VIH/SIDA: Des appels au financement et des sentiments mitigés marquent lafin de la conférence

BANGKOK, 19 juil (IPS) – La plus grande conférence sur le SIDA à ce jour s'est achevée à Bangkok par des appels des militants à plus de financements pour combattre la maladie qui ravage le monde, et des sentiments partagés des participants sur la question de savoir si des exploits significatifs avaient été réalisés dans ce qu'ils ont qualifié de gigantesque parlotte. Dans une manifestation de solidarité Afrique-Asie, des appels ont été lancés par Nelson Mandela l'ancien président d'Afrique du Sud – et Sonia Gandhi, leader du parti du Congrès, au pouvoir en Inde.

La 15ème Conférence internationale sur le SIDA s'est déroulée dans la capitale thaïlandaise, du 11 au 16 juillet, avec la participation de plus de 15.000 délégués. Mandela a demandé aux donateurs d'accroître leur financement pour combattre le VIH/SIDA.

"Ceci s'applique non seulement aux gouvernements, mais également au secteur privé et aux fondations privées. Cela s'applique également à chaque citoyen du monde – aucun montant n'est trop petit pour faire avancer les choses", a-t-il dit à la cérémonie de clôture.

En Inde, où environ cinq millions de personnes vivent avec le VIH, Gandhi a dit que la lutte contre le SIDA représente déjà environ 10 pour cent du budget national consacré à la santé dans le pays.

"Nous recherchons la compréhension soutenue et l'appui de la communauté internationale. Des agences de financement multilatérales et bilatérales ont été généreuses de même que certaines fondations philanthropiques privées", a déclaré Gandhi.

Les deux ont parlé après que la Fondation Bill et Melinda Gates a annoncé une contribution de 50 millions de dollars US, le jeudi 15 juillet, au Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, amenant sa contribution totale à 150 millions de dollars.

"Toutefois, il faudra beaucoup plus que les ressources de la Fondation Gates pour atteindre le niveau requis pour financer la lutte contre le SIDA", a souligné Mandela.

Selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA ou ONUSIDA, 38 millions de personnes dans le monde vivent avec le VIH. Cinq millions de nouveaux cas, selon l'ONUSIDA, ont été diagnostiqués.

Le dernier rapport de l'ONUSIDA indique que des efforts doivent être concentrés sur l'Asie qui, avertit-il, doit agir maintenant pour éviter "une catastrophe généralisée du SIDA". Environ 1,1 million de personnes ont été déclarées séropositives en Asie l'année dernière seulement — plus qu'aucune autre année antérieure.

Mais l'agence onusienne avertit que l'Afrique subsaharienne et l'Europe de l'est continuent d'être durement touchées par l'épidémie du VIH.

Dans une déclaration, parvenue à IPS la semaine dernière, la Fondation Gates a déclaré que le Fonds mondial faisait face à un grand déficit de financement.

Les donateurs ont promis un total de 3,4 milliards de dollars au financement mondial tout au long de 2004, assez pour satisfaire les besoins du Fonds, jusqu'à la fin de l'année. Toutefois, les promesses pour la période 2005-2008 sont juste de deux milliards de dollars, très en deçà des 3,6 milliards que les projets du Fonds nécessiteront en 2005 seule.

Mais Mandela a affirmé qu'il ne s'accorderait pas de répit dans la lutte contre le VIH/SIDA.

"Comme vous le savez bien, j'ai annoncé mon retrait de la vie publique (à la fin de mai), ce qui signifie que je ne devrais pas être ici aujourd'hui", a-t-il dit à la conférence.

"Toutefois, la lutte contre le SIDA est l'un des plus grands défis auxquels le monde est confronté au début du 21ème siècle. Je n'aurai de cesse que si je suis certain que la réponse globale est suffisante pour inverser le cours de l'épidémie", a indiqué le vieil homme d'Etat.

La conférence de Durban, en Afrique du Sud, en 2000, avait donné la réalité-soudaine à une grande partie du monde sur la gravité de l'épidémie du VIH – située juste dans la réalité des 20 millions de décès imminents.

L'immoralité de l'accès aux traitements à travers le monde a été rendue inévitablement forte – et plusieurs dans l'Occident confortable ont été ébranlés avant de commencer à s'attaquer au VIH/SIDA.

Mais c'était la précédente conférence à Barcelone, en Espagne, en 2002, qui avait réellement poussé le monde à l'action.

La Conférence de Bangkok était-elle, alors, un moment de compte-rendu des progrès? Graca Machel, patronne du programme leadership qui a présenté la Déclaration de Bangkok de l'engagement des leaders, a reconnu l'échec des dirigeants dans la lutte contre le SIDA.

"Bangkok devrait être la fin des promesses faites, promesses non tenues.

Les vies que nous avons perdues ne peuvent pas être ramenées, mais les vies qui sont encore avec nous peuvent (bénéficier d'une attention)", a-t-elle déclaré.

Les participants à la conférence étaient également partagés sur la question de savoir si la rencontre de cette année avait pu faire une percée par rapport aux précédentes.

Heloo Bernice, un agent de santé du Ghana a dit qu'elle a obtenu des informations substantielles durant les sessions et ateliers de la conférence – quelque chose qu'elle pourrait utiliser lorsqu'elle retournera dans son pays.

"J'utiliserai l'information pour améliorer ce que je faisais déjà en matière de soins et de soutien", a-t-elle dit à IPS.

Paul Cawthorne, le coordonnateur thaïlandais de "Médecins sans frontières", a fait remarquer, d'autre part, qu'on n'a pas noté beaucoup de différence durant la conférence de six jours, excepté la présence du Village global où la communauté a eu l'opportunité d'échanger en dehors du cadre formel.

Cawthorne espère que la prochaine conférence sur le SIDA, qui se tiendra à Toronto, au Canada, en 2006, fera des progrès auxquels la réunion n'a pu parvenir.

"J'espère que la conférence de Toronto ira au-delà des arguments que nous avons entendus ici. Les discussions pour savoir, par exemple, si des médicaments anti-rétroviraux fixes ou des médicaments génériques seraient efficaces ou non", a-t-il dit à IPS. "Il est clair qu'ils sont efficaces et le monde en développement a besoin de ces combinaisons de médicaments fixes à des prix abordables et ils en ont besoin maintenant".

Ce qui a amené les militants à se fâcher contre la Conférence de Bangkok, c'est le fait que les médicaments anti-rétroviraux qui prolongent la vie, pour les personnes vivant avec le VIH, continuent d'être produits dans le monde industrialisé riche, mais n'étaient pas accessibles là où ils étaient le plus nécessaires – notamment les communautés pauvres dans le monde en développement.

Mais Mechai Viravaidya, le co-président local de la Conférence de Bangkok, a dit à IPS que des leçons de Bangkok seraient retenues à Toronto en 2006.

Un aspect positif de la Conférence de Bangkok, selon Mechai, était le Village global.

"Je pense que chaque conférence sur le SIDA, à partir de maintenant, doit poursuivre l'expérience thaïlandaise", a-t-il fait remarquer. "Le Village global amène des gens qui sont inscrits, des scientifiques, par exemple, à rencontrer des populations locales et à voir qu'il y a plusieurs manières d'exprimer le savoir et l'opinion, plutôt que d'organiser des conférences".

(*Cher Jimenez et Agnès Aristiarini ont contribué à ce reportage).