POLITIQUE-NIGERIA: Optimisme prudent pendant que les Nigérians se préparentà se rendre aux urnes

LAGOS, 11 avr (IPS) – Soixante-deux millions d'électeurs aptes à voter au Nigeria se verront délivrer cette semaine des cartes d'électeurs alors que la première d'une série d'élections prévues cette année commence ce week-end.

Les Nigérians se rendront samedi aux urnes pour élire les membres de la Chambre des représentants et le Sénat tandis que le 12 avril, ils éliront le président et les gouverneurs des Etats pour un mandat des quatre prochaines années. Les élections pour les membres de l'Assemblée nationale auront lieu le 3 mai.

La Commission nationale électorale indépendante (INEC), chargée d'organiser les élections, a indiqué qu'il a été décidé de faire les élections en trois étapes parce qu'il y manquait la capacité de mener tous les scrutins en un seul jour.

Beaucoup de Nigérians sont cependant inquiets au sujet du succès des élections de cette année suite aux tentatives ratées du passé de transiter d'un régime civil à un autre dans le pays particulièrement marqué par la recrudescence de la violence et les assassinats politiques pendant ces derniers mois. Deux tentatives de faire cette transition, en 1965 et en 1983, ont été gâchées par la violence conduisant à l'incursion des militaires dans la politique du pays.

Beaucoup de personnes interviewées par IPS dans les rues de Lagos ont exprimé le désespoir et l'impuissance dans le système politique du pays.

Certains jurent de ne pas voter tandis que d'autres croient qu'il est temps d'utiliser leurs votes sagement, mais veulent que les électeurs soient vigilants dans les centres de vote pour éviter des élections truquées.

"Je ne vais pas perdre mon temps pour voter car quand bien même on vote, les politiciens ont déjà décidé qui gagnera ou non. C'est une perte de temps de sortir pour aller voter. L'exercice est cosmétique car la vieille garde de politiciens est encore là et ils savent qui ils veulent mettre là.

Allons-nous voter pour des gens qui vont nous diriger ou pour des gens qui vont servir leurs intérêts égoïstes?", demande Tayo Ogunde.

Mais une autre personne interrogée, qui a simplement donné le nom de Iyabo, recommandait aux électeurs inscrits de sortir pour voter, mais les appelait à être très vigilants. "Nous devons tous sortir pour voter. C'est l'unique occasion pour nous de mettre les gens qu'il faut en place. Si nous votons et les suffrages sont comptés aux centres de votes, tout ce que nous avons à faire est d'être vigilants et de suivre le décompte. Si d'autres résultats différents de ceux enregistrés dans les centres de vote sont proclamés, nous pouvons protester. Nous ne devons permettre aucun truquage cette fois-ci", dit-elle.

Certains ont dit qu'ils iraient voter pour assurer leurs droits aux avantages sociaux tels que la santé et l'éducation gratuites. Récemment, certains politiciens ont demandé le report des élections suite à la mauvaise préparation de l'INEC pour les scrutins et le calendrier des votes – qui tombe sur la semaine achevant le carême chrétien et le début de la semaine sainte des Pâques – comme raisons pour leur opposition aux dates prévues.

Cependant, l'INEC a dit que tout était fin prêt pour les élections et qu'elle commencerait à délivrer des cartes aux électeurs aptes à voter âgés de 18 ans et plus à partir du 8 avril. Environ cinq millions de noms ont été rejetés pour inscriptions multiples pendant la compilation du registre des électeurs qui était informatisé pour la première fois dans l'histoire de l'inscription des électeurs au Nigeria.

Selon des responsables de l'INEC, la délivrance des cartes d'électeurs, qui devait prendre fin le 10 avril, permet de prendre de court toute impression illégale possible de cartes par des politiciens peu scrupuleux aux fins de truquages. La police a appréhendé, vers la fin de l'année dernière à Lagos, un imprimeur avec de fausses cartes d'électeurs. L'enquête a conduit à un politicien dans l'est du Nigeria.

Abel Guobadia, 70 ans, président de l'INEC, a cependant déclaré qu'avec l'informatisation de la liste électorale, l'inscription multiple, dont certains politiciens faisaient usage dans le passé pour truquer les élections, a été éradiquée. "Le processus d'inscription a déjà commencé à éliminer des incidents d'inscriptions multiples. De cette façon, les tentatives des gens de remplir délibérément des bulletins de vote dans les urnes auraient été minimisées", a-t-il dit.

