POLITIQUE-SOUDAN: Le gouvernement sur la défensive à propos desréinstallations

NAIROBI, 11 nov (IPS) – Le gouvernement du Soudan a vigoureusement démenti les affirmations des Nations Unies selon lesquelles il serait en train de transférer de force des personnes déplacées des camps du Darfour, la région de l'ouest déchirée par la guerre.

"C'est la responsabilité d'un pays de réinstaller ses populations déplacées. Nous n'avons violé aucune loi internationale", a déclaré aux journalistes Ibrahim Mahmoud Hamid, ministre des Affaires humanitaires du Soudan, à une conférence de presse tenue dans la capitale kényane, Nairobi, mardi.

"C'est le droit de nos autorités locales de traiter de cette question et non celui de la communauté internationale", a-t-il ajouté.

Hamid a dit que les personnes déplacées avaient construit, au hasard, des habitats informels dans la ville de Nyala, mais que ces maisons n'avaient pas été dotées d'installations sanitaires. En conséquence, le gouvernement avait décidé de transférer les réfugiés internes vers des camps hors de la ville où des installations sanitaires adéquates pourraient être fournies.

"Nous transférons seulement les gens vers un meilleur endroit. Est-ce un problème?, a demandé Hamid, ajoutant : "Nous avons eu 20 rencontres avec l'ONU pour discuter de la mise en place de nouveaux camps pour les personnes déplacées".

"Des représentants de l'ONU dans le pays ont vu le site et sont d'avis que le nouveau site est meilleur que l'ancien. Ils veulent seulement être informés assez tôt du déménagement, et nous avons dit que c'est un petit problème que nous allons régler", a-t-il indiqué.

La conférence de presse est intervenue après que l'envoyé de l'ONU au Soudan, Jan Pronk, a déclaré à la British Broadcasting Corporation (BBC) qu'il y avait la preuve que des forces armées avaient transféré de force, de Nyala, des personnes déplacées, la semaine dernière. Plus de 30.000 réfugiés internes seraient impliqués dans l'opération – tandis que des femmes qui étaient réticentes à partir auraient également été menacées de viol.

L'Union africaine (UA) a mis en doute les affirmations selon lesquelles le transfert était forcé, (l'UA a déployé du personnel dans le Darfour pour observer un cessez-le-feu signé en avril 2004 entre le gouvernement et des groupes rebelles opérant dans la région).

"Il n'y a pas de transfert forcé. Il n'y a rien de tel. Le gouvernement discute avec les réfugiés, les réinstallant ensuite pacifiquement", a indiqué, à IPS, le général de division Okonkwo Festus, président de la Commission du cessez-le-feu de l'UA, dans un entretien téléphonique depuis El fasher, l'une des trois principales villes du Darfour.

La région a sombré dans une crise politique et humanitaire au début de cette année après que des rebelles de l'Armée de libération du Soudan (SLA) et du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), ont pris les armes contre Khartoum pour protester contre la marginalisation présumée du Darfour.

Depuis lors, des milices arabes soutenues par le gouvernement, connues sous le nom de Janjaweed (signifiant "cavaliers") ont lancé ce que des groupes humanitaires décrivent comme une campagne de terreur contre des groupes ethniques soupçonnés de soutenir les rebelles.

Les Janjaweed auraient incendié des maisons, volé du bétail et détruit des cultures appartenant aux tribus Fur, Masalit et Zaghawa, qui ont pendant longtemps été en concurrence avec les Arabes nomades sur des ressources terrestres.

Les milices ont également été accusées de tueries, d'enlèvements et de viol de femmes et de filles dans un effort apparent d'épuration ethnique.

Les statistiques de l'ONU indiquent que près de 70.000 individus sont morts dans la violence, tandis que plus de 1,5 million de personnes ont fui leurs maisons.

Le chef de la majorité au Sénat américain, William Frist, a qualifié les événements du Darfour de génocide – ceci après avoir visité la région en août. Ses propos ont repris en écho ceux du secrétaire d'Etat Colin Powell, qui a visité le Darfour un mois plus tôt.

Une équipe de l'ONU était attendue au Darfour mercredi pour enquêter sur les affirmations de génocide, en prélude à une rencontre du Conseil de sécurité où la situation dans le Darfour devrait être débattue. Les pourparlers sont également en cours entre Khartoum, la SLA et le JEM dans la capitale nigériane, Abuja.

Au cours de la conférence de presse de mardi, Hamid a critiqué le Conseil de sécurité pour avoir accordé plus d'attention à la situation dans le Darfour qu'à la longue guerre entre le gouvernement, les chrétiens et les rebelles animistes dans le sud du pays.

"La question du Darfour est relativement nouvelle et tout à coup, le Conseil de sécurité de l'ONU est impliqué. L'autre conflit, qui a duré des années, n'a pas reçu une telle attention", a-t-il remarqué.

Les pourparlers de paix pour mettre fin à la guerre de Khartoum avec les rebelles sudistes sous la direction de l'Armée/Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLA/M) sont en cours depuis plus de deux ans au Kenya. Pendant ce temps, six protocoles couvrant des questions politiques clés ont été signés, et un accord de paix final entre les deux groupes est finalement apparu à portée de main.

La SPLA/M a commencé son insurrection en 1983, pour protester contre la domination du gouvernement islamique du nord.