GENEVE, 18 mai (IPS) – Des campagnes sanitaires internationales ont poussé la poliomyélite au seuil de l'éradication dans quatre des six pays où la maladie est encore endémique -l'Inde, le Pakistan, l'Afghanistan et l'Egypte — mais dans deux autres — le Nigeria et le Niger — cette année a vu quelques sérieux revers.
Les quatre seront en mesure d'arrêter la transmission du poliovirus d'ici à la fin de cette année, déclare David Heymann, directeur de la division éradication de la polio à l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
"Ils arriveront à cette étape importante s'ils poursuivent leurs activités avec la même intensité et avec la même qualité. Nous croyons et ils croient qu'ils peuvent arrêter la transmission", a-t-il souligné.
Les progrès faits par l'initiative mondiale pour l'éradication de la polio ont été évalués au cours de la première journée de l'Assemblée mondiale de la santé, qui s'est réunie à Genève pendant toute la journée du samedi, impliquant des ministres de la Santé des 192 Etats membres de l'OMS.
La campagne massive pour éradiquer la maladie a été lancée en 1988, au moment où le poliovirus était endémique dans 125 pays. Dans les quatre pays qui sont sur le point d'éliminer la transmission, cette année, 22 cas seulement ont été enregistrés.
Pendant ce temps, la campagne a connu des revers en Afrique centrale et occidentale, où une épidémie explosive provoquait la paralysie de plus de 500 enfants, a déclaré le directeur général de l'OMS, Lee Jong-Wook, dans son discours inaugural à l'Assemblée mondiale de la santé.
La paralysie est une conséquence fréquente de cette maladie qui provoque des lésions cérébrales et une atrophie des muscles.
Le Nigeria, avec une population de 120 millions d'habitants, comptait 119 cas le 12 mai 2004, cinq fois le total de l'année précédente, et 70 pour cent plus que les cas enregistrés dans le reste du monde au cours de cette période.
Le ministre de la Santé du Nigeria, Eyitayo Lambo, a indiqué que son gouvernement était parvenu à un accord avec les autorités de Kano, dans le nord, pour renouveler les efforts de vaccination qui avaient été interrompus en août 2003 suite aux déclarations erronées selon lesquelles la vaccination provoquait la stérilité chez les filles.
Les 35 autres Etats du Nigeria participent déjà à la campagne de vaccination, selon Heymann.
Le Niger voisin, avec 11 millions d'habitants, n'atteindra pas également l'objectif d'interruption de la transmission du virus d'ici à la fin de cette année, parce que les programmes d'éradication sont à la traîne, par rapport aux prévisions, affirme l'OMS. Jusqu'au 12 mai, il y avait une douzaine de cas enregistrés dans quatre des huit régions de ce pays africain.
La nouvelle campagne pour l'Afrique demande des vaccinations massives, synchronisées dans 21 pays au plus tard au début de 2005.
L'objectif premier d'éradication de la polio dans le monde entier en 2005 demeure, a souligné Heymann. Après une période de surveillance de trois ans, l'OMS délivre un certificat à chaque pays dont la transmission du virus a été arrêtée.
Le directeur de l'OMS a déclaré que d'ici à 2005, quelque cinq millions d'enfants auront été sauvés de la paralysie, des enfants qui peuvent marcher grâce aux actions entreprises pour mettre fin à la polio.
Les campagnes sanitaires internationales ont produit des résultats positifs, comme les trois millions de tuberculeux qui sont guéris chaque année à travers la DOTS (Chimiothérapie de courte durée sous assistance directe), et les 600.000 cas de cécité évités à travers des programmes qui combattent l'onchocercose (cécité des rivières).
Mais la maladie, les souffrances et la mort restent accablants dans le monde entier, a dit Lee aux ministres de la Santé.
Près de 2,8 milliards de personnes vivent avec moins de deux dollars par jour, 480 millions vivent dans des zones de conflit armé extrêmement dangereuses, 1,2 milliard de gens ont des difficultés à trouver de l'eau potable, 40 millions d'hommes, de femmes et d'enfants vivent avec le VIH/SIDA, et plus de 500.000 femmes meurent chaque année en couches, a déclaré le directeur général de l'OMS.
D'autres chiffres indiquent que 1,3 milliard de personnes fument et s'exposent à la maladie et à la mort prématurée, tandis que 1,2 million de gens meurent chaque année dans des accidents de la circulation.
Les autorités de l'OMS ont exprimé leur inquiétude par rapport à l'écart croissant entre les riches et les pauvres lorsqu'il s'agit des services de santé.
Lee a noté que l'une des grandes inégalités se trouvait dans le domaine de la recherche et du développement des médicaments et des traitements médicaux.
Chaque année, plus de 70 milliards de dollars sont consacrés à ce secteur, en provenance aussi bien des sources publiques que privées. Mais moins de 10 pour cent vont vers la recherche sur 90 pour cent des problèmes sanitaires du monde, qui affectent en très grande majorité les pauvres.