Aussi dans le souci d'éviter la manipulation du processus électoral par l'offre de pots-de-vin aux agents électoraux crédules, la commission a dit qu'elle aurait recruté et formé des personnes de haut standing dans la société comme présidents et rapporteurs. Cinq mille Nigérians ont été recrutés et formés comme agents électoraux.

"Nous voulons des gens avec un statut et ne pouvant plus être effrayés et des gens qui, pour l'échange de quelques billets de nairas, ne vendront pas leur conscience", a déclaré Guobadia à la presse. Selon Guobadia un maximum de 500 cartes d'inscription et documents électoraux serait remis à chaque unité électorale. Les documents et les cartes doivent être sous la responsabilité du président dans le centre de vote. "Les cartes de vote doivent correspondre au nombre de votants dans chaque centre".

"La tradition au Nigeria a toujours été de compter immédiatement au centre de votes les suffrages. Pour la clôture, nous comptons les votes et proclamons le résultat. Le président entérine alors le résultat et une copie du résultat est remise à tous les partis politiques présents là. Ils vont aussi signer, mais le fait qu'un parti politique refuse de signer n'invalide pas le compte. Des copies leur sont remises et une copie est adressée à la police".

Pour empêcher les agents de l'INEC de truquer pendant les élections, l'agence électorale a renommé, la semaine dernière, les 37 commissaires électoraux résidents en charge de ses affaires dans les 36 Etats et le territoire de la capitale fédérale. L'action, selon les officiels de l'INEC, fait partie de la stratégie de la commission de garantir des élections libres et transparentes lors des prochains scrutins et de les renforcer contre des tendances corrompues et des influences excessives des gouvernements des Etats fédérés.

Mais pendant que la commission s'occupe à sécuriser toutes les échappatoires et à garantir des élections libres et transparentes, le problème de la violence est devenu une question casse-tête que les analystes politiques ici craignent qu'elle ne puisse avoir un impact négatif sur le scrutin.

La semaine dernière, le président Olusegun Obasanjo a instruit l'inspecteur général de la police, Tafa Balogun, d'identifier et d'arrêter tous les fauteurs potentiels de troubles qui ont l'intention de déclencher la violence dans la nation pendant les élections.

"De tels éléments peu scrupuleux de notre société, dont les actions non-patriotiques pourraient mettre en péril la démocratie de la nation, doivent être maîtrisés et maintenus en détention avant, pendant et après les élections générales", a déclaré Obasanjo, ajoutant "qu'il n'y aura aucun bœuf sacré si quelqu'un provoque de trouble, il sera traité comme tel quel que soit son rang. J'ai dit à la police d'arrêter même mes enfants ou n'importe quel parent qui aurait perpétré de violence. Il n'y aura aucun compromis sur l'effort de maintenir cette démocratie" a-t-il ajouté.

Présentement, le Nigeria dispose de 200.000 éléments dans la force de police, mais l'inspecteur général a annoncé que des forces para-militaires, comme des agents des douanes, de l'immigration et d'autres personnels en uniforme, pourraient être réquisitionnées pour compléter les efforts de la force de police afin de maintenir la paix et l'ordre pendant les élections..

Obasanjo a prévenu également contre toute fraude. "Toute personne qui gagne, doit gagner honnêtement, c'est Dieu qui choisit un leader et non la force. Si Sani Abacha savait cela, j'aurais été président depuis cinq ans et il m'aurait tué, mais voyez ce que Dieu nous a fait".

Pour vérifier la situation dans les Etats très volatiles de Ogun dans le sud-ouest et de Edo dans le delta du Niger, les leaders politiques dans les deux Etats ont signé des engagements avec la police de persuader leurs supporteurs pour éviter toute forme de violence les jours des élections.

A d'autres réunions spéciales avec les leaders politiques et les commissaires de police d'Etats fédérés, il a été conclu qu'aucun membre de parti ou agent ne porterait d'armes dangereuses telles que fusils, explosifs aux rassemblements, meetings ou contre des opposants. Les partis ont aussi signé des engagements similaires aux niveaux du gouvernement local et de la circonscription électorale. De son côté, Israel Ajao, commissaire de police d'Ogun, a menacé de traiter de manière rude toute personne ou groupe de gens retrouvés en train de fomenter des troubles pouvant interrompre la bonne conduite des élections.