NIAMEY, 24 août (IPS) – Zeinabou Baba, une femme de 40 ans, revient de loin. Alors qu'elle avait perdu tout espoir de revivre une vie normale à cause d'une fistule, elle en est guérie à l'Hôpital national de Niamey, la capitale du Niger, et vit actuellement dans son village.
Zeinabou exerce même une activité génératrice de revenu, qu'elle a démarrée avec un petit capital d'environ 47 dollars depuis son retour, en 2002, dans son village, un hameau de Téra, situé à environ 250 kilomètres, à l'ouest de Niamey, selon Nathalie Maulet, conseillère technique pour l'approche genre au bureau du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), à Niamey. Maulet a expliqué à IPS que le calvaire de Zeinabou a commencé à la suite de son mariage, à l'âge de 16 ans, dans son village. De cette union, un premier enfant est né sans vie. Puis un deuxième, puis un troisième, dans les mêmes conditions. Au bout du quatrième enfant mort-né, c'est une fistule qui apparaît, avec comme conséquence, la répudiation de la jeune femme par son mari, ajoute Maulet. Expulsée du foyer conjugal, Zeinabou se réfugie chez ses parents, jusqu'au jour où une mission du FNUAP séjourne dans la localité, dans le cadre d'une enquête sur la fistule cachée au Niger. La fistule est une maladie provoquée par un canal d'origine accidentelle par où s'écoulent des urines ou des matières fécales, rendant la victime repoussante à cause des odeurs désagréables. La fistule obstétricale est une maladie handicapante qui survient d'ordinaire quand une femme jeune et pauvre souffre des douleurs de l'accouchement et n'a pas accès à la césarienne. La maladie fait l'objet d'une attention particulière, depuis 2002 au Niger, d'après des spécialistes.
Selon des statistiques officielles, les Nigériennes ont le taux de fécondité le plus élevé (huit enfants par femme) en Afrique subsaharienne, avec un taux de prévalence de contraceptifs modernes de quatre pour cent et un ratio de mortalité maternelle de 920 pour 100.000 naissances vivantes.
"Il n'y a pas de chiffre exact sur le nombre de fistuleuses au Niger, mais on pense que le pays compte beaucoup de cas puisque tous les facteurs concourant à l'apparition de la fistule sont présents", déclare Maulet à IPS.
Selon elle, les facteurs favorisant la fistule au Niger sont le mariage précoce, très répandu dans les campagnes, la persistance des mutilations génitales féminines dans certaines zones, la faible couverture du pays en matière de soins de santé de la reproduction. Seules 30 pour cent des femmes nigériennes ont accès aux consultations prénatales, 17 pour cent sont assistées lors de l'accouchement et quatre pour cent seulement ont accès à la césarienne, en cas de difficultés. A ces facteurs, s'ajoutent la pauvreté et le fort taux d'analphabétisme féminin, qui est de 91 pour cent, ajoute Maulet. D'après le Rapport national sur le développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) au Niger en 2003, 63 pour cent des Nigériens vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins d'un dollar par jour.
Mais, grâce à des actions concertées entre l'Etat nigérien et des partenaires privés, les femmes fistuleuses bénéficient de plus en plus d'une assistance soutenue, qui vise à les sortir de leur isolement. Même celles qui vivaient cachées avec leur infirmité, sortent de plus en plus pour se faire soigner.
"Ces interventions permettent de décongestionner un peu l'Hôpital national de Niamey où vit un grand nombre de femmes fistuleuses, qui attendent, pendant longtemps, avant d'être soignées", confie à IPS, Dr Kassoum Sanoussi, un chirurgien.
Selon une enquête réalisée par le FNUAP fin-2002 début-2003, 92 femmes fistuleuses ont été admises dans ce centre, en 2000, et 51 ont bénéficié d'une intervention chirurgicale. En 2001, elles étaient 23 admises, et une dizaine en 2002.
Entre octobre 2002 et août 2004, L'organisation non gouvernementale (ONG) Santé de la reproduction pour une maternité sans risque (DIMOL), basée à Niamey, a assuré la prise en charge médicale et sociale pour plus d'une centaine de femmes fistuleuses.
"Cette intervention, a été rendue possible grâce à un financement d'environ 42 millions de francs CFA (environ 79.245 dollars) de l'ambassade du Canada (au Niger), à travers son Fonds d'appui à la lutte contre la pauvreté (FALP)", a indiqué à IPS, Hadiza Abdou, coordinatrice du projet FALP auprès de l'ONG DIMOL.
"Parmi les femmes guéries de la fistule, 97 ont été réinsérées dans leur communauté, avec un pécule de 25.000 FCFA (environ 47 dollars) chacune (y compris Zeinabou). Cette somme leur est octroyée afin qu'elle puisse entreprendre une activité génératrice de revenu", précise à IPS, Ali Amadou, chargé de projets à DIMOL. "J'ai séjourné pendant cinq ans à l'hôpital de Niamey. Je n'ai pu bénéficier du traitement que récemment", confie à IPS, Bibata Salou, une fistuleuse ressortissante de Karma, un village situé à environ 25 km de la capitale.
Pour ses parents, c'est un miracle que leur fille recouvre enfin sa santé.
"Au début, il y avait sa sœur qui l'assistait. Mais comme les soins tardaient à venir, la sœur a finalement regagné le village, laissant Bibata seule à l'hôpital. Pour nous, elle ne pouvait plus recouvrer un jour sa santé; c'était le désespoir total", explique à IPS, la mère de Bibata.
Plusieurs autres initiatives sont mises en œuvre pour éradiquer la fistule au Niger. Un réseau pour l'éradication de la fistule, regroupant 41 structures, a été créé en octobre 2003. "Ce réseau, dont la présidence est confiée au ministère de la Santé, vise à mettre fin à la dispersion des énergies constatée sur le terrain dans le cadre des interventions", souligne Maulet.
En dehors de ce réseau, un appel est fait également à des spécialistes expatriés qui viennent opérer des fistules au Niger périodiquement. "En février 2004, nous avons fait venir le professeur Kèes Waaldijk, spécialiste de la chirurgie des fistules vésico-vaginales, à l'hôpital de Katsina (Nigeria), qui est intervenu sur une trentaine de femmes fistuleuses, et a enseigné sa technique à une quarantaine de médecins, chirurgiens, obstétriciens gynécologues, anesthésistes, instrumentalistes ainsi qu'aux étudiants nigériens et maliens", déclare à IPS, Amadou de DIMOL.
"Les interventions qui sont menées présentement sont vraiment salutaires pour les femmes fistuleuses", souligne à IPS, Dr Alio Sabo, directeur adjoint du Centre national de santé de la reproduction, implanté à Niamey.
Le FNUAP, qui apporte notamment un appui technique et financier dans la lutte contre le fléau, envisage d'envoyer une équipe complète se former davantage auprès du spécialiste du Nigeria, un pays voisin du Niger. "On espère, avec la collaboration du ministère de la Santé, envoyer une équipe complète, composée d'un médecin, d'un anesthésiste et de deux infirmières pour six semaines de formation auprès du professeur Waaldijk, à Katsina", affirme Maulet.
"Comme appui financier, le FNUAP a octroyé 40.000 dollars, en 2003, au Niger, dans le cadre de la lutte pour l'éradication de la fistule. Au cours de la même année, le pays a reçu un deuxième financement d'environ 300.000 dollars sur quatre ans, à travers le FNUAP, de la Fondation Bill Gates", ajoute-t-elle.

