BURUNDI-POLITIQUE: Beaucoup d'espoirs dans le Rendez-vous d'Arusha.

BUJUMBUR, 28 avri (IPS) – Les pourparlers de paix entre les frères
ennemis
burundais reprendront le 15 juin prochain, à Arusha en Tanzanie,
lors du
sommet des chefs d'Etat des pays des Grands Lacs. Le Burundi
s'attend à ce
que l'embargo que lui imposent ses voisins de la sous région
depuis deux
ans, soit levé au cours de ladite réunion.

Plusieurs indices permettent de penser que les sanctions imposées
au
Burundi depuis juillet 1996 pourraient être levées au cours de ce
sommet qui
sera présidé par Mwalibu Julius Nyeréré, ancien président de la
Tanzanie et
médiateur entre les rebelles hutu et le gouvernement burundais.
L'embargo a été imposé suite au coup d'Etat de juillet 1996 qui a
emmené
une fois de plus le Major Pierre Buyoya au pouvoir, après l'avoir
perdu lors
des élections de 1993, remportées par Melchior Ndadayé, un hutu.
Ce dernier
a été assassiné dans une tentative de coup d'Etat, trois mois
après son
arrivée au pouvoir.
L'assassinat de Melchior Ndadayé, premier Président
démocratiquement élu, a
plongé le pays dans un cycle de violence. Dans les campagnes, les
collines
s'embrasent. Les paysans Hutu se sont rués sur leurs voisins Tutsi
pour
venger “leur” président, tué par des membres de l'armée dominée
par la minorité
Tutsi. Depuis 1993, le pays vit au rythme des assassinats,
massacres et
autres déplacements massifs des populations.
C'est dans cette atmosphère que Buyoya est revenu au pouvoir en
1996, dans
ce qu'il a appelé au cours de sa première conférence de presse
'une mission
de sauvetage'. “Ce n'est pas un coup d'Etat classique, d'ailleurs
il n'y
avait plus d'Etat, il fallait arrêter le génocide”, avait dit
Buyoya.
Buyoya est revenu après une série de massacres de grande ampleur
dont celui
de Bugendana dans le centre du pays, où plus de trois cents
personnes furent
tuées dans un camp de déplacés, par la rébellion Hutu.
Les pays voisins de la région des Grands Lacs, avec comme leader
la
Tanzanie, avait cru bon de condamner ce coup en mettant le régime
de Buyoya
au ban. Un embargo est aussitôt décrété au Burundi par les pays
comme la
République Démocratique du Congo, l'Ouganda, la Tanzanie, le
Kenya, le
Rwanda. Ils exigent notamment la réinstallation d'un régime
démocratique, la
libération des anciens présidents Jean Baptiste Bagaza, Sylvestre
Ntibantunganya ainsi que le Président de l'Assemblée Léonce
Ngendakumana.
Les conséquences de cette isolation sont graves, particulièrement
sur la
population. Enclavé, asphyxié sur le plan économique, les
observateurs ont
cru que le régime Buyoya allait s'effondrer, car l'économie du
pays dépend
largement des importations dans la sous région. Les prix flambent,
le
carburant est rare les conditions de vie sont de plus en plus
difficiles.
Dans les hôpitaux les médicaments manquent, des usines ont fermé
faute de
matières premières.
En octobre dernier le Premier Ministre P Firmin Ndimira a évalué à
100
millions de dollars, le coût de l'embargo pour le pays.
La communauté internationale et les organisations humanitaires ont
vivement
critiqué cet embargo qui frappe durement la population.
L'Ambassadeur du Zimbabwe à l'Organisation de l'Unité Africaine et
chef du
groupe de prévention des conflits au sein de l'organisation
panafricaine, M.T.A.G Makombe a demandé au début de cette année
la levée
des sanctions.
Buyoya a organisé une campagne sur les conséquences de l'embargo
dans les
pays occidentaux comme la France. Ces émissaires sillonnent le
monde pour
expliquer que les “sanctions sont une entrave pour le retour de la
paix”.
Selon le secrétaire d'Etat français à la coopération, Charles
Josselin, ” la
France fait tout son possible pour convaincre les responsables
régionaux et ceux d'autres pays que l'embargo doit être levé”.
