KINSHASA, 8 sep (IPS) – Une baisse drastique du niveau des eaux du fleuve Congo a obligé la Société nationale d'électricité (SNEL) à rationner la fourniture de l'électricité à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC).
La baisse du niveau des eaux du fleuve Congo crée un grand préjudice à la production de l'électricité au barrage hydroélectrique d'Inga où le niveau de l'eau est tombé à 148 mètres alors que la moyenne est de 157 mètres.
En plus des énormes problèmes de maintenance auxquels la centrale hydroélectrique est techniquement confrontée, la baisse du niveau de l'eau réduit sa capacité à produire suffisamment d'énergie électrique.
La production moyenne des deux groupes d'Inga I et II est de 1.750 mégawatts (MW). Avec la saison sèche, elle est tombée à 600 MW, selon la SNEL.
Certains quartiers de la capitale congolaise sont officiellement privés d'électricité au profit d'autres, selon un calendrier établi à la semaine.
Cette mesure de délestage a déjà produit des victimes. Croyant contourner la mesure, une femme et ses quatre enfants sont morts asphyxiés, dans leur maison, par le gaz carbonique qui s'échappait d'un petit générateur qu'ils avaient allumé à l'intérieur de la maison. Ils voulaient mettre en sécurité leur groupe électrogène en le protégeant contre le vol.
La baisse du niveau des eaux du fleuve Congo a atteint la côte d'alerte avec un débit de 23.000 mètres cubes par seconde, en août, au lieu de 25.000 m3, son débit normal, à cause d'une saison sèche particulièrement dure cette année, en RDC.
"C'est historique, le niveau d'étiage actuel sur le fleuve Congo est le plus bas jamais enregistré depuis 1905", a déclaré à IPS, Liassa Nkoy, ingénieur électricien, conseiller au ministère congolais de l'Energie.
La saison sèche, en RDC, consécutive à l'hiver dans la partie australe de l'Afrique va de juin à septembre, chaque année, avec des variations climatiques plus ou moins prononcées. Cette année, les provinces du sud du Congo, frontalières avec les pays de l'Afrique australe, ont été privées de pluies. Ce sont les provinces du Bas-Congo, du Kasai occidental, du Kasai oriental et du Katanga.
La saison des pluies va habituellement d'octobre à mai. Mais les pluies ont été insuffisantes pour la saison 2003-2004. En 2003, les pluies n'ont commencé sérieusement qu'en décembre pour se terminer en avril 2004. Elles n'ont toujours pas repris alors qu'on observe généralement de légères précipitations à la mi-août.
Par conséquent, le fleuve Congo, qui prend sa source au Katanga, n'a pas été suffisamment alimenté. A son étape de Kinshasa, le "majestueux fleuve, tant chanté par les artistes congolais, fait quelque peu pitié, à voir des bacs de sable resurgir à différents endroits généralement sous eaux. Nous n'avons jamais vu une telle diminution des eaux", regrette Jean Mpinga dont l'appartement donne directement sur le fleuve, à Kinshasa.
Cette baisse du niveau des eaux a une incidence négative sur toutes les activités qui dépendent du fleuve : la navigation, la pêche et, spécialement, la production de l'électricité.
Bon nombre d'embarcations, au départ de Kinshasa, n'arrivent plus à joindre Kisangani à cause des bancs de sable. La ville de Kisangani, capitale de la province Orientale, dans l'est du pays, à environ 1.700 kilomètres de Kinshasa, par voie d'eau, manque pratiquement de tout, en commençant par le carburant ou le ciment qui viennent exclusivement de la capitale.
"Les stations d'essence ne sont plus alimentées", affirme Alfani Baole, commerçant à Kisangani. "Nous sommes réduits à nous approvisionner chez les petits revendeurs privés appelés 'Kadhafi' avec tout ce que cela comporte comme risques sur la qualité du produit. Bien plus, jouant sur la rareté du produit, ces Kadhafi nous imposent leurs prix qui dépassent tout entendement".
A Kisangani, un litre d'essence coûte généralement l'équivalent de 1,5 dollars à la station-service. Avec la décrue du fleuve, il coûte environ trois dollars chez les petits revendeurs.
Ces vendeurs privés s'approvisionnent chez des piroguiers qui parviennent, à bord d'embarcations plus légères ou de pirogues à moteurs, à remonter le fleuve avec des fûts de carburant achetés à Mbandaka, la capitale de la province de l'Equateur, qui se trouve au bord du fleuve, à mi-chemin entre Kinshasa et Kisangani.
Les bateaux à forts tonnages ont tout simplement été obligés de rester en cale sèche au port de Kinshasa, en attendant la saison des pluies, pour une remontée du niveau du fleuve Congo.
La pêche est également victime de la baisse du niveau des eaux du fleuve Congo. D'une manière générale, la saison sèche n'est pas bonne pour les pêcheurs car les poissons préfèrent vivre dans les profondeurs. A Kinkole, un port de pêche situé à 40 km, en amont de Kinshasa, et où les Kinois (habitants de Kinshasa) aiment aller s'évader et faire leur marché, le poisson est devenu rare.
C'est à ce port de Kinkole que beaucoup de femmes commerçantes de Kinshasa se rendent pour acheter le poisson qu'elles revendent dans les différents marchés de la capitale. Ici, de bonnes affaires se font généralement au bord du fleuve et dans les pirogues conduites au bord du fleuve.
"Cette année est une véritable catastrophe pour nos affaires", explique à IPS, Zozo Etumba, une grande vendeuse de poissons du fleuve. "En cette période, les autres années, je pouvais remplir de poissons cinq grandes bassines. Cette année, remplir deux bassines relève d'un rare exploit. Je suis une veuve avec six enfants à l'école. Franchement, je ne sais pas comment et avec quoi je vais payer les frais de scolarité des enfants, à la rentrée de septembre", se plaint-elle.
La pêche et le commerce de poissons sont des activités généralement réservées aux femmes, en RDC. Le poisson frais du fleuve étant fortement prisé par les Kinois; contrairement aux poissons surgelés qui viennent d'Europe ou d'ailleurs, il constitue une source importante de financement de beaucoup de femmes congolaises. Qu'elles soient chefs de famille ou mariées, grâce au commerce de poissons, les femmes subviennent aux dépenses courantes de leurs ménages.

