OMC-CANCUN: L'accord sur les médicaments à bas prix fortement critiqué par les ONG

CANCUN, Mexique, 12 sep (IPS) – Certains membres de l'OMC pourraient être en train de se féliciter de l'accord sur les médicaments à bas pour des pays pauvres, le citant comme une preuve qu'ils peuvent vraiment travailler ensemble, mais des ONG présentes à Cancun pour la 5ème Conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) estiment qu'il y a peu de raison de s'en réjouir.

"Le problème le plus sérieux n'a pas été réglé", a déclaré Michael Bailey, porte-parole de l'organisation non gouvernementale (ONG) Oxfam International, basée en Grande-Bretagne, à IPS. La seule chose que l'OMC ait faite, a-t-il affirmé, est d'ouvrir une très petite porte par laquelle il est difficile de passer. Ellen t'Hoen, de Médecins sans frontières, basée à Paris, a exprimé des critiques similaires. L'accord dit que les pays pauvres pourraient avoir un plus grand accès aux médicaments génériques à bas prix, mais ce sera beaucoup plus difficile qu'il ne semble, "parce que ce qui a été convenu implique des règles très complexes", a-t-elle indiqué.

On est parvenu à l'accord sur l'accès aux médicaments moins coûteux à la fin d'août, juste avant la Conférence ministérielle de l'OMC dans la ville touristique mexicaine de Cancun, qui prend fin dimanche.

Des observateurs des négociations disent que le consensus était le résultat de manœuvres désespérées pour tenter de prouver au monde en développement qu'il peut en effet trouver des avantages dans l'OMC.

L'accord permet aux pays de l'OMC confrontés aux crises de santé publique, telles que le VIH/SIDA, le paludisme ou la tuberculose, d'importer les médicaments nécessaires d'autres pays qui sont autorisés à fabriquer des médicaments génériques. Les génériques sont généralement beaucoup moins chers que les équivalents fabriqués sous marque déposée.

Pour faire l'achat, le pays demandeur — à quelques exceptions près — serait soumis à la surveillance et à l'approbation du secrétariat de l'OMC et de son Conseil sur les droits de propriété intellectuelle liés au commerce (TRIPS).

Entre autres exigences, pour effectuer les importations, les médicaments en question doivent être spécialement emballés et étiquetés, pour les distinguer des médicaments vendus commercialement.

L'accord est très compliqué, affirme Bailey d'Oxfam. Il implique des verrous sur les dates d'expiration pour les brevets, ouvrant la porte aux affrontements avec les géants pharmaceutiques, qui ne veulent pas abandonner leurs brevets et ne veulent pas voir des génériques sur le marché.

Les activistes des droits à la santé soutiennent que tant d'obstacles et de restrictions sont le résultat des pressions de grands laboratoires pharmaceutiques, qui sont réticents à céder leurs droits de brevet, soutenant qu'on devrait leur permettre de couvrir leurs investissements dans la recherche et la mise au point des médicaments.

Mais t'Hoen expose l'argument des ONG clairement : "Ce qui devrait compter est la santé des populations, et non le profit".

Les 10 grands laboratoires pharmaceutiques du monde sont Pfizer & Pharmacia, GlaxoSmithKline, Merck & Co., Bristol-Myers Squibb, AstraZeneca, Aventis, Johnson & Johnson, Novartis, Wyeth and Eli Lilly, qui représentent ensemble 58,4 pour cent du marché mondial de médicaments, vendant pour quelque 322 milliards de dollars par an. Des porte-parole de Eli Lilly affirment que, sans les protections de brevet, la compagnie ne pourrait pas récupérer les quelque 500 millions de dollars qu'elle dépense chaque année sur la découverte et la mise au point de nouveaux médicaments.

Une étude du Bureau américain d'évaluation de technologie, qui a couvert 25 années de production pharmaceutique, a révélé que 97 pour cent des produits pharmaceutiques lancés sur le marché étaient des copies de médicaments existants, avec de simples changements cosmétiques.

L'étude a également révélé que 70 pour cent du reste avait été fabriqué par des laboratoires publics, alors que la moitié des rares médicaments réellement nouveaux, fabriqués dans le secteur privé, avait dû être retirée du marché à cause des effets secondaires qu'ils ont causés.

Les pays pauvres devraient avoir la liberté totale de décider de quels médicaments génériques importer et quand le faire, sans provoquer un conflit avec quiconque ou des affrontements avec les sociétés pharmaceutiques transnationales, a déclaré le porte-parole d'Oxfam.

Pendant ce temps, Médecins sans frontières demande instamment aux pays en développement de mettre à l'essai le nouvel accord sur les médicaments, en maximisant la flexibilité de l'accord, "bien qu'il n'y en ait pas beaucoup".

A la conférence de l'OMC, plusieurs des délégations officielles ont cité l'accord comme une preuve que l'organisation est capable de parvenir à un consensus, malgré les différences d'opinions des Etats membres.

Des responsables ont répété dans leurs exposés cette semaine que l'esprit dans lequel a été obtenu l'accord sur les médicaments pourrait s'étendre aux domaines de négociation plus difficiles, comme le commerce agricole, qui est le centre d'intérêt de la conférence de Cancun.

Le directeur général de l'OMC, Supachai Panitchpakdi, a indiqué, au moment de l'accord sur les médicaments, que "cela prouve, une fois pour toutes, que l'organisation peut gérer aussi bien les préoccupations humanitaires que commerciales".

Mais les ONG soutiennent que l'accord ne va pas assez loin et ne mérite pas une célébration, mais devrait être modifié pour fournir de plus grands avantages aux pays pauvres qui ont terriblement besoin de médicaments à bas prix pour faire face à leurs urgences en matière de santé publique.