KINSHASA, 12 avr (IPS) – La Mission d'observation des Nations Unies au Congo (MONUC) vole au secours des sinistrés de Drodro, dans le district de l'Ituri, à la suite des massacres interethniques qui ont opposé les tribus Lendu et Hema, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC).
Une équipe d'urgence s'est rendue le 8 avril à la paroisse du village, encore sous le choc, avec un premier lot d'aides sanitaires et alimentaires.
Différents autres organismes humanitaires participent à l'opération, notamment le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) qui a fourni des kits d'urgence, des couvertures, des jerrycans d'eau et des bâches. Le jeudi 3 avril, un raid commando, non encore identifié, mais attribué à l'ethnie lendu, avait attaqué le village hema de Drodro ainsi que 14 autres villages environnants, faisant près d'un millier de morts, selon les premières estimations. Mais le bilan a toutefois été revu à la baisse à la suite d'une enquête préliminaire. Le nombre des victimes serait établi actuellement entre 150 et 300 personnes.
Selon 'Radio Okapi', la radio de la MONUC qui rapporte les propos de son correspondant sur place, l'aide d'urgence été remise au curé de la paroisse, l'abbé André Ngujolo. Un comité d'urgence restreint, composé de responsables locaux, se chargera d'identifier les personnes les plus vulnérables, destinataires de l'aide. Une soixantaine de rescapés sont soignés au petit centre de santé de Drodro où, selon la sœur Alphonsine Bedo, gestionnaire de l'hôpital, le personnel médical est complètement débordé : "Ce n'est qu'un petit centre de santé qui n'a pas été conçu pour gérer des catastrophes de cette ampleur", souligne-t-elle.
"Certaines victimes, des femmes pour la plupart, ont succombé dans la vallée, faute de secours appropriés. Pour l'instant, nous avons réussi à soigner les blessés les plus gravement atteints. Nous avons également pu, grâce à l'aide de la MONUC, renouveler les pansements, mais nous manquons drastiquement d'antibiotiques", ajoute sœur Bedo. Le gouvernement congolais avait dépêché, sur place, le ministre des Droits humains, Ntumba Luaba, pour constater les faits et tenter d'établir les responsabilités. Après avoir rendu visite aux victimes internées à l'hôpital de Drodro, Luaba, dont ce n'est pas la première visite dans la région et dans des circonstances analogues, a exprimé un "sentiment de désespoir devant tant d'horreurs récurrentes et visiblement sans issue apparente". "Nous sommes en train d'assister à un syndrome sierra-léonnais où les enfants ne sont pas épargnés", a-t-il déclaré. "J'ai des difficultés à comprendre comment des bébés et des enfants en bas âge sont aussi sauvagement pris à partie".
Les affrontements interethniques, suivis de massacres à grande échelle, sont monnaie courante dans le district de l'Ituri et opposent généralement les deux tribus hema et lendu depuis de nombreuses années. Les Lendu, agriculteurs, trouvent les éleveurs hema trop envahisseurs. Les premiers affrontements connus remontent aux premières années 1900, selon les historiens. "Des revendications foncières à l'origine, les affrontements ont pris des colorations politiques", explique à IPS, le professeur Albert Thewi, porte-parole de la communauté lendu, joint au téléphone. "J'accuse, pour ma part, l'Ouganda comme étant le principal responsable de tout ce qui arrive en Ituri aujourd'hui, depuis quatre ans. Le gouvernement ougandais a réussi à instrumentaliser les deux tribus et les utilise selon ses intérêts.
Tantôt, il arme les Hema contre les Lendu, tantôt c'est l'inverse.
L'essentiel étant, pour lui, de faire régner un climat permanent d'insécurité qui puisse justifier sa présence sur le terrain".
Partie intégrante de la Province orientale de la RDC, le district de l'Ituri est devenu un véritable bourbier pour sa gestion administrative et politique. Ses ressortissants, près de 4 millions d'âmes, ont d'une manière générale toujours revendiqué son érection en une entité provinciale autonome de Kisangani, quel qu'en soit le prix. Les troupes ougandaises, dont la présence permanente date de 1997, ont utilisé cette corde sensible pour s'ériger en détenteur d'une solution possible : "Avec le RCD-ML (Rassemblement congolais pour la démocratie-Mouvement de libération) de Mbusa Nyamwisi, ils (les Ougandais) ont créé la province de l'Ituri tandis qu'avec l'UPC (Union des patriotes congolais) de Thomas Lubanga, ils ont fait miroiter des idées de sécession", regrette Michel Andropa, journaliste hema.
"Aujourd'hui, se dessine maintenant le spectre d'un affrontement armé entre troupes ougandaises et rwandaises sur le territoire de l'Ituri, Thomas Lubanga ayant préféré Kigali à Kampala". Les deux capitales voisines de la RDC seraient-elles derrière les derniers affrontements interethniques de Drodro? Les ressortissants hema et lendu habitant Kinshasa, la capitale congolaise, en sont quasi-unanimement persuadés. "A Kampala comme à Kigali, personne ne veut voir réussir la conférence de pacification de l'Ituri, actuellement en cours à Bunia", expliquent les Hema et les Lendu de Linshasa. "Ils (Rwandais et Ougandais) se sont affrontés, par deux fois à Kisangani, en 2002, pour le diamant, ils sont de nouveau prêts à se tirer dessus pour l'or et le pétrole de l'Ituri". Au Cap, en Afrique du sud, où se rencontraient, le 9 avril, les chefs d'Etat ougandais, rwandais et congolais, Yoweri Museveni d'Ouganda a promis de retirer ses troupes du territoire congolais à partir du 24 avril à condition, dit-il, que le Rwanda retire les siennes. Quant au Rwandais, Paul Kagame, il a nié que ses troupes soient présentes en RDC. La crise est loin de se terminer.

