POLITIQUE-RD CONGO: Trois officiers supérieurs déférés devant la justice militaire pour refus d'ordre

KINSHASA, 12 sep (IPS) – Trois officiers supérieurs dont un général de brigade, issus du RCD-Goma, sont déférés devant la Haute Cour militaire pour avoir refusé de venir prêter serment à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC).

A peine installé, l'état-major général de la nouvelle armée congolaise réunifiée est confronté à ses premières défections. En effet, une trentaine d'officiers généraux, provenant des différentes armées impliquées dans la guerre en RDC, ont prêté serment devant le chef de l'Etat, Joseph Kabila, le 5 septembre à Kinshasa, la capitale congolaise.

Mais le général de brigade Laurent Nkunda ainsi que les colonels Elie Gishondo et Erick Rurohimbere, n'ont pas bougé de Goma en dépit de l'ordre de rejoindre la capitale, donné par la hiérarchie militaire et de leur composante politique, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD). Ces militaires, qui n'ont pas pu prêter serment, ne pourront donc pas entrer en fonction. "Ces officiers ont été nommés et désignés pour exercer des fonctions militaires", a déclaré le lieutenant-colonel Léon-Richard Kasonga, porte-parole des Forces armées congolaises (FAC). "Ordre leur avait été donné de quitter Goma et de rejoindre Kinshasa, de prêter serment avant d'entrer en fonction. Ils ne l'ont pas exécuté. Pour nous, dans l'armée, c'est un refus d'ordre et une violation des consignes.

Ils devront obligatoirement répondre de leur comportement devant une juridiction militaire".

L'affaire aurait pu être considérée comme banale et, à la limite, facilement gérable s'il n'y avait pas eu la guerre qui s'est déclenchée à partir de Goma, le 2 août 1998 et si les officiers supérieurs impliqués n'étaient pas de souche tutsi-banyamulenge, très proche du Rwanda. En février 1998, un cas analogue s'était observé à Bukavu, dans l'est du pays. Un groupe de militaires tutsi-banyamulenge avaient refusé de rejoindre leurs nouveaux postes d'affectation sous prétexte que la mesure était une intention camouflée de les exterminer parce qu'ils sont Tutsi. La Cour d'ordre militaire avait dû siéger à Bukavu pour connaître du cas, et des sanctions avaient été prises à l'encontre des militaires fautifs. La sentence n'avait pas eu le temps d'être exécutée car en août, se déclenchait la guerre. Or le général de brigade Nkunda ainsi que les colonels Gishondo et Rurihombere, tous d'origine tutsi-banyamulenge, se comportent, à quelque chose près, de la même manière face à une mesure similaire prise au niveau du gouvernement central à Kinshasa.

La mesure de déférer ces officiers supérieurs devant la Haute Cour militaire n'a été connue que le 10 septembre alors qu'elle date de la veille. Elle a été prise au cours de la première réunion du commandement de la nouvelle armée restructurée et intégrée. Selon le porte-parole de l'armée, le chef d'état-major général des Forces armées congolaises, le lieutenant-général Liwanga Mata Nyamunyobe, a profité du cas des officiers de Goma, absents à la prestation de serment, pour insister sur l'apolitisme qui doit caractériser la nouvelle armée et sur la discipline que tout militaire se doit d'observer. Le nom de Laurent Nkunda est, avec celui de Gabriel Amisi, un autre général du RCD, associé aux massacres qui ont été commis dans la ville de Kisangani, dans l'est, en mai 2002. Le général Amisi, alias Tango Fort, avait eu, par contre, la sagesse de rejoindre Kinshasa au moment voulu et garde toutes ses chances de diriger la région militaire à laquelle il a été affecté. La cérémonie de prestation de serment a été considérée comme une volonté de tous les ex-rebelles de faire amende honorable et de rejoindre l'armée nationale. Les officiers, qui ne se sont pas présentés sont, par contre considérés comme ayant quelques plans cachés qui cadrent mal avec le mouvement général de réunification de l'armée et du pays. "Il est vraiment dommage que des officiers de cette trempe n'arrivent pas à comprendre le sens des événements", regrette Baudouin Hamuli Kabaruza, ancien ministre et actuellement coordonnateur du Centre national de développement et de la paix (CENADEP). "Personne ne va les soutenir pour une nouvelle guerre", ajoute-t-il. Des rumeurs sur une nouvelle rébellion en gestation circulent en effet dans la ville de Kinshasa et enrichissent même les colonnes des journaux à sensation. On attribue au général Bora Uzima, du RCD-Goma, des intentions de créer une nouvelle rébellion avec l'aide du Rwanda. Le Rwanda regretterait d'avoir perdu tout contrôle sur l'équipe du RCD qui a rejoint les institutions à Kinshasa. Le quotidien 'L'Avenir', daté du 10 septembre rapporte, en effet, que d'anciens officiers du RCD-Goma sont en train de recruter des jeunes et de les entraîner pour une nouvelle rébellion dans les deux provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l'est de la RDC. Le général Uzima, qui se trouve aujourd'hui réfugié à Goma après avoir échappé à une tentative d'arrestation à Kisangani, avait vu sa candidature à des postes de responsabilité dans la nouvelle armée, invalidée par le Comité de suivi du processus de paix pour avoir été cité sur la liste de ceux qui avaient attenté à la vie de l'ancien président Laurent Désiré Kabila.