KINSHASA, 18 mai (IPS) – Tous les groupes armés, qui écument le district de l'Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), se sont engagés à appuyer pleinement la mise en œuvre du processus de transition, et à n'entreprendre aucune activité susceptible de compromettre la paix en Ituri.
Les différents groupes armés de l'Ituri, dont une trentaine de représentants se sont rencontrés, à Kinshasa, pour une nouvelle tentative de réconciliation en vue d'une paix définitive, se sont engagés également à n'entreprendre aucune démarche de nature à porter atteinte à la souveraineté de l'Etat congolais. Ils ont confirmé en outre leur ferme volonté de rejoindre le processus de paix et d'œuvrer dans le sens de la cessation des hostilités. La rencontre, qui s'est déroulée la semaine dernière, a été rendue possible grâce à un effort conjugué du gouvernement congolais et de la Mission d'observation des Nations Unies au Congo (MONUC). Troisième de la série après celles de Kinshasa et de Dar es-Salaam, en Tanzanie, en 2003, cette concertation est considérée comme celle de la dernière chance. Pour garantir la réussite de la rencontre, les travaux se sont déroulés dans un couvent catholique complètement isolé des bruits de Kinshasa, la capitale congolaise, et gardé nuit et jour par des éléments de la police nationale et de la MONUC. Une mission interministérielle se rendra dans les prochains jours en Ituri, en vue de préparer l'arrivée d'un nouveau commissaire de district, un nouveau chef de la police et d'une dizaine d'officiers de liaison afin de marquer le retour de ce territoire au sein de la RDC, selon une résolution de la rencontre. Rappelant les responsabilités des principaux animateurs de la tragédie iturienne devant l'histoire, le ministre congolais de l'Intérieur, Théophile Mbemba, s'est inquiété des conséquences des affrontements interethniques en Ituri sur le développement de la région : "Qui pensez-vous occupera l'Ituri si vous continuez à vous entretuer et à créer des espaces inhabités?", leur a-t-il demandé dans son discours d'ouverture. "Ces affrontements inutiles entre fils de l'Ituri doivent prendre fin", a-t-il ajouté. En cinq années d'affrontements interethniques, le district de l'Ituri a perdu près de 50.000 de ses fils et filles. Le nombre de personnes handicapées physiquement, du fait de ces affrontements, s'élève à près de 100.000 tandis que les déplacés et les sans-abri sont estimés à 150.000, selon des statistiques livrées par la MONUC. La mise en garde de William Swing, le chef de la MONUC, adressée aux participants était encore plus sévère : "Chacun de vous doit avoir à l'esprit l'état d'insécurité et de misère des cinq millions d'habitants de l'Ituri", a-t-il dit dans son discours. "Le Conseil de sécurité et le secrétaire général des Nations Unies ne comprennent pas et n'acceptent pas que la violence continue, surtout une année après la mise en place de la Commission de pacification de l'Ituri", a-t-il souligné. Faisant directement allusion aux accrochages qui ont eu lieu le 7 mai dernier entre une brigade de routine de la MONUC et un groupe de miliciens du Front nationaliste intégrationniste (FNI), à 25 kilomètres au sud-ouest de Bunia, Swing a poursuivi : "Le Conseil de sécurité a donné à la MONUC l'autorité du chapitre VII de la Charte des Nations Unies lui permettant d'utiliser tous les moyens nécessaires, y compris la force, afin de mettre une fin aux souffrances du brave peuple de l'Ituri". Au cours des accrochages, 10 miliciens du FNI avaient trouvé la mort et un soldat de la MONU blessé, selon la MONUC.
Ces propos fermes du chef de la MONUC ont été diversement perçus par les différents groupes concernés, 16 mois après la signature de l'accord de paix de Pretoria, par les différentes rébellions de la RDC.
Pour Thomas Lubanga, président de l'Union des patriotes congolais (UPC), les populations de l'Ituri n'ont pas très bien maîtrisé les enjeux de la lutte ni clairement discerné où se trouvaient leurs intérêts : "Aujourd'hui, nous avons beaucoup évolué et sommes prêts à nous inscrire dans le processus de restauration de la paix", a-t-il affirmé dans un entretien avec IPS. Faustin Robert Lola, secrétaire général de l'Union des Congolais pour la démocratie/Forces armées du peuple (UCD/FAP), l'un des mouvements politico-militaires de l'Ituri, a déclaré à IPS : "Nous sommes disponibles pour rendre au gouvernement de transition, la gestion totale du territoire d'Aru que nous administrons depuis 2002 et à coopérer désormais avec la MONUC".
Mais, certains observateurs croient qu'il devient de plus en plus difficile de croire en ce genre de déclarations qui reviennent à chaque rencontre, chacun des belligérants cherchant à se faire passer pour le plus innocent. Petronella Vaweka, présidente de l'Administration spéciale intérimaire de l'Ituri (ASI), une structure mise en place en mars 2003 pour gérer la crise en Ituri, veut bien croire que cette fois sera la bonne, mais elle cache mal son scepticisme : "Je crois qu'il y a 90 pour cent de chance pour que nous puissions aller dans le bon sens et cela grâce à l'apport de la MONUC qui a réalisé un grand travail". "Malheureusement", a-t-elle dit à IPS, "nous ne sommes pas à notre première signature d'acte d'engagement pour la paix. Nous en avons signé un en mars 2003 pour la cessation des hostilités, nous en avons signé un autre à Dar es-Salaam au mois de mai 2003. Ce que je trouve par contre encourageant, c'est que chaque fois, il y a une évolution dans le bon sens, bien que cela ne se traduise pas toujours sur le terrain".
Vaweka, qui était préalablement militante d'une organisation non gouvernementale œuvrant pour la paix en Ituri, a exprimé son scepticisme tout au long de la rencontre, même après la signature de l'engagement. Sur place, en Ituri, la population fixait toute son attention sur la rencontre de Kinshasa. "Nous sommes fatigués de la guerre", a confié à IPS, Kavula Kaseso, un commerçant de Bunia, en séjour d'affaires dans la capitale congolaise. "Nous n'attendons qu'une seule chose : la paix afin de reprendre nos affaires", a-t-il ajouté.

