BAMAKO, 8 mai (IPS) – û ‘'Le manque d'eau endémique que nous vivons, j'allais dire la soif assassine, nous harcèle, hypothèque nos projets, annihile nos efforts, dénature notre environnement, fait de notre région une zone hantée où se laver le corps reste un luxe", déclare Ahmouden Ag Ikmass, premier adjoint au maire de Kidal, au Mali.
Située à 1.585 kilomètres au nord est de Bamako, la capitale malienne, Kidal, la dernière-née des régions économiques du pays, couvre une superficie de 260.000 km2 pour seulement une population d'environ 77.000 habitants, composée essentiellement de nomades. Trop escarpée pour accueillir des champs, trop saharienne pour connaître la pluie, la région de Kidal (l'Adrar des Iforas) impose à ses habitants une existence austère, semblable à celle des premiers âges de l'humanité. Pendant la période chaude, la température dépasse parfois les 50 degrés centigrades dans cette région désertique septentrionale du Mali. C'est pour mettre fin à ce calvaire des habitants que le ministre malien des Mines, de l'Energie et de l'Eau, Ahmed Diane Séméga, a donné le premier coup de pioche des travaux d'exécution d'un projet d'adduction d'eau potable pour la ville de Kidal, le 17 avril. A Kidal, l'eau qui est un élément fondamental de la vie, fait cruellement défaut. Du coup, la vie devient un calvaire quotidien avec tout ce que cela peut comporter comme drames sociaux. Selon Ag Ikmass, ‘'cette situation insupportable attise et entretient l'insécurité dans nos ménages, autour de nos rares points d'eau, avec des conséquences souvent dramatiques. Notre centre de santé accueille, ces derniers temps, de nombreux blessés suite à des rixes pour seulement quelques litres d'eau…" Un tour dans la ville montre que cette description n'est pas exagérée. Pendant toute la journée, ce sont de longues files de bidons et autres ustensiles alignés devant quelques rares points d'eau, qui constituent le décor de la localité. C'est pourquoi la ville est ironiquement appelée la cité des trois ‘B' : barrique, bidon et brouette. Les rixes interviennent, selon le commandant de la gendarmerie, le capitaine Issa Coulibaly, lorsque certains veulent jouer les plus malins en semant la pagaille pour refuser de respecter la queue. Selon le haut commissaire de Kidal, Eglèze Ag Foni, la région de Kidal ne dispose que de six points d'adduction d'eau, 208 forages dont 35 pour cent sont en panne, 177 puits fonctionnels sur 263 réalisés.
Mais, souligne-t-il, ‘'en dépit des efforts consentis, plus de 117 villages ou sites de plus de 200 habitants ne possèdent pas encore de point d'eau moderne". ‘'Les besoins agricoles et pastoraux en eau sont loin d'être couverts. En plus, avec la pluviométrie déficitaire de ces dernières années, la liste des puits qui s'assèchent s'allonge", ajoute le haut commissaire qui administre la région.
Elles sont nombreuses, les familles qui résolvent leurs besoins journaliers d'eau avec moins de 20 litres. Acheté à 10 francs CFA (environ 1,6 cent US à la pompe, le bidon de 20 litres est revendu entre 100 FCFA et 500 FCFA (entre 16 et 83 cents US environ) en ville.
‘'On n'a pas le choix si on veut éviter le calvaire des rangs et des bagarres devant les pompes d'eau.
Pour économiser de l'eau, nous nous lavons avec une bouilloire. Et, nous ne nous permettons pas un tel luxe tous les jours", témoigne Aïcha Wallet, une habitante de Kidal.
Devant une pompe, une vieille dame nous explique son calvaire : ‘'Ma fille a accouché hier soir (16 avril).
Depuis 5 heures du matin, je suis à la pompe et je n'arrive pas à avoir un seul seau d'eau pour faire sa lessive". C'est un ‘'vrai calvaire", s'indigne Fanta Kane Maïga, une enseignante nouvellement mutée à Kidal. ‘'Ce calvaire sera bientôt un triste souvenir une fois les travaux d'exécution de l'adduction d'eau achevés", rassure Séméga, le ministre en charge de l'Eau, devant les populations au cours de la cérémonie de lancement de l'ouvrage. Ce projet vise à approvisionner la ville en eau potable, avec l'objectif de pouvoir faire face à la demande actuelle. Le projet prévoit la construction d'une station de pompage à partir de forages, la réalisation d'un réservoir d'une capacité de 500.000 litres, la pose de plus de sept kilomètres de conduites de refoulement et de 17 km de conduites de distribution, ainsi que l'installation des bornes-fontaines publiques et de branchements pour des particuliers…
Le projet est estimé à 1,5 milliard de FCFA (environ 2,5 millions de dollars US). Il est financé par la Banque arabe pour le développement économique de l'Afrique (BADEA) à hauteur de 80 pour cent et le budget national malien pour les 20 pour cent restants.
Le Mali est un pays sahélien d'Afrique de l'ouest, qui s'étend sur une superficie de plus 1,240 million de km2, et compte quelque 10 millions d'habitants dont environ 65 pour cent vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar par jour.

