SANTE-GABON: Les malades du SIDA se ruent vers les tradipraticiens

LIBREVILLE, 19 mars (IPS) – Les séropositifs et les malades du SIDA, au nombre de 32.000 qui vivent dans les grandes villes du Gabon, se ruent vers les tradipraticiens où les traitements sont plus abordables et apporteraient des résultats.

Dr Ferdinand Ngoubili, qui a fondé à Brazzaville, au Congo, l'Association pour la recherche des secrets naturels de guérison (ARSNG), s'est installé au Gabon et draine depuis deux ans une clientèle "satisfaite" de ses traitements.

"J'ai été déclarée séropositive à la suite d'un bilan médical et j'ai été suivi aussitôt par le Dr Ngoubili qui m'avait été recommandé par une parente atteinte du SIDA qui a recouvré totalement la santé puisqu'elle a eu deux enfants normaux à l'issue de son traitement", témoigne Sylvianne Kumba, institutrice.

Dr Ngoubili s'était lancé, dans les années 80, dans un ambitieux projet de recherche sur "les différentes techniques non conventionnelles de prévention et la poursuite du traitement approprié du SIDA".

"J'ai été épaulé dans mes recherches grâce à un accord passé entre l'ARSNG et l'ambassade du Canada à Brazzaville sur un thème intitulé 'recherche sur les différentes techniques non conventionnelles des soins"', explique Dr Ngoubili.

C'est en effet le Fonds canadien d'initiatives locales (FCIL) qui avait accordé au Dr Ngoubili, entre 1996 et 1997, une subvention de 6.000 euros en trois tranches pour développer ses recherches sur le SIDA.

Lorsqu'on lui demande si tous les malades du SIDA venus le consulter ont été guéris, Dr Ngoubili répond que "la majorité d'entre eux, qui se sont présentés au début de l'infection, ont trouvé satisfaction au cours d'un traitement à base de plantes uniquement (…)".

Sur la durée du traitement, il déclare : "Celui-ci peut s'étaler, suivant les cas, entre un et trois ans. A l'issue du traitement, un contrôle en laboratoire est effectué pour confirmer la guérison du patient. Dans tous les cas, des soulagements sont constatés".

Alors que le gouvernement cherche à réglementer la pratique de la médecine traditionnelle au Gabon, ce secteur connaît un essor important, notamment pour le traitement du SIDA dans un pays où l'accès à la trithérapie souffre encore d'une inégalité flagrante.

Dr Ngoubili utilise les propriétés métaboliques des plantes naturelles dont il connaît le secret et prescrit à ses malades des gélules qu'il conditionne dans son laboratoire, des décoctions à base de plantes médicinales qu'il cueille en forêt. "Les plantes fraîches sont passées à la cryobroyeuse, marinées et distillées sans que leurs propriétés médicamenteuses ne soit altérées. Les malades du SIDA suivent un régime végétarien strict qui favorise la régénération cellulaire", explique Ngoubili. En février 1996, à la suite d'un entretien avec le directeur régional de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à Brazzaville, Dr Ngoubili avait présenté les résultats de ses différentes activités et des témoignages photographiques sur des malades guéris du SIDA.

Pour une appréciation qualitative de l'impact des traitements dispensés aux malades atteints par le VIH/SIDA, les responsables de l'OMS ont recommandé au Dr Ngoubili "d'identifier les patients et de déterminer leur maladie avec un diagnostic de confirmation par les résultats de laboratoire avant et après traitement pour confirmer la guérison". Par rapport aux résultats de l'unique Centre de traitement ambulatoire (CTA) de Libreville, où les malades de SIDA se voient administrer des soins selon des affinités avec le personnel soignant, la maison de santé du Dr Ngoubili est un lieu d'échanges entre patients qui se stimulent mutuellement, prenant plaisir à suivre leur traitement parce que plusieurs y ont obtenu un soulagement.

Ngoubili reçoit le soutien des médecins des hôpitaux qui lui envoient parfois des cas désespérés de gens atteints d'autres maladies que la médecine moderne ne réussit pas à guérir.

Une dame d'une trentaine d'années, qui a requis l'anonymat, a déclaré à IPS qu'elle était soignée par la phytothérapie après l'ablation d'un sein à la suite de laquelle les médecins d'un hôpital ont diagnostiqué qu'il ne lui restait que quelques mois à vivre. "Les soins à base de plantes chez Ngoubili m'ont permis de dépasser la date fatale et ma santé s'améliore, ce qui m'encourage à poursuivre le traitement, même s'il est contraignant car il vise d'abord à éliminer les toxines de mon corps et à cicatriser la plaie", explique-t-elle.

Le Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS) situe, depuis 2002, la séroprévalence à 7,7 pour cent à Libreville, la capitale gabonaise, où vit plus de la moitié de la population (environ 600.000 habitants sur une population totale de 1,2 million d'habitants) et un taux de 8 pour cent à Port-Gentil, la ville portuaire et capitale économique du pays. Malgré une vaste campagne d'affichage à travers les villes du pays avec des panneaux géants diffusant des images insupportables des malades de SIDA en phase terminale, rien ne semble avoir changé dans les comportements sexuels d'une bonne frange de la population hostile au port du préservatif.

Les médicaments pour le traitement du SIDA coûtaient entre 350.000 à 450.000 francs CFA (environ 583 à 750 dollars US) par mois en pharmacie.

Aujourd'hui, ces prix ont baissé et coûtent 60.000 FCFA (environ 100 dollars US). "Mais ce prix est hors de portée des personnes qui touchent le salaire minimum (au Gabon) qui est de 42.000 FCFA (environ 70 dollars US)", déplore une pharmacienne de Libreville qui reconnaît que certains malades interrompent leur traitement, faute d'argent. Cependant, avec la prise en charge des séropositifs par le PNLS, les élèves et chômeurs infectés bénéficient de la subvention de l'Etat et déboursent par mois entre 3.000 et 18.000 FCFA (entre 5 et 30 dollars US environ).

La connaissance du contexte socio-culturel des populations, le respect qu'inspirent les praticiens non conventionnels et leurs expériences, les considérations économiques, la force des croyances locales, et la pénurie de professionnels de la santé sont cités par l'OMS comme des facteurs encourageant une coopération entre les praticiens modernes et les systèmes traditionnels ou alternatifs.

Même si quelques succès ont été obtenus par la médecine traditionnelle, les organismes internationaux du secteur de la santé s'inquiètent aussi d'une certaine anarchie qui voit se multiplier des soigneurs fantaisistes dans un secteur où le manque d'information et de formation fait les affaires des charlatans.