NAIROBI, 20 juil (IPS) – Pour promouvoir la paix dans la région africaine des Grands Lacs, accablée par la guerre, des femmes parlementaires de la zone affirment qu'elles ont l'intention de jouer un rôle plus important dans les discussions visant à mettre fin aux combats.
Cette intention a été exprimée au cours d'une rencontre de deux jours, sur le thème 'Paix, sécurité, démocratie et développement dans la région des Grands-Lacs', qui s'était déroulée la semaine dernière à Nairobi, la capitale du Kenya.
"Les femmes devraient être reconnues comme des agents actifs plutôt que des victimes passives dans les (processus de paix), y compris la gouvernance post-conflit. Durant les négociations de paix, on a très souvent accordé le statut d'observateurs aux femmes. Comme telles, leurs voix n'ont pas été réellement entendues", a déclaré Miria Matembe, une députée de l'Ouganda.
Elle a fait ce commentaire alors qu'elle s'adressait à environ 100 députées des pays des Grands-Lacs : Kenya, Ouganda, Tanzanie, République démocratique du Congo (RDC), Burundi, Rwanda et Zambie. La rencontre a été convoquée par le Forum parlementaire des Grands-Lacs pour la paix, également connu sous le nom de Forum AMANI.
Matembe a dit que dans son pays, les femmes s'étaient déjà impliquées dans le processus de résolution de conflit, par rapport aux combats dans le nord de l'Ouganda.
"Les femmes de cette région ont eu une rencontre avec d'autres de diverses parties du pays, et sont en train de convaincre leurs fils et filles d'abandonner la rébellion, qui fait des ravages dans le nord", a-t-elle souligné.
"Mais ceci seul n'est pas suffisant. Nous voulons que les femmes soient autour de la table de négociation, pour amener aussi bien les rebelles que le gouvernement à la table et parler de paix", a-t-elle ajouté.
Le conflit dans le nord de l'Ouganda a commencé en 1986, lorsque des rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) ont pris les armes.
Plus de 850.000 membres du groupe ethnique Acholi, habitant la région, ont été déplacés de leurs maisons par l'insurrection, qui s'est depuis étendue à d'autres parties du pays.
Les agences humanitaires estiment qu'environ 80 pour cent des soldats de la LRA sont des enfants enrôlés de force, âgés de six à 17 ans. Le groupe rebelle a été également accusé d'enlever des jeunes filles et d'en faire des esclaves sexuels.
Ibrahim Fall, représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies dans la région des Grands-Lacs, a indiqué que l'émancipation politique des femmes dans la région leur permettrait de jouer un rôle plus décisif dans des pourparlers de paix.
Le Rwanda a été cité comme un bon exemple de la manière dont les femmes pourraient accroître leur influence politique.
"Sur les 100 députés au parlement, 44 sont des femmes, le nombre le plus élevé au monde", a indiqué à IPS, Juliana Katengwa, une députée rwandaise.
"Notre constitution stipule qu'il doit y avoir 30 pour cent de représentation de femmes dans tous les organes de prise de décision. Là encore, notre président a toujours dit que ce chiffre est le minimum", a-t-elle ajouté.
Katengwa a souligné que les femmes du Rwanda avaient montré qu'elles pouvaient jouer un rôle prépondérant dans l'apaisement des tensions ethniques et politiques dans le pays, qui a connu un génocide il y a dix ans. Plus de 800.000 Tutsis minoritaires et de Hutus modérés ont été tués dans une campagne par des extrémistes hutus.
"Les femmes dans le pays, y compris les parlementaires, se sont rassemblées et ont créé Twese Hamwe ("Toutes ensemble"), une organisation qui chapeaute 40 autres groupements de femmes dans différents secteurs, dans le but de construire la paix", a-t-elle dit à IPS.
"Nous avons eu des résurgences de rebelles, mais notre organisation sort pour mobiliser les hommes et leurs fils afin qu'ils arrêtent les combats", a ajouté Katengwa.
La situation est toutefois différente, en RDC, où les femmes ont été marginalisées sur le plan politique.
"Sur les 500 membres de notre parlement, seuls 62 sont des femmes", a indiqué la députée congolaise Chantal Safou, dans un entretien avec IPS, à la conférence de Nairobi.
"Nous nous battons pour que les voix des femmes soient entendues, notamment dans les questions de paix. Nous essayons de faire pression sur notre gouvernement pour qu'il inclue des femmes dans des discussions de paix afin d'épargner au pays la violence, mais nous n'avons pas encore réussi. J'espère que nous gagnerons", a-t-elle ajouté, notant que des groupes de femmes avaient également essayé de convaincre des groupes rebelles de la nécessité de la paix.
Une guerre civile qui a éclaté en RDC en 1998 a fait plus de 3,5 millions de morts. Bien qu'un accord de paix ait été signé à la fin de 2002, l'instabilité a persisté dans certaines parties du pays.

