NAIROBI, 26 fév (IPS) – Des connaisseurs ont pendant longtemps apprécié les mérites du café kényan, typiquement décrit comme ayant un goût fruité et acide. Pendant plusieurs années, cette renommée a contribué à faire de ce café l'une des principales exportations du pays.
C'était la première activité pourvoyeuse de devises étrangères pour le Kenya depuis 1963, lorsque l'indépendance a été obtenue vis-à-vis de la Grande-Bretagne, jusqu'en 1988. Selon l'Office du café du Kenya (CBK), le pays a produit 128.926 tonnes de café durant la saison 1987/1988, ce qui a rapporté un profit net de près de 74 millions de dollars.
C'était à l'époque.
L'année dernière, la production a chuté à environ 55.000 tonnes – quelque chose qu'on a attribué aux coûts de production en hausse, à la mauvaise gestion au sein des entreprises coopératives et aux mauvaises politiques de la part du gouvernement.
Des agriculteurs montrent en particulier du doigt la longue chaîne d'intermédiaires dans le secteur : ils affirment faire face à de grands retards pour se faire payer à mesure que leurs graines changent de mains, en route pour les rayons des supermarchés.
"Il est devenu si coûteux de produire la culture; la plupart du temps, il n'y a même pas d'argent pour acheter des engrais ou d'autres accessoires nécessaires pour la production du café de qualité", souligne Wambui Kinuthia, un producteur de café dans la périphérie de Nairobi. "Même lorsque nous récoltons le café et que nous le vendons aux négociants, ils prennent un temps fou pour nous payer". L'industrie a été également ébranlée par des prix qui étaient, selon les mots de l'Organisation internationale du café, à "des niveaux historiquement bas". Bien que le prix du café ait remonté dans les deux derniers mois (à une moyenne d'environ 1,2 dollar par kilogramme en janvier), la baisse générale en rentabilité a conduit à une croissance rapide de la pauvreté dans les zones où le café est produit au Kenya.
Ces problèmes, que connaissent également les producteurs ailleurs sur le continent, ont fait l'objet de discussions récemment à la 1ère Conférence africaine sur le café de première qualité, tenue à Nairobi du 19 au 22 février.
La rencontre a été organisée par l'Association est-africaine des cafés de premier choix, et a rassemblé des représentants de l'industrie de café en Afrique et au-delà.
Les délégués ont débattu de la possibilité de rehausser davantage les prix du café en réintroduisant un système de quota national qui limiterait les fournitures de café. Le système qui était auparavant en place s'est écroulé en juillet 1987.
Ils ont également recommandé l'élimination des intermédiaires détestables en permettant aux agriculteurs de commercialiser directement leurs produits, et en prenant des initiatives pour alléger le poids des dettes accumulées par les producteurs de café qui ne pouvaient plus se faire payer leurs récoltes.
"Les organisations d'agriculteurs doivent de fortes sommes d'argent aux financiers comme la Banque mondiale, l'Union européenne et d'autres institutions financières, ce qui est survenu parce qu'ils ne pouvaient pas obtenir suffisamment d'argent de leurs cultures à cause des mauvais prix du marché", a déclaré Akuma.
La dette de l'industrie kényane de café s'élève à 156 millions de dollars.
Certains délégués ont suggéré que les gouvernements des pays producteurs de café interviennent pour aider les débiteurs à renégocier les termes de crédit avec les donateurs multilatéraux.
"Un tel processus devrait être mis en place ensemble avec des mesures pour maintenir (la) qualité du café afin d'accroître la consommation", a indiqué Nestor Onsorio, directeur général de l'Organisation internationale du café.

