DAKAR, 3 mars (IPS) – Les Sénégalais, comme d'autres Africains, recourent de plus en plus à l'aloès, une plante millénaire dont les vertus médicinales étaient connues sous plusieurs civilisations anciennes d'Afrique et d'Asie.
On l'appelait déjà la plante miracle, la plante médecin, la fontaine de jouvence, l'élixir de longue vie… Les scientifiques la nomment Aloe Vera et son nom commun est aloès.
L'aloès est une plante de 60 à 80 centimètres de haut, aux racines peu profondes, dont la tige courte et ligneuse porte un faisceau de feuilles charnues lisses de couleur verte, à section triangulaire et aux extrémités pointues avec des bords munis d'épines jaunes-claires. Ses fleurs sont pendantes en forme de petites trompettes de couleur jaunâtre. A l'état naturel, l'aloès pousse sur des terrains sablonneux et calcaires des régions semi-désertiques au climat chaud et sec, ce qui lui a valu cet autre nom de "Lys du désert".
"L'aloès est une plante millénaire connue depuis l'antiquité pour ses vertus", indique Masra Nanasta, médecin nutritionniste, expliquant que la préparation traditionnelle des remèdes à base d'aloès consiste à broyer la pulpe qu'elle contient et à la filtrer pour la rendre consommable. "Le goût étant amer, la préparation est souvent mélangée à du miel", dit-il.
Au Sénégal, la plante est surtout utilisée par les tradipraticiens dans le traitement de certaines maladies gastriques ou dermatologiques. Sa manipulation, selon Nanasta, requiert des techniques et des précautions spécifiques d'autant que la sève, toxique, ne doit pas contaminer la pulpe lors de son extraction des feuilles. En outre, la rapidité avec laquelle elle se dégrade à l'air libre, par oxydation, la pulpe (ou le gel) doit être utilisée immédiatement après avoir été prélevée de la feuille, ce qui limite son usage aux seules personnes ayant un aloès à portée de main.
Ces difficultés ont été résolues grâce aux procédés modernes de conservation et de stabilisation naturelle, élaborés par une société américaine.. Ce qui permet au produit de se conserver nettement plus longtemps et d'être disponible en grande quantité.
"Ce produit commercialisé en Occident depuis plus de deux décennies, n'a été introduit au Sénégal que depuis janvier 2002", précise Nanasta. "Ici, il est commercialisé par des distributeurs agréés".
Après une expérience personnelle très poussée pour s'assurer de l'efficacité du produit sous forme de jus de pulpe d'aloès, Nanasta a fini par le prescrire à ses patients. "Le produit est utilisé en tant que complément alimentaire ayant des vertus médicinales" pour le patient. On peut l'appeler "alicament", dit-il. Après avoir suivi une cure de trois mois, environ trois flacons d'un litre chacun, Nanasta, qui était atteint d'une calvitie, a vu ses cheveux pousser de nouveau et certains problèmes de santé mineurs disparaître.
Léonard Ndéki, 70 ans, ancien technicien de santé à la retraite, traînait depuis quelques années un diabète généralisé qui a affecté la force de ses yeux. Il se sent beaucoup mieux à présent après avoir consommé la pulpe d'aloès, provenant des Etats-Unis. "Après une cure de trois mois, conseillée par mon médecin, Dr Nanasta, je me sens en meilleure forme, ma vue continue de s'améliorer et ma glycémie devient de plus en plus équilibrée", confie Ndéki. "D'ailleurs, ma femme, atteinte de la même maladie, s'est mise, elle aussi, à l'aloès". Selon les consommateurs qui ont tenté l'expérience, la pulpe d'aloès guérit ou soulage plein d'autres maladies. "Je souffre d'une drépanocytose AS, la forme la moins grave de la maladie, et j'étais régulièrement sujette à une fatigue généralisée, des vertiges et des anémies, surtout après le cycle menstruel. Mais tout cela a disparu progressivement après une cure répétée de jus d'aloès", raconte Sokhna Mame Diara, 47 ans, pharmacienne. Elle souffrait aussi d'un fibrome, une tumeur bénigne, qui s'est dissipé grâce aux même cures. Suite aux résultats satisfaisants obtenus à travers son expérience, la pharmacienne a décidé de conseiller le produit à plusieurs malades désespérés, notamment ceux qui sont atteints du cancer de la prostate.
"L'état de santé de ces malades s'est vraiment amélioré après une cure d'aloès associée au traitement médical habituel et à un régime alimentaire adéquat", confirme Diara.
Maguette Diaw, une jeune femme médecin de 30 ans, assure également avoir été guérie de sa spasmophilie, après avoir consommé l'aloès pendant quelques mois. Selon Diara, ce produit, qui n'est guère considéré comme un médicament mais un complément alimentaire, devrait être consommé par tout un chacun en guise de prévention. "L'aloès devrait être associé à notre alimentation quotidienne pour obtenir un meilleur équilibre de l'organisme, surtout que nous mangeons très mal en Afrique", conseille-t-elle.
"Une alimentation saine et équilibrée est la clé d'une bonne santé", renchérit Nanasta. "En cas de maladie ou de prévention, les compléments alimentaires sont d'un apport précieux, voire indispensable, en plus du traitement médical".
Dans la famille de Rose Da Costa à Dakar, une femme de 40 ans, on a toujours consommé l'aloès. Ses grands-parents et ses parents, d'origine capverdienne, le cultivaient chez eux, dans leur jardin. Elle-même le cultive régulièrement en pot, dans son bureau. "En temps normal, je me sers de la plante pour décorer mon bureau, après un certain temps, je consomme sa gelée avec du miel pour me désintoxiquer, éliminer la fatigue ainsi que le stress du travail et de la vie, et maintenir ma ligne", affirme-t-elle. "L'aloès est le secret de la beauté des femmes capverdiennes, pour ceux qui les connaissent", révèle Da Costa. L'aloès est présent dans presque tous les foyers capverdiens de Dakar, la capitale sénégalaise.
Mais beaucoup de patients sont confrontés au coût trop élevé de l'aloès importé dont le flacon d'un litre coûte 22.500 francs CFA (environ 37,5 dollars).
"Le prix est justifié par l'efficacité du produit et le coût des technologies modernes utilisées pour sa conservation et sa stabilisation", explique Nanasta. "Le prix du flacon serait encore plus élevé si la firme américaine n'avait pas opté pour le système de vente directe du producteur au consommateur".
Il existe plus de 300 espèces d'aloès mais, jusqu'à présent, seules quelques-unes sont renommées pour leurs vertus médicinales. Selon certains écrits, l'aloès est une espèce originaire d'Afrique du nord, introduite et cultivée aux Antilles dès le 17ème siècle. Sa culture s'est répandue et intensifiée au cours des vingt dernières années dans diverses régions du monde où le climat s'y prête.

