POLITIQUE-SWAZILAND: L'institution anti-corruption existe de nom seulement

MBABANE, 21 avr (IPS) – Le gouvernement du Swaziland a affecté 2 millions de rands (307.692 dollars) de son budget pour un bureau anti-corruption qui ne fonctionne pas, mais faisait cruellement défaut.

"La corruption fait partie de tout gouvernement national, de toute entreprise, de tout endroit, depuis le bureau d'un directeur d'école jusqu'à une organisation religieuse où se trouvent l'argent et l'influence.

C'est dans l'intérêt du gouvernement et de la société qu'une autorité anti-corruption existe pour agir", a déclaré un avocat de Mbabane qui travaille avec l'Ordre des avocats du Swaziland.

Mais la solution, affirment les partisans d'un gouvernement propre, n'est pas l'Unité anti-corruption actuelle qui, selon eux, semble exister de nom seulement.

Lancé avec beaucoup de fanfare en 2000 par Sibusiso Dlamini, le Premier ministre d'alors, l'unité faisait partie d'un plan du gouvernement pour rendre plus transparents les services, et pour régner sur des pratiques de trafic d'influence, de corruption, de pots-de-vin, de népotisme et de vol franc. De telles pratiques auraient contribué à occasionner d'énormes pertes au gouvernement de ce pays pauvre, à court d'argent.

Pis, la corruption, dans toutes ses formes, a rendu les Swazis cyniques à l'égard de leur gouvernement et d'autres institutions.

"Si vous voulez faire activer quelque chose, vous devez connaître quelqu'un ou payer quelque chose", a indiqué une femme lasse d'attendre dans la queue pour une carte d'identité nationale swazie au ministère des Affaires intérieures.

Donner des pourboires est courant – quelques dollars à un employé de bureau pour éviter l'attente dans la queue – mais la corruption et les pots-de-vin, en particulier au moment où le gouvernement se lance dans de gros travaux publics et des projets d'infrastructure coûtant des dizaines de millions de dollars, est plus sérieuse et aurait dû faire l'objet du travail de l'Unité anti-corruption.

"Nous allons faire tout notre possible pour mettre fin à la mauvaise conduite au sein du gouvernement et de la société", avait déclaré le Premier ministre au lancement de l'unité.

Depuis quatre ans, se plaignent les Swazis, l'unité n'a obligé aucune autorité gouvernementale à rendre des comptes.

Dans sa défense, des sources travaillant dans l'unité ont dit à IPS que le bureau manquait toujours d'autorité statutaire pour faire ce qu'elle doit faire.

Et alors que des bureaux existent dans un complexe construit depuis 50 ans par le gouvernement britannique, la presse swazie rapporte que peu de choses sont faites dans ce pays pour faire accomplir le mandat de l'unité : rassembler des preuves et recommander les cas au procureur de la République pour des poursuites.

Pourquoi, après avoir installé l'unité, le gouvernement n'a pas élaboré la loi d'habilitation et les fonds pour la rendre fonctionnelle? Le journal indépendant 'Times of Swaziland' et certaines organisations du service public ont mis en doute le désir du gouvernement de contenir la corruption.

Le responsable d'une organisation non gouvernementale (ONG), qui a préféré garder l'anonymat, a dit à IPS : "La corruption est partout, jusqu'au sommet. Si les "menus fretins" devaient être poursuivis, ils crieraient que les gros bonnets sont en train d'être ignorés, et ils pourraient vendre la mèche".

D'autres estiment également que parce que l'Unité anti-corruption ne peut pas pratiquer une poursuite sélective, mais si elle avait les pleins pouvoirs pour se donner les moyens de poursuivre de hautes autorités, il y aurait eu une réticence à se mettre en marche, même après quatre ans. "S'il n'y a aucune poursuite pour corruption, comment pouvez-vous dire qu'il y a la corruption au Swaziland", a dit en plaisantant un responsable du ministère de la Justice.

Certaines autorités craignent que les poursuites de la corruption au sein du gouvernement puissent également rendre publiques les mauvaises pratiques, et donner l'impression qu'il y a la corruption au Swaziland à un moment où la priorité du gouvernement est d'attirer l'investissement étranger direct dans le pays.

"Certaines personnes peuvent vouloir que tout le monde pense qu'il n'y a pas de corruption ici, mais les investisseurs le découvrent assez vite lorsqu'ils ont besoin de quelque chose", a déclaré un homme d'affaires.

Dans certains pays africains, les responsables ont tendance à voir des faveurs et l'usage personnel des fonds et ressources du gouvernement comme un droit, une gratification attendue parce qu'on est "patron" à un poste important.

Au Swaziland, aucune statistique n'existe pour fournir des données à la Banque mondiale pour ses rapports sur la corruption, il n'y a donc pas de faits pour montrer l'ampleur du problème. Mais une évidence anecdotique – les témoignages d'hommes d'affaires en particulier – montrent que la corruption est dans le pays. La plupart accusent les responsables de donner le sentiment que tout leur revient de droit.

Cette semaine, le roi Mswati a reçu comme cadeau deux bovins 'Watusi' des représentants du parc 'Lowery Park Zoo' en Floride, aux Etats-Unis. Le cadeau est en accord avec une coutume swazie de longue date qui consiste à solliciter des faveurs d'un roi swazi avec quelques bovins.

Les bovins Watusi étaient des bêtes exceptionnelles – élevées par le zoo après l'extinction de leur espèce en Afrique, et leur réintroduction sur le continent via le Swaziland.

L'année dernière, Mswati a autorisé la vente de onze éléphants condamnés à mourir par abattage à deux zoos américains. Toutes les exportations d'animaux sauvages doivent être approuvées par le monarque.

"C'est une tradition d'honorer le roi avec un cadeau symbolique. Le problème avec beaucoup de responsables gouvernementaux est qu'ils se prennent pour des rois, et ils disent : 'Où sont mes bovins'?", a indiqué l'ancienne employée d'un ministère, Janice Simelane, qui est maintenant membre d'une ONG engagée dans la lutte pour une meilleure gouvernance.