DROITS-RD CONGO: Controverse sur la mort d'une dizaine de personnes dansune mine de diamant

KINSHASA, 28 fév (IPS) – Au moins sept personnes ont trouvé la mort dans une mine de diamant, dans la concession de la Minière de Bakwanga (MIBA) à Mbujimayi, dans la province du Kasai oriental, en République démocratique du Congo (RDC).

Survenu dans la nuit du 21 au 22 février, l'incident provoque une controverse autour du nombre des morts et des conditions du déroulement du drame. La MIBA parle de sept exploitants clandestins surpris par l'éboulement d'une mine désaffectée dans laquelle ils opéraient de façon illégale. En revanche, les organisations de défense des droits de l'Homme, citées par la presse à Kinshasa, la capitale de la RDC, disent avoir dénombré au moins 20 personnes abattues à bout portant alors qu'elles essayaient de sortir du puits que la police de la MIBA avait pris soin de boucher. Etienne Muzodi, chargé de l'information à l'organisation non gouvernementale (ONG) de promotion des droits de l'Homme "Toges noires", soutient la thèse de 20 victimes dont la population, en colère, a amené les corps au bureau du gouverneur de province. Il a dénoncé le climat d'insécurité permanente dans la zone minière, fustigeant les agissements irréguliers de la police de la MIBA "à la gâchette facile", qui rend une "justice privée" "Aucune autorité ou service ne peut porter atteinte au droit garanti par les instruments juridiques, hors des cas prévus par la loi et dans les formes qu'elle prescrit", a-t-il déclaré. Muzodi a dénoncé, en outre, les "arrestations intempestives, les lieux de détentions parallèles humainement peu avenants dans les installations de la MIBA".

Robert Vusolo, du département information de L'Association africaine des droits de l'Homme (AZADHO) a déclaré à IPS : "Selon des investigations sur place à Mbujimayi, les sept personnes trouvées mortes sont celles qui avaient réussi à sortir de la mine. Après enquête et interrogation des témoins, il s'avère que 18 autres personnes ont été ensevelies dans la mine par l'éboulement".

La MIBA a organisé une visite sur place au profit des organisations des droits de l'Homme pour, semble-t-il, "les confondre dans leur mensonge", mais les ONG maintiennent leurs informations.

La MIBA est à la province du Kasai oriental ce que la Générale des carrières des minerais (GECAMINES) est à celle du Katanga, dans le sud-est de la RDC.

La MIBA produit essentiellement du diamant industriel dont le Congo est le premier producteur mondial, avec une production d'une valeur de 395.949.477 dollars en 2002. La concession de la MIBA appartient à l'Etat congolais.

Pour le moment, le diamant de la MIBA constitue le seul produit d'exportation de la RDC. Sa concession a été, de tout temps, interdite aux exploitants privés et pour prévenir l'exploitation clandestine, la MIBA dispose d'une police spéciale. C'est cette police que la population de Mbujimayi met en cause dans la mort des creuseurs. Pour Placide Ndumbi, secrétaire général de la MIBA, toutes les mesures prises pour empêcher les exploitants privés se sont révélées vaines. Au cours d'une conférence de presse qu'il a donnée mercredi, dans le bureau de représentation de la MIBA à Kinshasa, il reconnaît la mort de sept personnes dans ce qu'il appelle "l'incident de Mbujimayi au sein de la concession de la société". Mais il dément formellement les circonstances telles que décrites par la presse et les organisations de promotion des droits de l'Homme.

"Nous avons dû construire un mur pour délimiter le périmètre du polygone minier", explique Ndumbi. "Aujourd'hui, ce mur n'existe pratiquement plus parce que détruit par la population obsédée par l'idée qu'il n'y a que là que se trouve le diamant. C'est la première difficulté car chaque fois que nous essayons de le reconstruire, il est de nouveau détruit au fur et à mesure que nous avançons". "La deuxième difficulté est que les creuseurs entrent dans le polygone, très souvent encadrés par des hommes en armes et qui ne sont pas nécessairement des militaires. Ces hommes attaquent souvent les éléments de notre brigade minière quand ils font la patrouille", poursuit Ndumbi.

"C'est ainsi qu'il y a beaucoup de tirs dans la concession. Pour ce qui est du dernier incident en date, je confirme que le drame est dû à un éboulement d'une mine désaffectée que les creuseurs étaient en train d'exploiter", ajoute-t-il.

Depuis le samedi 22 février, toute la ville de Mbujimayi est en effervescence. Une manifestation des creuseurs s'est déroulée dans cette capitale provinciale jeudi, mais elle a été dispersée par la police locale.

Le gouverneur de la province et les autorités de la société minière ont pris en charge les obsèques des victimes, mais cela ne semble pas suffire. La population exige que la MIBA indemnise les familles des victimes. Ce que la compagnie refuse de faire, estimant que les creuseurs se sont mis dans une situation d'exploitation illégale dans une concession de l'Etat. "Non seulement, nous accusons un manque à gagner à cause de l'exploitation clandestine par des creuseurs et pour leur propre intérêt, mais en plus, il faut les indemniser?", s'insurge et s'interroge Ndumbi. Selon le secrétaire général de la MIBA, le manque à gagner est effectivement important, quand on considère que sur les 20 kilomètres carrés que mesure la concession, les creuseurs attaquent de partout et arrivent souvent à se servir du diamant qui revient normalement au Trésor public. Le gouvernement a dépêché le jeudi, 27 février, une mission conduite par Ntumba Luaba, ministre des Droits humains, afin de mener une enquête pour établir la vérité sur la gravité du drame et situer les responsabilités.