposé des autorités islamiques dans le nord à des rebelles chrétiens et animistes qui ont pris les armes en 1983 pour protester contre le contrôle exercé par le gouvernement musulman à Khartoum. Aggravés par la présence de réserves pétrolières dans le territoire disputé, les combats – de même que la maladie et la famine qui en ont résulté – ont fait plus de deux millions de morts et environ quatre millions déplacés.

"Plus de combats au Soudan. Aujourd'hui, c'est la fête de l'indépendance du Soudan, le 49ème anniversaire d'indépendance. L'indépendance n'a pas été totale à cause de la guerre. Mais aujourd'hui, elle sera totale parce que la guerre est finie", a déclaré el-Bashir dans un discours prononcé devant ceux qui ont pris part à la cérémonie de signature.

"Nous travaillerons dur pour résoudre tous les problèmes au Soudan. Mais notre travail ne sera pas achevé tant que nous ne règlerons pas le problème du Darfour", a-t-il ajouté.

Le conflit au Darfour, une région de l'ouest du Soudan, a éclipsé les progrès dans le règlement final de la guerre civile dans le sud. Deux groupes rebelles au Darfour, le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLA/M) et le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), ont commencé par combattre Khartoum en février 2003 pour protester contre une négligence présumée de la région.

Le gouvernement est accusé de répondre à ces hostilités par des attaques contre des civils issus de trois groupes ethniques dont le SLA/M et le JEM tireraient leur soutien – les Fur, les Masaalit et les Zaghawa. Il est également accusé de supporter des milices arabes connues sous le nom de janjaweed (cavaliers) durant des raids contre des civils.

Cette campagne est soutenue par une lutte de longue date entre des Arabes nomades et des communautés sédentaires sur le contrôle des terres dans le Darfour.

Selon l'ONU, plus de 70.000 personnes sont mortes et près de 1,6 million d'autres ont été déplacées à la suite du conflit. Certains activistes des droits de l'Homme et des politiciens ont qualifié les actions du gouvernement et des janjaweed de génocide.

"Les combats au Darfour affecteront l'application des nouveaux accords (pour le Sud-Soudan). Plus on mettra du temps pour régler la crise du Darfour, plus il sera plus difficile et plus dur de mettre en œuvre l'accord de paix", a indiqué à IPS, John Prendergast, un conseiller spécial du Groupe international pour le règlement des crises, à Naivasha.

Cette organisation est une cellule de réflexion basée dans la capitale belge, Bruxelles.

Alors que l'Union africaine assure la médiation dans les pourparlers de paix entre le gouvernement du Soudan, le SLA/M et le JEM, très peu de progrès ont été accomplis dans ces discussions. Un cessez-le-feu signé en avril entre les parties en guerre est constamment violé.

Des groupes de la société civile au Soudan craignent également que des groupes de militants qui n'ont pas été inclus dans les négociations ne mettent en danger la paix.

"Les discussions ont impliqué seulement le gouvernement et le SPLM/A, alors qu'il y a plusieurs groupes armés au Soudan", a fait remarquer Suzanne Jambo, coordonnatrice du 'New Sudanese Indigenous Organisations Network', qui regroupe plusieurs groupes de la société civile au Soudan.

"Les groupes peuvent violer la paix et pour cette raison, il est très important que les deux parties, qui ont signé la paix, entament le dialogue aussi bien dans le nord que dans le sud, en ciblant les milices", a-t-elle dit à Naivasha au cours d'un entretien avec IPS.

Néanmoins, d'autres sont plus optimistes.

"Il y a des clauses dans les accords signés qui permettent l'inclusion des groupes de milices dans tous les processus dans un Soudan d'après-guerre", a déclaré Jimmy Wongo de 'Union of Sudan African Parties', qui est un observateur des pourparlers de paix.

"Si tous les accords sont appliqués fidèlement, le Soudan sera un pays paisible et ceci ouvrira la voie au développement", a-t-il dit à IPS.

Pour sa part, Mbeki a noté que le reste du continent avait également un rôle à jouer pour s'assurer que les différents protocoles de paix pour le Sud-Soudan seront mis en œuvre. "C'est une obligation pour l'Afrique de s'assurer de la réussite de cet accord. Il revient à l'Afrique de marcher ensemble avec les populations du Soudan, de s'engager dans tous les processus qui verront le Soudan se relever à nouveau", a-t-il souligné.

En termes pratiques, ceci inclurait l'aide à la reconstruction de l'infrastructure du pays, qui a été dévastée par des années de conflit.

"Les populations du Soudan ont besoin d'eau potable, de centres de santé et de routes", a indiqué Mbeki, qui a achevé une visite de trois jours en Afrique orientale samedi (1er janvier).

Pretoria et l'Université d'Afrique du Sud ont également promis de former des responsables du SPLM/A, pour qu'ils servent efficacement dans le gouvernement de transition du Soudan.