LAGOS, 15 avr (IPS) – Une multitude de différentes nuances de couleurs de parapluie formaient des queues dans les bureaux de votes ici ce week-end au moment où les Nigérians sortaient en grands nombres, défiant la pluie, pour élire leurs représentants au Sénat et à la Chambre des représentants.
Les pluies, qui ont commencé tôt samedi matin et ont continué pendant une grande partie de la journée, ont fait différer de quelques heures le démarrage des opérations de vote par des responsables de la Commission nationale électorale indépendante (INEC) et des agences de sécurité.
"Les pluies ont retardé ce matin le démarrage de l'exercice pendant environ deux heures à Ilorin, mais malgré cela l'élection s'est déroulée dans la paix", a indiqué à IPS un habitant de Ilorin, capitale de l'Etat central de Kwara, enclin à la violence.
Dans cette capitale commerciale, des responsables de l'INEC ont transformé de belles vérandas de certaines maisons, de certaines églises et des mosquées en isoloirs pour éviter que du matériel de vote ne soit mouillé par la pluie.
A Iwaya, une banlieue de Lagos, IPS a remarqué qu'il y avait beaucoup d'ordre dans des centres de vote où un grand nombre d'électeurs, qui devaient échanger leurs bouts de papier d'inscription contre des cartes d'électeurs informatisées, ont créé une seconde file pour retirer leurs cartes avant d'être autorisés à voter. Toutefois, certains électeurs aptes à voter, qui ne pouvaient pas attendre dans la queue, sont repartis, frustrés.
"Je ne peux pas perdre mon temps, en attendant dans la queue sous la pluie pour prendre des cartes, et faire encore la queue pour aller voter. Je ne me soucie vraiment pas de ce niveau des élections parce que je ne connais aucun des prétendants au Sénat ou à la Chambre des représentants. Je vais changer le bout de papier avant l'élection des gouverneurs et du président samedi prochain", a indiqué Tony Oigboshe à IPS.
Mais d'autres sont restés. "Je dois voter et je ne quitterais pas sans avoir voté. Je n'ai pas eu le temps de retirer la carte pendant les deux jours où l'INEC nous a demandé d'échanger nos bouts de papier contre les cartes, à cause du travail. C'est maintenant le moment de dire oui à la vraie démocratie et nous ne pouvons pas faire cela lorsque nous refusons de voter", a déclaré Caroline Aina, une fonctionnaire.
Des personnes âgées, qui ne connaissaient pas bien les emblèmes des divers partis sur les longs bulletins de vote et trouvaient qu'il était difficile d'apposer leurs empreintes digitales, étaient aidées par des responsables de l'INEC. "Pour quel parti voulez-vous voter maman?", a demandé un responsable à une vieille femme de 70 ans. Le responsable a alors guidé son pouce empreint d'encre vers l'emblème du parti qu'elle a mentionné.
Le Nigeria compte 30 grands partis politiques, contre six, le nombre le plus élevé jamais enregistré dans les précédentes élections. Avec les noms et emblèmes de tous les partis sur le bulletin de vote, il était difficile aux personnes âgées et aux analphabètes de les reconnaître malgré les campagnes d'explication ont accompagné les campagnes politiques des partis.
Les principales rues de Lagos ont été transformées en terrain de football et en pistes de course à bicyclette par des jeunes qui jouaient au football ou montaient à bicyclette sous la pluie. Les voitures sont toutes garées, à l'exception des véhicules en services essentiels, la police, les journalistes et les superviseurs, puisqu'ils ont reçu l'ordre de rester sur place.
Le président Olusegun Obasanjo, qui a voté à Abeokuta, la capitale de l'Etat d'Ogun, dans l'ouest du Nigeria, a déclaré samedi : "Je me sens fier d'être un Nigérian. Je suis satisfait".
Il a dit aux journalistes, après avoir accompli son devoir électoral, que des rapports, qui lui parvenaient de toutes les parties du pays, montraient que les gens sortaient en groupes pour voter dans le calme et la patience, et a exprimé l'espoir que l'exercice prendrait fin dans le calme.
