ENVIRONNEMENT: Le commerce illégal des substances nuisibles abîmela couche d'ozone

NAIROBI, 19 nov (IPS) – Le commerce illégal croissant des chlorofluorocarbones sape les efforts pour protéger la couche d'ozone, ont averti des militants de la protection de l'environnement.

La couche d'ozone, qui empêche la radiation nuisible du soleil d'atteindre la terre, se situe entre la troposphère et la stratosphère, à environ 15 à 20 kilomètres au-dessus de la surface de la terre.

Des scientifiques croient que la couche d'ozone est en train d'être abîmée par l'utilisation de certains produits chimiques. Cette inquiétude s'est accrue après la découverte de trous dans la couche d'ozone.

Les produits chimiques nuisibles incluent les chlorofluorocarbones (CFC) et autres Substances appauvrissant l'ozone (SAO). Les délégués à la '15ème rencontre des parties au protocole de Montréal' à Nairobi du 10 au 14 novembre ont appris comment le commerce illicite des produits chimiques nuisibles était en hausse dans les pays en développement et aux Etats-Unis.

L'Afrique du Sud et Singapour ont été indexés comme des contrebandiers notoires du composé CFC. Dubai a été cité comme un des principaux points de transit en raison de sa caractéristique de port franc.

"Le rôle des pays de transit dans le commerce illégal mondial des SAO est d'une préoccupation particulière. (Ces) pays facilitent la contrebande des SAO en brouillant la piste du produit et en servant de point de départ vers des marchés illégaux", a déclaré Ezra Clark, un grand militant pendant le lancement d'un nouveau rapport, le 10 novembre.

Clark travaille pour l'Agence d'investigation environnementale (EIA), un organisme de surveillance basé à Washington, qui a rédigé le rapport, 'Perdu en transit, tendances mondiales de la contrebande du CFC et nécessité d'une suppression progressive plus rapide'.

L'EIA a envoyé une mission d'enquête à Singapour pour établir comment le commerce du CFC arrive jusqu'aux autres parties du monde.

"Nos investigations de Singapour nous ont finalement conduit aux contrebandiers du CFC en Afrique du Sud, qui utilisent les mines d'or comme une couverture pour une escroquerie complexe qui aboutit à une gamme de CFC faussement déclarée comme 'récupérée' sur le marché américain lucratif", a indiqué Clark.

Le commerce illégal des CFC sape le 'Protocole de Montréal' sur les substances qui appauvrissent la couche d'ozone', selon Shafqat Kakakhel, directeur exécutif adjoint du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), qui est basé à Nairobi, la capitale du Kenya.

Le protocole a réussi à réduire la production et la consommation mondiales des substances appauvrissant l'ozone d'environ 90 pour cent depuis son adoption en 1987.

Pour éliminer graduellement les produits chimiques qui sont nuisibles à la couche d'ozone, les 162 pays qui ont ratifié le protocole doivent s'y conformer. 'Le non-respect retarderait ou pourrait même empêcher la récupération de la couche d'ozone", a averti Kakakhel.

Des statistiques de l'EIA montrent qu'une récupération complète de la couche d'ozone est attendue d'ici à 2050.

Certains des pays en développement intensifient les efforts pour protéger l'ozone et l'environnement. Le Kenya, par exemple, a voté la Loi nationale sur l'environnement de 1999, qui présente un mécanisme complet pour la protection de l'environnement.

Toutefois, les ressources pour éliminer progressivement les SAO, y compris le bromure de méthyle, sont insuffisantes, selon le vice-président du Kenya, Moody Awori. "Une suppression graduelle effective nécessitera des ressources adéquates, des capacités nationales accrues, la création de la prise de conscience et l'échange d'information si les pays en développement doivent atteindre la réduction de 20 pour cent dans la consommation du bromure de méthyle d'ici au 1er janvier 2005", a fait remarquer Awori.

Le Kenya utilise le bromure de méthyle dans la floriculture, mais les technologies de la culture des fleurs croisées sans usage de produits chimiques "ont continué à être développées et sont progressivement en train d'être adoptées par les planteurs", a déclaré le ministre de l'Environnement, Newton Kulundu.

Le Kenya espère éliminer les substances nuisibles de son arrière-cour d'ici à 2005.

Selon des écologistes au Kenya, le manque de fonds a paralysé la lutte contre l'élimination des produits chimiques appauvrissant l'ozone.

"Les donateurs ne sont plus intéressés par le financement des projets CFC.

Ils sont maintenant passés aux projets comme le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) et la réduction de la pauvreté", a indiqué, dans un entretien à IPS, Grâce Akumu, directrice exécutive de Réseau climat en Afrique, une organisation écologiste régionale basée à Nairobi.

L'organisation d'Akumu a abandonné les programmes de CFC il y a cinq ans à cause du manque de financement des donateurs. "S'ils ne sont pas bien abordés, ces produits chimiques constituent une bombe à retardement qui attendent d'exploser", a-t-elle averti.

L'Organisation mondiale de la santé et le PNUE ont prévenu que, comme l'appauvrissement de l'ozone augmente et que les gens sont de plus en plus exposés au soleil, la radiation ultraviolette (UV) deviendra un risque sanitaire plus sérieux.

Les effets de la radiation sont plus graves pour l'œil qu'on ne l'a jamais imaginé. En 1998, quelque 135 millions de personnes dans le monde étaient malvoyants et 45 millions de personnes étaient devenus aveugles, avec des cataractes comme cause majeure, selon le rapport de l'EIA.

"Une exposition accrue à la radiation ultraviolette du fait de l'ozone appauvrie devrait causer près de 90 millions de cas supplémentaires de cancer de la peau d'ici à 2060 et 25 autres millions de cas de cataractes d'ici à 2050", a prévenu le rapport.