COTONOU, 3 avr (IPS) – Un réseau d'organisations non gouvernementales (ONG) féminines, WILDAF-Bénin, a déclenché une lutte contre les violences faites aux femmes à travers l'inauguration récente d'un Centre de droits et de développement de la femme (CDDF) à Cotonou, la capitale économique béninoise.
"Au Bénin, les femmes sont encore victimes de l'excision, elles subissent des enlèvements et des mariages forcés, elles sont battues et violées par leur mari", rapporte Geneviève Boko-Nadjo, coordinatrice au Bénin du 'Women in Law and Development in Africa' (WILDAF), un réseau de 18 ONG qui se donnent exclusivement pour mission de promouvoir et de défendre les droits des femmes. Aux violences conjugales, Boko-Nadjo ajoute d'autres formes de violences comme le veuvage, le lévirat, la dot, le mariage par échange, la polygamie, le proxénétisme, la prostitution forcée, les internements dans les couvents religieux, le harcèlement sexuel sur les lieux de travail et dans les établissements d'enseignement. Sans compter les violences physiques sexuelles et psychologiques ainsi que les violences morales exercées sur la femme au sein de la collectivité. Par exemple, Louise Anagonou raconte son drame lors d'une séance de sensibilisation des femmes à Ouidah, petite ville située à 40 kilomètres à l'ouest de Cotonou. Après la mort de son mari, dit-elle, elle a été chassée de la maison qu'elle a aidé son mari à construire pendant leur vie conjugale. La famille du défunt lui a aussi arraché un congélateur avec lequel elle faisait un petit commerce de glace pour nourrir les trois enfants du couple. Sa belle-famille l'accuse d'avoir commis l'adultère, ce que nie Anagonou.
Cet acte serait à la base de la maladie et du décès de son mari, selon la belle-famille. La nouvelle du décès de son mari lui a été cachée et elle a été écartée de ses obsèques et des dernières cérémonies rituelles. C'est un cas spécifique de violence dont sont souvent victimes les veuves au Bénin. WILDAF-Bénin a décidé de se saisir systématiquement de ce cas de violence morale afin d'aider cette femme à récupérer ce qui lui revient de droit. Le réseau d'ONG promet aussi d'en faire large usage dans sa campagne visant à faire bannir ce genre de comportement. A Porto-Novo, capitale administrative du Bénin, située à 30 km à l'est de Cotonou, 36 cas de violences sur les femmes ont été enregistrés au tribunal de première instance de la ville entre 1988 et mars 2003. Les cas les plus fréquents sont les viols de jeunes filles ou de jeunes femmes, commis par des hommes seuls ou en groupes. Le cas le plus grave, raconte Gérard da Sylva, juge au tribunal de Porto-Novo, est le viol commis, dans le silence familial, par un père sur deux de ses filles pendant plusieurs années. "Le père arrêté finalement et jeté en prison, ce sont ces mêmes filles qui ont demandé à la justice de le libérer", déplore da Sylva. "Il est très difficile pour beaucoup de femmes de déclarer qu'elles sont maltraitées à cause des facteurs comme la peur, l'embarras, l'intimidation, la pudeur, la dépendance économique. Elles vivent alors dans des situations familiales qui deviennent de plus en plus dangereuses pour elles-mêmes. Ceci explique la persistance et l'aggravation du phénomène de la violence", fait remarquer Boko-Nadjo. Ces violences ne sont malheureusement pas punies par la loi en fonction de leur spécificité. Elles sont considérées comme des infractions de droit commun et punies comme telles. D'où la création, à Cotonou, du Centre de droit et de développement de la femme (CDDF), avec l'appui de l'ONG américaine, 'National Council of Negro Women' (NCNW), créée aux Etats-Unis en 1953 par des femmes noires américaines, pour se libérer de la domination sociale. "Nous espérons que ce centre pourra contribuer à améliorer le statut juridique et social de la femme béninoise, qu'il sera une source où chaque citoyen viendra puiser les informations nécessaires pour lui permettre d'avoir le bon réflexe pour éviter de brimer la femme dans son corps, dans son cœur et dans sa chair, pour soutenir la femme dans ses efforts de développement", déclare Gilberte Hounsounou, représentante au Bénin du NCNW. "La femme maltraitée, qui fuit les rapports de violence et les mauvais traitements, y trouvera, immanquablement, un abri, une main secourable, une oreille attentive. Elle y apprendra à connaître ses droits et à les faire respecter. Nous espérons, par le biais de cette structure, opérer une reconversion sensible des mentalités", confie Boko-Nadjo. Les femmes font plus de 51 pour cent de la population béninoise qui est de 6,7 millions d'habitants. Mais la création de ce centre ne convainc pas bien tout le monde. "J'ai peur qu'avec de tels centres, on ne contribue qu'à faire durer le mal", dit Roger Gbégnonvi, professeur de lettres à l'Université du Bénin. "Il faudrait plutôt s'occuper des maris fouettards et leur faire comprendre qu'ils n'ont pas le droit de fouetter leur femme", suggère-t-il. Pour résoudre ce problème, estime Nestor Azandégbé, président de L'Association béninoise pour la promotion de la famille (ABPF), il faudra plutôt renforcer le statut économique, social et juridique de la femme au sein de la société. "La solution à ce problème passe par l'harmonie dans les couples, l'harmonie dans la famille. Lorsque l'homme et la femme se sentent bien, les enfants sont bien nourris et vont à l'école, il y aura moins de violence dans la famille", estime Azandégbé. WILDAF-Bénin s'engage, dans sa lutte contre les violences faites aux femmes, à former et sensibiliser les policiers, les magistrats, les médecins, les autorités religieuses et traditionnelles sur les droits de la femme. "Il importe surtout de repenser une réforme législative sans laquelle aucune violence subie par la femme ne pourra légalement être sanctionnée", souligne Boko-Nadjo.

