FREETOWN, 6 mars (IPS) – La présidence de la Guinée au Conseil de sécurité des Nations Unies arrive à un moment crucial où l'attention est focalisée sur l'Irak et sur la préparation américaine pour une guerre dans le Golfe.
"C'est une fierté pour nous et je suis convaincu que mon pays fera de son mieux à ce poste", affirme Amadou Diallo, un haut responsable du parti au pouvoir du président Lansana Conté.
La Guinée – président du Conseil de sécurité de l'ONU ce mois – assume ce rôle crucial depuis le 1er mars.
Pendant ces dernières semaines, de hauts responsables américains et britanniques ont séjourné dans la capitale Conakry pour avoir des discussions avec les autorités guinéennes, dont le Premier ministre Lamine Sidimé. Des visites de Walter Kansteiner, chef des Affaires africaines au département d'Etat américain, et de Baroness Amos, le ministre responsable de l'Afrique au ministère britannique des Affaires étrangères, annonçaient des accords d'aide à la nation pauvre.
Dans le passé, les Etats-Unis accordaient annuellement à la Guinée une aide de 50 millions de dollars US et une assistance militaire limitée "pour des objectifs de défense". La France est le plus grand donateur de la Guinée, suivie des Etats-Unis.
"Il se peut que nous assistions à un accroissement de l'aide américaine dans un futur proche et que la Guinée, à court d'argent, supporte les Américains dans la guerre en Irak", a indiqué à IPS un diplomate occidental basé à Freetown, en Sierra Leone, cette semaine. Mais reste à savoir si la Guinée soutiendra pleinement une guerre conduite par les Etats-Unis contre l'Irak. Quelque 85 pour cent de la population est musulmane et est foncièrement opposée à une guerre contre l'Irak.
"Comment pouvons-nous soutenir une guerre contre un Etat musulman frère?", demande Mariama Dumbuya, une femme d'affaires guinéenne qui réside dans la capitale, Conakry. "Je pense que notre gouvernement doit faire très attention à la décision à prendre sur une question aussi sensible".
Ce qui se joue également, ce sont les relations de la Guinée avec la France, son ancienne puissance colonisatrice. En 1958, le pays, sous la direction du défunt dictateur Ahmed Sékou Touré, avait rompu ses liens avec la France.
Et, pendant plusieurs années par la suite, la France a isolé ce pays ouest-africain, un facteur principalement responsable de ses malheurs économiques et sociaux actuels.
Mais il semble que la nouvelle politique française pour se réconcilier avec ses anciennes colonies et la position de la France sur la crise irakienne pourraient renverser la situation. Des sources à Conakry ont annoncé à IPS que les Français, opposés à une guerre en Irak sans l'approbation du Conseil de sécurité, n'abandonneront pas la Guinée seule.
"La romance diplomatique entre la France et le gouvernement guinéen augmente et les Français veulent avoir la Guinée à leurs côtés", souligne le politologue Saidu Sesay.
L'aide française à la Guinée a augmenté au cours des années et le gouvernement guinéen tient à améliorer ses relations avec son ancienne puissance coloniale. Il y a plusieurs entreprises, organisations non gouvernementales et agences d'aide françaises opérant en Guinée. Maintenant, les lignes de la bataille diplomatique ont été tracées, mais il semble que les Guinéens soient en train de cacher leur jeu.
Un diplomate guinéen interrogé par IPS à Freetown a dit que son pays ferait de son mieux pour être à la hauteur des attentes de son peuple. "Nous voulons nous assurer que, quelle que soit la décision que nous prendrons, elle reflètera les désirs de notre peuple", a-t-il indiqué.
Il n'y aucun doute que la Guinée – avec ses ressources inexploitées en diamant, en or, en uranium, et en bauxite – a considérablement besoin d'une assistance occidentale. L'économie est bouleversée et le pays encadré par des voisins tourmentés par la guerre, la principale menace étant le Libéria qui est actuellement déchiré par une violente guerre civile. Des rebelles du Liberia ont attaqué la Guinée plus de deux fois dans le passé. Et, la Guinée, avec une population de huit millions d'habitants, abrite 450.000 réfugiés venus du Libéria, de Sierra Leone et de Côte d'Ivoire.
Un commentateur a déclaré : "Les Américains connaissent les problèmes économiques et sécuritaires auxquels est confrontée la Guinée et ils pourraient bien en tirer profit".
La Guinée – l'un des trois pays africains, avec l'Angola et le Cameroun, au Conseil de sécurité – serait en train de discuter de ce qu'elle attend des puissances occidentales rivales sur la question irakienne.
La résolution de l'ONU, que les Etats-Unis cherchent à présenter, a besoin de neuf "oui" sur les 15 votes et d'aucun veto d'un des membres permanents du Conseil de sécurité : les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Russie et la Chine.

