POLITIQUE-AFRIQUE: Ce protocole vaut-il le papier sur lequel c'est écrit?

NAIROBI, 29 avr (IPS) – Dans la dernière tentative pour réduire la circulation des armes légères en Afrique, les ministres des Affaires étrangères et autres représentants venus de onze pays ont signé un protocole sur le contrôle des armes, récemment dans la capitale kényane, Nairobi.

Mais, reste à voir si cette initiative contient vraiment des ingrédients de succès.

Le Protocole de Nairobi pour la prévention, le contrôle et la réduction des armes légères et portables a été signé après une réunion de deux jours (20-21 avril) qui a réuni onze Etats de la région des Grands Lacs et de la Corne de l'Afrique. Ces régions ont des taux de prolifération d'armes parmi les plus élevés en Afrique.

Au nombre des pays présents aux pourparlers, figuraient le Burundi, le Rwanda, l'Ouganda, le Kenya, la République démocratique du Congo, le Soudan, la Tanzanie, Djibouti, l'Ethiopie, l'Erythrée et les Seychelles.

Conformément à l'accord, leurs gouvernements seront obligés de régler le problème des conflits internes, qui a servi d'aimant à l'entrée des armes légères en Afrique centrale et orientale.

"La caractéristique déterminante de ce genre de conflit, ce sont les nombreux morts et la souffrance résultant des armes légères et portables, qui sont facilement accessibles, aussi bien légalement qu'illégalement", a déclaré Kalonzo Musyoka, ministre des Affaires étrangères du Kenya, pendant une conférence de presse à la réunion.

Le protocole demande aux Etats de voter des lois nationales interdisant la fabrication illégale, le trafic, la possession ainsi que l'usage abusif des armes légères et portables. Mais les organisations non gouvernementales ont averti que les pénalités imposées par ces lois devaient également êtres sévères dans tous les pays pour que l'accord puisse produire un effet.

"Même si la législation doit être spécifique à chaque pays, la nature transnationale du problème des armes légères requiert que les pays travaillent ensemble et qu'ils cherchent à garantir l'uniformité dans des domaines particuliers de contrôles juridiques sur les armes légères", indique un rapport publié cette année par SaferAfrica (Une Afrique plus sûre) et Saferworld (Un monde plus sûr), des groupes de la société civile.

Selon les organisations, une différence de lois poussera simplement les marchands d'armes à transférer leurs activités dans des Etats où le trafic d'armes est moins réprimé. "La conséquence de l'existence de contrôles plus faibles dans certains pays que dans d'autres est que le trafic d'armes et d'autres activités déstabilisatrices auxquelles il est fréquemment associé, peuvent continuer avec un risque élevé d'extension de telles activités au-delà des frontières nationales, dans la sous-région", ajoute le rapport de SaferAfrica and Saferworld.

La Somalie, qui n'était pas représentée à la réunion, a été citée comme un exemple typique. Le pays est en proie à une guerre civile depuis la chute du président Siad Barre il y a 14 ans – et un gouvernement central n'y est pas encore réinstallé.

Plusieurs des armes, qui alimentent les combats entre factions en Somalie, sont venues du Kenya, selon Musyoka. Il croit que quelque 60.000 armes illégales sont entrées en contrebande au Kenya – une estimation approuvée par 'Africa Peace Forum' (Forum pour la paix en Afrique) et le 'Security Research Information Centre' (Centre d'information de recherche sur la sécurité), tous deux basés à Nairobi.

"La Somalie a besoin d'un désarmement total. Il y a tellement d'armes vendues actuellement sur la place publique, et la plupart des acheteurs sont des seigneurs de la guerre qui commettent ouvertement des crimes en les utilisant. Plusieurs femmes et enfants ont été tués par ces armes", a indiqué, à IPS, Asha Abdi, une politicienne du pays dans un entretien téléphonique à Nairobi.

"La communauté internationale ainsi que les pays voisins devraient s'inquiéter de ce qui se passe en Somalie. Ils devraient venir à notre rescousse en disant aux parties rivales qui prennent part aux pourparlers de paix de renoncer à leurs intérêts égoïstes et d'accorder la priorité à l'unité de leurs populations afin de ramener la paix dans cette nation de la Corne de l'Afrique", a-t-elle ajouté.

Les pourparlers de paix destinées à restaurer l'ordre en Somalie ont commencé au Kenya en 2002. Bien que perturbées par de nombreux désaccords entre les leaders de faction, les discussions ont produit des résultats.

Des délégués, qui représentent un large éventail social, devraient élire des députés d'ici le 5 juin 2004. Ces législateurs éliront ensuite un président.

Le Soudan, qui a été entraîné dans une guerre civile de 20 ans entre le gouvernement musulman à Khartoum et des rebelles animistes et chrétiens dans le sud, serait également en possession de milliers d'armes illégales.

"Ce problème est présent au Soudan comme il l'est dans d'autres pays de la région. Et nous sommes ici (à Niarobi) pour trouver collectivement une issue à ce problème", a dit, à IPS, Ali Abdalrahaman Numeri, l'ambassadeur du pays au Kenya, à une réunion de la semaine dernière.

Un rapport de 2003, extrait de l'Etude sur les armes légères, un projet de recherche sur les armes, basé à Genève, indique qu'il y existe environ 30 millions d'armes légères en Afrique subsaharienne.

En 2001, les Nations Unies ont adopté un 'Programme d'action pour empêcher, combattre et éradiquer le commerce illicite d'armes légères et portables', en vue d'aider les Etats membres de l'ONU à régler ce problème. Tous les pays représentés à la réunion de Nairobi étaient signataires de ce programme, selon Oyugi Onono, chargé de la planification et de la coordination au Secrétariat sur les armes légères pour les Grands Lacs et la Corne de l'Afrique. (Le secrétariat est basé à Nairobi).

"Si les nations, et en particulier celles des (Grands Lacs et de la Corne de l'Afrique) adhèrent à ce programme et mettent en œuvre le protocole de Nairobi, la prolifération des armes va, sans aucun doute, être contrôlée dans la région", a déclaré, à IPS, Koffi Koffison, coordonnateur du programme du Centre régional de l'ONU pour la paix et le désarmement en Afrique.