POLITIQUE-RD CONGO: Kinshasa rappelle son ambassadeur en Belgique, enconsultation

KINSHASA, 23 oct (IPS) – La République démocratique du Congo (RDC) a décidé de rappeler, en consultation, son ambassadeur en poste en Belgique à la suite d'une brusque montée de tension entre les deux pays, cette semaine.

A l'origine de cette décision de Kinshasa, des déclarations jugées "inamicales" du ministre belge des Affaires étrangères, Karel de Gucht, à l'endroit de la classe politique congolaise. En effet, lors de sa tournée en Afrique centrale, plus précisément à l'étape de Kigali au Rwanda, de Gucht avait déclaré avoir "rencontré au Congo peu de responsables politiques qui m'ont laissé une impression convaincante." Mais de Gucht a répété ses déclarations devant le Parlement belge, allant même jusqu'à dire qu'il n'y avait pas d'Etat en RDC. "Même un Etat en minuscule et entre guillemets serait déjà un grand progrès", a-t-il indiqué. Pour Kinshasa, le fait, pour le fait pour le chef de la diplomatie belge d'avoir choisi le Rwanda, pays virtuellement en guerre contre la RDC, pour faire sa déclaration, ne doit pas être innocent. Le ministre belge avait, à la même occasion, loué les qualités de "gestionnaires" des hommes politiques rwandais.

Il est difficile, à l'heure actuelle, de savoir quelle tournure va prendre la crise diplomatique, mais nombreux sont les Congolais qui désapprouvent le comportement du ministre belge des Affaires étrangères. "Nous savons, de par nous-mêmes, que rien n'est parfait dans notre démarche pour la restauration d'un Etat de droit", a reconnu Simanga Ngovi, sénateur congolais, ajoutant que "sur ce chapitre, le ministre belge ne nous apprend rien". "Par contre, c'est M. Karel de Gucht qui s'est très peu montré homme d'Etat en faisant pareilles déclarations sur un pays étranger dans un pays étranger", a ajouté Ngovi. Le débat est sur toutes les bouches à Kinshasa, la capitale congolaise. Il y a des gens qui sont franchement contre le comportement du ministre belge, et il y en a, en revanche, qui trouvent des raisons objectives de condamner les hommes politiques congolais. Dieudonné Tombe, professeur d'université à Kinshasa, estime que les hommes politiques congolais ont besoin d'être bousculés par ce genre de déclarations pour corriger leur façon de gérer les affaires de l'Etat. "En dépit de plusieurs crises et guerres supposées ramener la bonne gouvernance et la démocratie, les acteurs politiques congolais sont malheureusement restés les mêmes. Les kabilistes ont remplacé les mobutistes dans les différents postes de responsabilité, mais la manière de gérer les affaires de l'Etat n'a pas changé", affirme Tombe.

Très peu de choses ont réellement changé en dépit des déclarations officielles sur la nécessité d'instaurer un Etat de droit, selon des citoyens congolais. "Tous les hommes actuellement au pouvoir, en commençant par le président de la République, ne cessent de dire leur détermination à aller aux élections dans les délais, mais visiblement, personne n'est réellement déterminé à faciliter la réalisation de cet objectif", déclare Honorine Kalala, une députée. "J'en veux, pour preuve, les résultats de l'audit que vient de réaliser la Cour des comptes. Les chefs d'entreprises s'octroient des salaires faramineux, en milliers de dollars, pendant que le personnel subalterne accumule des mois et des mois d'arriérés de salaires", explique-t-elle. La députée Kalala fait allusion au scandale qui défraie la chronique, en ce moment en RDC, et qui révèle que les salaires mensuels des présidents directeurs généraux (PDG) des entreprises publiques varient entre 6.000 et 25.000 dollars.

A Kinshasa, l'opposition politique représentée par l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), a été la seule formation politique à approuver les déclarations du ministre belge des Affaires étrangères. Le vendredi, 22 octobre, elle a organisé une marche de protestation contre certaines velléités du pouvoir tendant à faire prolonger la transition qui devrait prendre fin vers le milieu de 2005, par l'organisation d'élections libres et démocratiques. Dans un message publié dans la presse congolaise, la section UDPS du Benelux (Union économique entre la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg) félicite le ministre belge des Affaires étrangères "pour la lucidité et le discernement avec lesquels vous avez pu, en si peu de temps, procédé à un examen clinique méticuleux sur le malade Congo et ses gouvernants actuels, ainsi que pour le courage politique qui vous a habité pour l'annoncer sans hypocrisie".

Mais selon des analystes, la nouvelle brouille entre Kinshasa et Bruxelles ne va probablement pas influer sur leur politique de coopération bilatérale d'autant plus que, soulignent-ils, le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, a publiquement critiqué les "écarts de langage" de son ministre des Affaires étrangères. De son côté, le ministre congolais des Affaires étrangères, Raymond Ramazani Baya, a indiqué, vendredi à Kinshasa, que son gouvernement avait décidé de rappeler son ambassadeur à Bruxelles pour exprimer son "mécontentement" et mieux comprendre dans quel contexte son homologue belge avait fait ses déclarations. Il a ajouté que le Congo n'irait pas au-delà de ce rappel car les deux pays feraient tout pour "sauvegarder l'essentiel" de leurs relations. La Belgique envoie prochainement en RDC son ministre de la Défense, André Flahaut, attendu à Kinshasa, le 28 octobre dans le cadre de la coopération militaire entre les deux pays, selon une source officielle dans la capitale congolaise. Flahaut paraît plus optimiste que son collègue des Affaires étrangères sur l'évolution politique en cours en RDC. Selon lui, "Même s'il y a des choses imparfaites dans la transition en cours au Congo, cette transition reste la meilleure solution à l'heure actuelle. Il faut poursuivre le partenariat militaire".