OUAGADOUGOU, 8 sep (IPS) – Les cotonculteurs burkinabè ont remis une pétition de 100.000 signatures à la délégation ministérielle du Burkina Faso, destinée au sommet de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui s'ouvre cette semaine à Cancun, au Mexique.
S'ils ne peuvent pas être présents à Cancun pour faire comprendre aux délégations des pays développés leurs revendications et leur "détresse" de voir un jour les subventions agricoles ruiner leur vie, les producteurs de coton burkinabè ont voulu exprimer, à travers cette pétition, leur cri de cœur à la réunion ministérielle de l'OMC. "Pour nous, il faut que ces négociations aboutissent; même si nous ne pouvons pas aller à Cancun, nos signatures y seront pour nous représenter", déclare François Tani, vice-président de l'Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB), venu à la tête d'une délégation de paysans remettre la pétition au ministre du Commerce cette semaine à Ouagadougou, la capitale burkinabè.
Au Bénin, au Mali et au Sénégal, des initiatives similaires ont permis de réunir près de 200.000 signatures de producteurs de coton à envoyer à Cancun.
"Nous voulons qu'ils (les pays développés) comprennent que chez nous, 25.000 francs CFA (environ 43 dollars US) et un million FCFA (environ 1.724 dollars US), ce sont des milliards pour nous", explique Tani. Pour lui, grâce au coton aujourd'hui, on ne peut pas faire de différence entre un producteur et un fonctionnaire, "mais aujourd'hui, nous souffrons", ajoute-t-il.
Comme les 10 millions de personnes en Afrique de l'ouest et du centre, qui dépendent de la production cotonnière, les paysans du Burkina Faso sont frappés de plein fouet par la baisse du coût de leur production, due aux subventions européennes et américaines à leurs producteurs de coton.
Au Burkina, au Bénin, au Tchad et au Mali, la production cotonnière représente 5 à 10 pour cent du produit intérieur brut (PIB), 30 pour cent de leur balance commerciale et plus de 60 pour cent des recettes d'exportation.
Le Mali, le Burkina et le Bénin ont perdu respectivement 43 millions de dollars US, 33 millions de dollars et 28 millions de dollars de recettes d'exportation à cause des effets des subventions. Ces subventions sont estimées à 3,7 milliards de dollars pour les Etats-Unis, 700 millions de dollars pour l'Union européenne, et 1,2 milliard de dollars pour la Chine, accordées à leurs producteurs de coton.
Au Burkina, où la valeur des subventions américaines dépasse 60 pour cent du PIB, deux millions de personnes dépendent directement du coton et cinq autres millions indirectement. "Nous mangeons sans problème, mais les enfants doivent aller à l'école et nous devons nous soigner et il faut s'habiller; aujourd'hui, nous avons renoncé à l'hôpital et au dispensaire pour aller vers la pharmacopée uniquement par manque de moyens", souligne Tani.
En juin, le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, est allé devant le Comité de l'agriculture de l'OMC à Genève pour défendre le dossier du coton africain.
"Notre première exigence sera qu'on reconnaisse le coton comme un produit spécial pour nos pays; nos économies dépendent essentiellement de sa production et de sa commercialisation", soutient le ministre du Commerce et de la Promotion de l'Artisanat et de la Petite Entreprise, Benoît Ouattara. "Aujourd'hui, il est admis que le système commercial multilatéral n'aurait pas de sens si on ne reconnaissait pas la justesse d'un dossier comme le coton".
Selon l'organisation non-gouvernementale (ONG) Oxfam-Grande Bretagne, le dossier coton "nécessite des réponses immédiates, adéquates et systémiques", pour soutenir des millions de personnes.
"La question de l'élimination des subventions apparaît donc comme essentielle dans la recherche de solutions durables à Cancun", suggère l'ONG qui met en garde les pays sous-développés contre tout abandon des discussions si les pays développés s'engageaient à verser des compensations.
Pour Oxfam, il est primordial que la question des subventions fasse l'objet d'engagements précis à Cancun, avant d'aborder le sujet des compensations par la suite.
Le Bénin, le Burkina, le Mali, le Tchad, qui ont déjà déposé une soumission à l'OMC en avril pour exiger l'arrêt des subventions et le paiement de compensations, demandent une décision de démantèlement des subventions. Ils admettent une réduction graduelle sur trois ans, de 2004 à 2006, au rythme égal de 33,3 pour cent – par an – du montant total des subventions accordées.
Les quatre gouvernements exigent également qu'à titre transitoire, les pertes subies par les pays africains soient compensées, depuis 1999, par les Etats qui subventionnent leurs producteurs.

