JOHANNESBURG, 23 avr (IPS) – "Les gens doivent supporter la Treatment Action Campaign (TAC) parce que le gouvernement traîne les pas depuis quatre ans. Ce n'est pas bon que moi je sois sous médicaments anti-rétroviraux et que mes amis, sur le terrain, soient en train de mourir".
C'étaient quelques-unes des dernières paroles prononcées par Edward Mabunda (36 ans) activiste de la TAC, qui est mort de maladies liées au SIDA le 9 avril 2003.
Cinq jours plus tard, sa camarade, Charlene Wilson (29 ans), est morte d'un effet secondaire rare, mais mortel des médicaments anti-rétroviraux. Elle a joué un rôle clé dans la mobilisation de 5.000 personnes pour protester contre les compagnies pharmaceutiques pendant une bataille judiciaire en 2001.
Nombuyiselo Maphongwane, une femme de 36 ans, vivant à Soweto, à Johannesburg, qui a le SIDA affirme : "Ils (le gouvernement sud-africain) jouent avec mon temps. Nous sommes devenus des statistiques. Lorsque le gouvernement se réunit pour prendre des décisions sur le VIH/SIDA, il nous exclut". Elle pensait qu'elle allait mourir en mars 2003 lorsque son CD4 (une forme de lymphocyte contribuant à la défense du système immunitaire) était de 6, mais a réussi a réunir de l'argent pour un flacon de médicaments anti-rétroviraux qui coûte 1.370 rands (environ 200 dollars).
A ce jour, les voix de ces trois personnes sonnent faux. Un an s'est déjà écoulé depuis la soi-disant déclaration volte-face de l'Afrique du Sud, quand le gouvernement s'est engagé à œuvrer en vue d'élaborer un plan de traitement anti-rétroviral universel.
Un soupir de soulagement collectif a été émis après que la déclaration a reconnu que sa politique est basée sur le principe selon lequel le VIH cause le SIDA. En fin de compte, les activistes, la société civile et les chefs d'entreprises pensaient que tous les débats divergents prendraient fin et que l'Afrique du Sud était sur la bonne voie pour inverser la courbe du fléau du VIH.
Mais un an plus tard, Mabunda, Maphongwane et Wilson ont été déçus. Eux – avec les 600 autres Sud-Africains qui meurent chaque jour de maladie liée au SIDA – sont devenus une statistique alors que le gouvernement traîne les pas pour mettre en œuvre un plan de traitement.
La déclaration du gouvernement a réussi à mettre en oeuvre les programmes de transmission mère-enfant et à introduire la fourniture du traitement anti-rétroviral aux victimes d'abus sexuel dans la plupart des provinces.
Ces interventions n'ont été exécutées qu'après une décision de la Cour constitutionnelle et la pression de la société civile.
Nombre d'experts du VIH/SIDA reconnaissent que malgré l'immense travail fait dans les campagnes de prévention et de sensibilisation, le plus grand défi du gouvernement est un manque de volonté politique de la part des dirigeants.
"Nous allons dans la bonne direction, mais cela prend trop de temps", affirme Nonkosi Khumalo, coordinateur de Treatment Action Campaign et du Programme national pour la santé des femmes.
Dr Kgosi Letlape, chef de l'Association médicale sud-africaine, dit qu'au cours de l'année dernière, l'Afrique du Sud n'a pas bougé. "Le Cabinet a progressé dans les déclarations, mais pas dans l'action".
Une analyse de 20 discours prononcés par le président Thabo Mbeki depuis avril 2002, révèle de piètres références au VIH/SIDA, renforçant la perception selon laquelle ce qui sous-tend le manque de progrès, c'est le manque d'intérêt de Mbeki pour le SIDA.
"Malgré les deux déclarations gouvernementales très prometteuses de l'année dernière — il y a de plus en plus un dualisme entre la déclaration du gouvernement et l'action relative au SIDA. L'évidence montre la conclusion lamentable selon laquelle le carcan du refus pèse encore trop de tout son poids sur le développement d'une réponse efficace et rationnelle au SIDA", indique Edwin Cameron, juge d'appel de la Cour suprême d'Afrique du Sud, dans une conférence donnée à l'Université de Harvard, récemment.
Il soutient : "Pour l'Afrique du Sud, la signification du refus du SIDA est capitale. La position du président a créé une confusion et un désarroi prévisibles au sein des Sud-Africains ordinaires – avec des conséquences inévitablement dévastatrices dans une épidémie où l'éducation publique sur l'autoprotection et la nécessité d'un changement de comportement est un facteur central qui sauve la vie. Mais, ce qui est encore plus important, c'est que cette position a embrouillé et continue d'affliger notre réponse nationale à la maladie".
Pour les centaines de personnes qui meurent chaque jour et pour Maphongwane qui est sur le point de mourir, les explications et les excuses de la raison pour laquelle il n'y a aucun progrès significatif, viennent trop tard. Maphongwane résume sa vie en disant : "J'ai attendu avec impatience la mort et elle n'est jamais venue. Elle n'est pas arrivée au moment où je pensais qu'elle viendrait, alors maintenant, je continue simplement".