Dans une interview accordée au quotidien français " Libération",
le Major
Buyoya indique que ceux qui ont pris les sanctions pensaient que
le régime
allait s'effondrer. Mais le pays a survécu, difficilement c'est
vrai".
Les autorités burundaises affirment que maintenant qu'ils ont
rempli les
conditions exigées par leurs voisins, il n'y a plus de raison s
pour
maintenir l'embargo. Buyoya participera aux pourparlers avec ses
opposants
et les deux anciens chefs de l'Etat, Jean Baptiste Bagaza,
Sylvestre
Ntibantunganya qui sont libres de leur mouvement, de même que le
président
de l'Assemblée nationale, Léonce Ngendakumana.
Mais la situation est loin d'être assainie au Burundi. La guerre
civile y
bat toujours son plein car la rébellion hutu reste active, malgré
les
dissensions au sein de ce mouvement.
Cette situation de guerre civile ne permet pas l'organisation des
élections
qui pourraient favoriser le retour à la démocratie, l'une des
exigences des
pays signataires de l'embargo.
“Sans préparation, les élections risquent de déboucher sur le
tribalisme et l'ethnicité”, a indiqué Luc Rukingama, Ministre des
affaires étrangères.
A la place des élections – qui devaient avoir lieu en juin avec la
fin du
mandat de l'Assemblée -, le gouvernement prévoit la nomination
d'un
Président de la République (qui serait Buyoya lui-même), deux
vice-présidents dont un issu du Front pour la Démocratie au
Burundi
(FRODEBU), une formation de l'Opposition, et un autre issu des
“milieux
neutres” et une majorité des ministres du Frodebu, ainsi qu'une
Assemblée
nationale élargie de 40 membres nommés.
Mais Cette formule est déjà rejetée par le président du Frodebu,
le Dr Jean
Minani qui vit en exil en Tanzanie. Il estime que “Buyoya n'a
aucun droit de
mettre en place de quelconques institutions au Burundi”.
Dans un communiqué diffusé depuis la capitale tanzanienne, le
Président du
Frodebu a mis en garde tout membre du Parti qui s'engagerait dans
ces
manuvres de distraction du régime illégal ou accepterait de
participer à
une quelconque de ces prétendues institutions du régime illégal,
sous peine
d'exclusion du parti, a écrit-il
Mais apparemment, les militants du Frodebu n'émettent pas sur la
même
longueur d'onde, car le Frodebu” intérieur”, adoptant un réalisme
politique
semble accepter la formule de Buyoya.
Déjà, le président de l'Assemblée Nationale, dominée par le
Frodebu, a
ctué en fin de semaine un déplacement dans la sous-région
pour expliquer le processus en cours et demander la levée des
sanctions, une
démarche que le Dr Jean Minani n'a pas apprécié.
Des observateurs de la scène politique burundaise estiment
qu'avec cette
division au sein du Frodebu, le Major Pierre Buyoya serait peut
être en
position de force lors des pourparlers de la mi-juin.
Le Frodebu est divisé, la rébellion armée Hutu quant à elle est
traversée par
de graves dissensions internes. Leonard Nyangoma le leader
historique
du Conseil National pour la Défense de la Démocratie (CNDD),
opposition
armée, aurait été limogé par des instances de son mouvement,
instances qu'il ne
reconnaît pas et qu'il a limogé à son tour.
Les pourparlers entre le gouvernement et les rebelles hutu
avaient été
suspendus en juillet 1997, après que le Major Buyoya a accusé
Nyeréré de
propager les opinions des rebelles Hutu. Buyoya avait demandé
alors que les
négociations soient tenues dans un pays "neutre", autre que la
Tanzanie.
Il avait suggéré le Zimbabwe, l'Afrique du Sud, la Zambie et
l'Ethiopie
Bien avant, la Tanzanie avait accusé l'armée burundaise d'avoir
fait des
incursions sur son territoire pour rechercher des soi-disant
rebelles. De
leur part, les Burundais avaient accusé la Tanzanie d'abriter des
soi-disant
réfugiés qui étaient en réalité des rebelles. A un certain
moment, les
Tanzaniens avaient lancé une mise en garde assez sérieuse contre
le
Burundais, menaçant de riposter les burundais récidivaient dans
leurs
incursions.
Certains observateurs pensent que la réunion du 15 juin comporte
une double
chance pour le Burundi : celle de voir l'embargo levé et celle de
réconcilier les frères ennemis.