ENVIRONNEMENT-SENEGAL: Un projet du gouvernement pour assainir lesquartiers périurbains de Dakar

DAKAR, 1 avr (IPS) – Indifférent aux regards réprobateurs des passants, un jeune homme se soulage à l'angle d'une rue animée du centre-ville de Dakar, la capitale sénégalaise.

Cette image repoussante est devenue presque banale pour de nombreux Dakarois, confrontés de plus en plus à un défaut d'assainissement adéquat.

"A force de vivre au quotidien dans une insalubrité repoussante, faite de tas d'immondices, d'eaux stagnantes et d'égouts bouchés, les populations de la banlieue dakaroise en sont arrivées à banaliser les règles d'hygiène les plus élémentaires", déplore Samba Ndiaye, agent du service d'hygiène de Pikine (banlieue de Dakar). Pourtant, rappelle-t-il, le Sénégal a adopté un code de l'hygiène qui prévoit de lourdes sanctions pénales et financières à tous les contrevenants.

Les insuffisances dans le secteur de l'assainissement, dans la plupart des villes sénégalaises, poussent de nombreux habitants des quartiers périurbains à évacuer leurs eaux usées dans des fosses septiques, sur la voie publique et parfois même sur les cours d'eau. Dans la seule région de Dakar, la moyenne des raccordements à l'égout d'assainissement est de 24,7 pour cent.

Selon des chiffres publiés par l'Office national de l'assainissement du Sénégal (ONAS), plus de 40 pour cent des ménages sénégalais, qui vivent dans des zones urbaines, ne disposent pas d'un système d'assainissement adéquat.

A cause de leurs ressources financières limitées, de nombreux habitants des quartiers périphériques de Dakar éprouvent encore des difficultés à se brancher sur un réseau d'assainissement collectif, à construire un réseau d'égouts ou à posséder des latrines fonctionnelles. Ainsi, le système de l'assainissement autonome, qui regroupe l'individuel et le semi-collectif, se présente donc comme l'unique solution qui s'offre à ces habitants des banlieues. L'assainissement de type collectif, qui dessert 15 pour cent de la population urbaine, n'existe que dans les centres urbains. Il faut ajouter à cette insuffisance le caractère obsolète des réseaux d'assainissement dans la plupart des villes. Dakar et sa banlieue abritent quelque 2,326 millions d'habitants sur une population totale d'environ 9,524 millions au Sénégal, dont 65 pour cent vivent sous le seuil de pauvreté (2001).

Conséquence : les risques liés à l'environnement et à la santé des habitations urbaines et rurales proviennent, pour la plupart, de l'insuffisance des infrastructures (canalisation et autres), de l'état de l'assainissement et des mauvaises pratiques d'hygiène qui y sont associées. Face aux carences dans le secteur de l'assainissement dans la banlieue dakaroise, le gouvernement vient de mettre en place, par le biais de l'ONAS, un projet d'amélioration des quartiers périurbains de la région de Dakar.

Initié dans le cadre du Projet sectoriel eau à long terme (PLT), ce projet est appuyé financièrement par des bailleurs de fonds, dont la Banque mondiale. D'un montant de 163 milliards de francs CFA (environ 271,6 millions de dollars US), le PLT, qui a démarré en 2002, prend fin en 2007.

Destiné aux quartiers périphériques de la région de Dakar, le projet vise, dans un délai de six ans, à améliorer les conditions de vie des populations à faible revenu des zones périurbaines en leur favorisant l'accès à de meilleurs services d'assainissement. Environ 400.000 personnes sont concernées par le projet qui prévoit la construction de 60.000 ouvrages d'assainissement individuels et de 160 systèmes semi-collectifs. Le programme ambitionne également la réhabilitation et la construction de 70 blocs de latrines scolaires ainsi que de trois déposantes de matières de vidange dans les quartiers de Pikine et de Guédiawaye (banlieue de Dakar). Le projet comporte en outre un volet social destiné à changer les comportements des populations par la sensibilisation.

Pour la phase pilote, entamée en janvier 2002, et qui concerne quatre communes de Dakar et de sa banlieue, le projet s'est associé à trois organisations non gouvernementales (ONG) : Enda Programme prospective urbaine; le Centre de recherche en eau potable de l'assainissement (CREPA) et Enda Groupe de recherche, action, formation populaire. Elles sont chargées de faire une étude du milieu, de promouvoir l'assainissement et de gérer la demande individuelle et collective en ouvrages d'assainissement.

Les ONG se chargeront aussi de mener des activités d'éducation sanitaire et à l'hygiène pour mieux sensibiliser les populations.

"Les animateurs choisis par les ONG pour informer les populations sur l'existence du projet sont pour la plupart issus des quartiers ciblés. C'est à eux de collecter les demandes et de les transmettre à l'équipe technique qui vient faire les études de faisabilité", explique Adama Diop, un des animateurs de l'ONG CREPA, à Guédiawaye, soulignant que dans les quartiers ciblés, ils travaillent surtout avec des personnes relais comme les imams et les chefs de quartier.

Selon Diop, les populations visitées par les animateurs du projet ont manifesté un grand enthousiasme lors de la phase d'urgence lancée à la fin de l'année dernière pour tester la viabilité du programme.

"Avant le projet, nous étions obligés à chaque fois de nous rendre à côté, chez nos voisins pour nous soulager ou attendre la tombée du crépuscule pour aller derrière les habitations, vers le dépotoir d'ordures", avoue Fatima Diouf, une des bénéficiaires recensés dans le quartier de Guédiawaye, qui dispose désormais de latrines fonctionnelles à domicile.

Babacar Diop, un autre bénéficiaire du quartier voisin de Sicap Mbao, ne tarit pas d'éloges sur l'utilité du projet. "Avec l'installation du lavoir-puisard dans la cour de la maison, je ne me fais plus de soucis pour la vidange de la fosse de la maison qui me coûtait cher, car je sais maintenant que toutes les eaux usées vont se déverser à l'égout", explique-t-il. La réalisation des ouvrages (toilettes à chasse manuelle, douches, lavoirs-puisards, etc.) est confiée aux artisans locaux issus des quartiers ciblés par le projet. Soixante-dix ouvrages ont été réalisés lors de la phase test du projet sur un total à construire de 60.000 ouvrages d'assainissement individuel et 160 systèmes semi-collectifs.

A elle seule, Dakar accumule quotidiennement près de 600 mètres cubes de déchets provenant des matières de vidange alors que la ville ne dispose pas encore d'une unité de traitement de ces déchets.