Commentant la sortie massive des électeurs, Lai Osho, un enseignant l'a attribué à la mobilisation et au fait que les Nigérians veulent prouver aux sceptiques qu'ils ont tort cette fois-ci. "Je pense que la mobilisation des partis, de l'INEC et de toutes les parties prenantes, a été très forte et que le désir de voter et d'avoir une transition pacifique cette fois-ci a aidé à obtenir ce taux de participation. Le fusionnement de deux élections, celle du Sénat et celle de la Chambre des représentants, pourrait également être responsable parce que même si vous ne voulez pas voter pour le Sénat, vous pourriez désirer voter pour la Chambre des représentants", a indiqué Osho.
Il a ajouté : "Cette fois-ci, les Nigérians veulent prouver aux sceptiques qu'ils se sont trompés sur l'incapacité de réussir la transition précédente d'un régime civil à un autre à travers des élections. L'homme et la femme de la rue veulent avoir raison parce que si nous pouvons avoir raison cette fois-ci, le Nigeria deviendra grand. Tout le monde croit que nous ne devons pas nous tromper cette fois-ci".
Bien que plusieurs citoyens soient sortis en grand nombre pour voter, il y a eu des rapports qui faisaient état de quelques poches de problèmes, même si ce n'est pas la violence, dans certaines zones de cette ancienne capitale et dans certaines parties du pays. Selon des rapports de la police, deux personnes auraient été arrêtées dans l'Ile de Lagos pour avoir essayé d'emporter une urne d'un bureau de vote. Ils ont prétendu avoir été envoyés par un politicien.
Un rapport d'Akwa, la capitale de l'Etat très volatile d'Anambra, indiquait que le matériel était parvenu tardivement aux bureaux de vote à cause de fortes pluies de vendredi nuit. Le matériel n'est pas arrivé dans la plupart des bureaux de vote de la capitale avant 11 heures 30 samedi matin.
Il y a 4.000 bureaux de vote dans l'Etat. Le rapport soulignait qu'à cause d'une forte présence militaire dans tout l'Etat, les élections ont été très pacifiques.
Des rapports venant d'un autre point névralgique, Jos, la capitale de l'Etat du Plateau de la ceinture moyenne du Nigeria, indiquaient que le vote a commencé tôt avec des femmes qui se sont attroupées dans divers bureaux de vote devant les hommes. Dans des zones à fortes concentrations de musulmans, les femmes étaient dans des files séparées près de celles de leurs homologues de sexe masculin. Selon le rapport, l'élection s'est déroulée dans l'ensemble dans le calme.
Abuja, la capitale fédérale, où Salim Salim, chef du groupe de supervision du Commonwealth, a observé les élections, aurait été également calme. Les rues ont été désertées partiellement à cause des élections, mais également en raison du fait que plusieurs habitants, en majorité des fonctionnaires, se sont rendus dans leurs villages où ils étaient inscrits.
L'élection de l'Assemblée nationale de samedi est la septième dans ce pays politiquement fragile. La première élection s'était déroulée en 1959 lorsque le pays se préparait pour l'indépendance en 1960 tandis qu'une autre élection parlementaire s'est tenue en 1964 et a provoqué des problèmes politiques qui ont conduit à la chute de la première République, le 15 janvier 1966.
Une autre élection a été organisée en 1979 lorsque le président Obasanjo, alors en qualité de chef d'Etat militaire, a passé le témoin au président Shehu Shagari de la seconde République. L'exercice démocratique a été cependant écourté par les militaires le 31 décembre 1983 lorsqu'une autre tentative d'élections a échoué et a conduit à plus d'une décennie de régime militaire.
Toutefois, en 1993, une autre série d'élections a été organisée sous la dictature du dirigeant militaire, le général Ibrahim Babangida. L'élection, perçue comme la plus libre et la plus équitable, a été annulée plus tard par les militaires, et le vainqueur de l'élection présidentielle, Moshood Abiola, a été emprisonné par feu le général Sani Abacha qui s'est emparé du pouvoir en tant que chef d'Etat issu d'un gouvernement intérimaire en novembre de cette année.
En 1999, une autre série d'élections, supervisée par le régime du général Abdulsalami Abubakar, s'est tenue et a conduit au présent exercice démocratique au Nigeria.

