MONROVIA, 22 avr (IPS) – Des seigneurs de la guerre et des politiciens du Liberia ont accepté de se rencontrer bientôt pour tenter de mettre fin à la guerre civile qui dure depuis trois ans dans le pays.
Aussi bien le président Charles Taylor, un ancien seigneur de la guerre qui s'est emparé du pouvoir en 1997, que les rebelles du Liberia uni pour la réconciliation et la démocratie (LURD) ont accepté de débattre de toutes les questions de discorde, ont indiqué des diplomates à IPS, la semaine dernière.
La date et le lieu exacts n'ont pas encore été fixés, ni la sélection des participants retenus, mais selon des analystes, les pourparlers de paix pendants offrent une opportunité pour mettre fin au conflit dans le pays et de préparer le terrain pour des élections libres et équitables.
La rencontre était initialement prévue pour commencer à Bamako, la capitale malienne, le 19 mars. Mais des querelles sur la nature et le choix des participants ainsi que la présidence des pourparlers – certains des problèmes qui ont souvent conduit à l'interruption des pourparlers de paix au Liberia – semblaient avoir obligé le Mali à revenir sur ses engagements, affirmant qu'il ne "voulait pas être un échec".
Des diplomates affirment qu'une recherche effrénée est maintenant en cours dans la sous-région ouest-africaine pour trouver un autre lieu. Ils indiquent que le Ghana semble être le choix probable.
La rencontre arrive au moment où les rebelles du LURD intensifient leur attaque, arrachant aux forces gouvernementales une série de territoires et s'installant sur la périphérie de Monrovia. Mais le gouvernement a repoussé les rebelles pour les empêcher de menacer la capitale, Monrovia, selon des sources militaires.
La recrudescence des combats dans 11 des quinze régions du Liberia a créé une énorme crise humanitaire puisque les Etats-unis, l'Union européenne et les Nations Unies ont suspendu provisoirement leurs opérations d'assistance dans cette zone, laissant des milliers de déplacés et de réfugiés sans aide alimentaire, a indiqué un travailleur humanitaire à IPS, la semaine dernière.
Jusqu'ici, les pressions s'accentuent sur les belligérants du Libéria pour qu'ils fassent la paix.
Des centaines de femmes ont convergé vers l'Hôtel de ville à Monrovia le 11 avril pour "rechercher la paix". Mais, à leur déception, le président Taylor et les hauts responsables ne se sont pas présentés à la réunion, malgré l'invitation qui leur a été adressée.
"Nous, femmes du Libéria, sommes lassées de la guerre, nous voulons la paix, nous insistons sur la paix et nous sommes décidées à avoir la paix", a affirmé Etweda Cooper, secrétaire générale de l'Initiative des femmes du Libéria (LWI).
Selon sa collègue, Leno Gbowee du Réseau des femmes pour la paix, une organisation non gouvernementale (ONG), la violence continue, qui affecte principalement les femmes et les enfants, a poussé les femmes libériennes à se soulever et à donner leur avis.
"Nous nous sommes rendu compte que des milliers de personnes ont été tuées, des propriétés d'une valeur de plusieurs millions de dollars ont été détruites, des écoles ont été fermées, des centres de santé et des hôpitaux sont en train d'être fermés à cause des escarmouches", affirme-t-elle.
Pour l'évêque Sumuwood Harris de l'Eglise luthérienne du Liberia, les Libériens n'ont plus nulle autre part où se réfugier maintenant, à cause de la xénophobie dans les pays environnants. "Nous sommes arrivés à la fin de la course, et le moment est venu pour la paix".
A la déception des partis politiques de l'opposition et des groupes civiques, le gouvernement insiste pour présider les pourparlers de paix proposés. Dans une déclaration conjointe la semaine dernière, des partis d'opposition et des groupes civiques du Libéria ont prévenu que le LURD "va très probablement rejeter la rencontre si le gouvernement, qui prend part au conflit, devait la présider".
Ils ont demandé au gouvernement de prouver sa déclaration "souvent répétée" d'un engagement à parvenir à la paix au Libéria, en allant à la conférence pour s'engager dans un dialogue constructif avec le LURD, sous les auspices de la CEDEAO, afin de mettre fin à la guerre, d'organiser une élection libre et équitable et de faire avancer le pays".
La CEDEAO est la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest.
Taylor a également indiqué que son gouvernement n'accepterait pas une force d'intervention, telle que l'exigent les rebelles, au Liberia, affirmant que cela sera interprété comme un manque de souveraineté. Il ajoute que le gouvernement acceptera plutôt une force de renforcement de capacité pour aider à former les Libériens pour le processus électoral.
Depuis plus d'une décennie, le Liberia vit une violence sanglante qui a déchiré ses populations. Avec ses vastes ressources d'or et de diamant, de bois et de minerai de fer, ce minuscule Etat ouest-africain sur la côte de l'Océan Atlantique aurait pu être l'une des nations, sinon, la nation la plus riche d'Afrique. Mais il est actuellement un pays désespérément pauvre, incapable de trouver une formule durable pour régler ses querelles de rivalités politiques dans une cohésion nationale.
Ses 2,5 millions d'habitants – dont la plupart sont mal-nourris à cause de la situation alimentaire et sanitaire qui s'aggrave en raison de l'intensification de la guerre – n'ont connu qu'un bref intermède de paix depuis que Taylor a déclenché la première guerre civile en 1989.
Le seul produit en abondance reste les fusils AK-47 et les kulaks. Des gens dans la capitale, Monrovia, vivent dans la crainte d'être dépossédés par des gangs armés.
Actuellement, Taylor et ses hauts dignitaires sont frappés par des sanctions et des restrictions de voyage de la part des Nations Unies pour leur présumée complicité dans le commerce des armes contre le diamant avec des rebelles en Sierra Léone.
Les salaires des fonctionnaires sont demeurés impayés depuis plus de 12 mois à cause de la crise de liquidité dans le pays. Les affaires ne marchent plus bien à cause de la crise de liquidité qui a frappé durement les institutions bancaires et commerciales.
Le LURD et des partis de l'opposition ont exigé la démission de Taylor pour permettre la formation d'un gouvernement intérimaire. Mais Taylor insiste pour rester au pouvoir jusqu'à la fin de son mandat en octobre.
La Commission nationale électorale du Liberia a annoncé un calendrier pour les élections du 14 octobre, selon lequel la campagne ne devrait pas commencer avant juillet.

