ENVIRONNEMENT-NIGERIA: Une peau neuve pour Lagos

LAGOS, 18 nov (IPS) – Des égouts bouchés, des tas d'ordures dans les rues, des restes de nourriture et d'articles ménagers abandonnés : ces choses sont devenues un spectacle familier dans la capitale commerciale du Nigeria, Lagos, ces dernières années, poussant certains à la qualifier de la "ville la plus sale au monde". Les conditions insalubres auraient conduit à des poussées de choléra, et dans une banlieue comme Iwaya, la maladie se propage rapidement. Comme c'est le cas pour plusieurs autres zones de la ville, elle est densément peuplée.

Les habitants vivent dans ce qui est appelé des chambres "fais-moi face, je te fais face" avec des cuisines, des salles de bain et des toilettes communes. Dans certains bâtiments, ces salles peuvent contenir jusqu'à huit personnes. "Certains habitants sont très sales et ils ne se soucient pas de leur…

environnement. Je me suis souvent querellée avec les habitants de la maison à côté de la nôtre à cause de leurs sales habitudes qui provoquent l'obstruction des égouts", affirme Caroline Oluwadare, qui vit à Iwaya.

Toutefois, à partir de ce mois, Lagos pourrait simplement se retrouver en train de changer de conduite. Un programme dénommé "Coup de pied contre l'indiscipline" (KAI) a été lancé pour nettoyer la ville – ainsi que l'Etat dans lequel elle est située, l'Etat de Lagos.

Une initiative similaire a été tentée en 1999, mais a manqué son effet après que des habitants se sont plaints de ce que c'était mauvais pour les affaires. Les jours où les opérations de nettoyage étaient programmées, aucune entreprise n'était autorisée à fonctionner pendant les trois heures réservées à la collecte des ordures.

Le président Olusegun Obasanjo a annulé plus tard l'opération, estimant que les gens devraient s'habituer à nettoyer leur propre environnement – et non être forcés à le faire.

Cependant, les responsables de l'Etat semblent être en train d'adopter une position plus sévère, cette fois-ci. Près de 500 personnes ont été formées pour aider à mettre en oeuvre le KAI.

Des chefs de rue ont été nommés pour les différentes banlieues en vue d'identifier et d'arrêter les gens qui enfreignent les lois sur l'environnement et l'hygiène publique. Les infractions possibles incluent le déversement aveugle d'ordures, le traitement avec condescendance des collecteurs de déchets non autorisés et le non-paiement des services rendus par des collecteurs agréés. Jeter des ordures d'un véhicule en marche est également considéré comme un crime.

Auparavant, les collecteurs non autorisés, ou des pousseurs de charrette, rivalisaient avec des opérateurs agréés par le gouvernement dans la collecte des ordures dans les maisons. Les pousseurs de charrettes non autorisés ont été accusés de déverser les ordures sur les autoroutes et ailleurs, mettant en danger la santé publique. L'Autorité de gestion des ordures de l'Etat de Lagos (LAWMA) est également supposée collecter les ordures, mais n'assure pas le service qu'elle devrait fournir. Pour plusieurs habitants de Lagos, la LAWMA n'est qu'une autre société d'Etat où sévissent la corruption et l'inefficacité.

"Chaque ordure qui est jetée dans les rues agresse (un) voisin, diminue la dignité de chacun (et) dissuade des visiteurs importants de venir sur nos côtes", a déclaré Tunji Bello, commissaire d'Etat en charge de l'environnement, pendant une cérémonie de lancement du KAI.

"Les déchets qui sont déversés dans le système d'égouts… détruisent finalement des biens à travers l'inondation, et ternissent les bonnes routes. Cela n'est certainement ni de la démocratie ni de la liberté. La liberté qui manque de discipline ne peut être qu'une autorisation pour la jungle", a-t-il ajouté.

Toute personne prise en flagrant délit de violation de la loi risque une peine de six mois à un an de prison, ou le paiement d'une amende de près de 27 dollars – ou les deux.

L'initiative KAI organisera des sessions mensuelles de nettoyage, dont la première s'est déroulée le week-end dernier (du 8 au 9 septembre), quand des gens de tous les âges sont descendus dans les rues avec des balais, des râteaux et des pelles en main. Tout le trafic a été arrêté sur les routes pendant la durée de l'opération.

Le KAI se focalisera également sur les magasins et boutiques qui ont été illégalement érigés. Des bulldozers ont déjà démoli plusieurs structures, dont une qui abritait un centre d'affaires prospère.

"L'action du gouvernement est une invitation au chaos et au banditisme.

Beaucoup de nos biens estimés à plusieurs milliers – dont des machines à écrire électriques, des photocopieurs, des climatiseurs, des machines de plastification et des groupes électrogènes – ont été endommagés dans le processus", déplorait le propriétaire de l'un des magasins.

Le commerçant perplexe, qui a simplement donné comme nom Emmanuel, a dit à IPS : "Nous, commerçants et colporteurs, avons voté massivement pour le gouverneur dans les dernières élections, mais voilà avec quoi il nous paie pour avoir voté pour lui". "Il nous a déçus avec ce qu'il a fait aujourd'hui parce que c'est un complot pour nous étouffer économiquement, bien que nous payions des taxes au gouvernement de l'Etat… Nous avons également payé au gouvernement local de l'Ile de Lagos avant qu'on ne nous autorise à faire des affaires ici", a-t-il ajouté.

Il est maintenant demandé aux commerçants de déposer toutes leurs ordures à des points de collecte agréés, et de coopérer avec les associations de vendeurs pour garder leurs marchés propres. Auparavant, plusieurs commerçants, en particulier les vendeurs de fruits, laissaient souvent leurs produits pourris au point de vente, au lieu de les ramasser pour la collecte.

Alors que la majorité des personnes interrogées dans les rues de Lagos soutiennent le programme d'hygiène publique, certains de ses aspects – notamment l'interdiction de vendre dans les rues – ont été condamnés.

"Je suis préoccupé par le fait que la nouvelle loi interdise également le commerce de rue, notamment sur les autoroutes. La plupart de ces garçons et filles, qui vendent dans les embouteillages, vivent et aident leurs familles à travers cette activité… Si vous les renvoyez des rues, que feront-ils?", a demandé John Ihilegbu, un fonctionnaire.

"Ils n'ont pas les moyens de tenir des boutiques même si celles-ci sont disponibles. Je crois que le gouvernement ne fera que créer plus de chômage et de criminels", a-t-il ajouté. Le gouvernement ne semble pas avoir une politique pour prendre en mains les jeunes qui seraient renvoyés des rues, afin de les empêcher de recourir au crime.

"Je n'ai pas encore connaissance d'un quelconque projet… Les responsables qui peuvent vous parler du sujet sont tous partis en mission.

Rappelez plus tard dans la journée", a indiqué à IPS un agent qui a requis l'anonymat.