GULU, Ouganda, 27 fév (IPS) – La famine traque 1,2 million de personnes dans le nord de l'Ouganda.
Sur ce total, plus de 800.000 ont été forcés de fuir leurs maisons et vivent dans des camps de déplacés dégoûtants dans la région d'Acholi, où les rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) opèrent.
Moses Ali, le ministre des Affaires de Réfugiés, a lancé un appel aux donateurs pour qu'ils assistent les déplacés.
"La perturbation générale des activités économiques et l'inexistence de pluies ont entravé les stratégies d'acquisition de vivres des IDP (Personnes déplacées à l'intérieur des pays)", a-t-il indiqué devant le parlement récemment.
Au début de cette année, le Programme alimentaire mondial (PAM) avait lancé un appel similaire. La Grande-Bretagne a répondu, avec un don d'environ 1,7 million de dollars US, l'Irlande 214.883 dollars US, le Japon 420.782 dollars US, la Suède 2,9 millions de dollars US, l'Italie un million de dollars US, l'Allemagne avec 500.000 dollars US, et les Etats-Unis avec environ 21 millions de dollars US. La promesse américaine, venant en nature, arrivera en mai.
Le financement disponible — à l'exclusion de la promesse américaine — ne couvrira que la période allant de février à mars. "Des contributions supplémentaires en espèces sont donc nécessaires pour faire la soudure de la période allant d'avril en début juin", a expliqué Ali.
Le conflit entre le gouvernement et l'Armée de résistance du Seigneur, qui a lancé sa guerre de maquis en 1986, a retardé le développement dans la région.
La LRA, présidée par l'ancien catéchiste catholique Joseph Kony, cherche à renverser le gouvernement du président Yoweri Museveni.
En octobre dernier, le PAM, la seule agence fournissant une aide alimentaire dans la région, a prévenu que si les donateurs n'apportaient pas des contributions d'urgence, la population allait faire face à une famine sans précédent.
Il avait demandé 18.000 tonnes de vivres.
Les combats entre l'armée et la LRA ont atteint leur paroxysme dans les mois récents, obligeant le président Museveni à établir un camp dans la région, après avoir lancé "l'Opération main de fer" en mars 2002 pour exterminer les rebelles.
Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) estime que plus de 6.000 enfants enlevés dans la région sont toujours portés disparus. On ne sait pas encore s'ils sont en vie ou s'ils sont maintenant des enfants soldats dans le Sud Soudan, où les soldats de la LRA se cachent souvent.
"Les populations dans le nord de l'Ouganda souffrent déjà horriblement par suite des combats, et la destruction de leurs cultures a, à l'heure actuelle, un effet terrible sur leur condition nutritionnelle", affirme Ken Davies, directeur national du PAM pour l'Ouganda.
Il souligne que les stocks de la précédente récolte ont été épuisés, et qu'aucune production alimentaire supplémentaire n'est attendue cette année, à moins que les donateurs ne viennent au secours des déplacés.
Le PAM est la seule agence d'aide ayant accès aux camps et installations de déplacés au-delà des deux principales villes (Gulu and Kitgum) dans le nord de l'Ouganda.
"Nous ne voulons pas vivre comme cela. Nous voulons tous rentrer chez nous.
Nous voulons cultiver nos jardins. Nous sommes fatigués de vivre de cette façon", affirme Benjamin Obalim, un leader communautaire au camp de déplacés à Awere, à côté de Gulu, à quelque 328 kilomètres de la capitale Kampala.
"La crise humanitaire s'est intensifiée depuis juin dernier", souligne Nobert Mao, député de Gulu, où vivent 40.000 personnes déplacées par la guerre.
Dans le camp Awer, il y a seulement deux fosses pour une population de plus de 20.000 personnes, affirme Mao.
Parlant à IPS depuis son bureau situé dans l'immeuble du parlement à Kampala, Mao dit que les déplacés vivent dans des 'camps de concentration' et sont à la merci des soldats.
"C'est l'armée qui décide de comment ils (les gens devraient vivre).
L'armée est l'autorité. Si l'armée interdit tout déplacement après 19 heures, on doit s'y conformer. Lorsque l'armée dit qu'on ne doit pas sortir du camp pour aller chercher de la nourriture dans les champs, on doit également respecter cela", souligne-t-il.
Selon Mao, aucune autorité civile n'a participé à la création des camps de déplacés dans le nord de l'Ouganda.
"C'était un ordre militaire. Dans plusieurs cas, les gens étaient forcés à entrer dans les camps", indique-t-il.
Récemment, comme une tactique de guerre, le gouvernement a introduit une politique visant à détruire tous les arbres fruitiers et à brûler les champs de cultures, estimant qu'ils étaient utilisés pour nourrir les rebelles.
"Selon moi, l'armée contribue et encourage maintenant la famine. C'est comme si les gens ne comptaient plus comme un facteur dans le conflit. De quelle autre façon expliqueriez-vous l'abattage des arbres fruitiers qui pourraient être le dernier recours pour des gens touchés par la famine?", demande Mao.
L'abandon des études est également courant. La majorité des enfants ne bénéficie pas de l'Education primaire universelle (EPU) que le gouvernement a introduite en 1997.
Près de 90 pour cent des écoles dans les villages sont maintenant fermées, selon Mao. Les écoles restantes ont de mauvais résultats. "Leur faible performance est due à l'effet perturbateur de l'Opération main de fer", poursuit-il.
"L'Opération main de fer devait se dérouler dans le sud Soudan, mais 80 pour cent de la guerre se déroule actuellement dans le nord Ouganda", ajoute Mao.
Quelques déplacés 'chanceux' ont pu sortir de la zone de guerre pour vivre à Kampala avec leurs parents.
"J'ai eu beaucoup de problèmes depuis que j'étais jeune", affirme Patrick Lira, âgé de 17 ans.
"En 1998, j'ai été enlevé par les rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur. Après environ un mois, je me suis échappé et je suis revenu à la maison à pied…", se rappelle-t-il.
Mais l'insécurité persistante a amené Patrick à Kampala où il vit maintenant avec sa tante.
"C'est très dur pour nous. Nous prions seulement pour que la guerre prenne fin bientôt. Nous souffrons", affirme Martina Aketch, 24 ans, qui est également venue à Kampala.
Aketch a perdu son mari dans une attaque rebelle juste avant d'être obligée de partir pour Kampala il y a trois mois.
"Il est nécessaire que le gouvernement fasse plus en termes d'assistance humanitaire et qu'il permette à d'autres agences humanitaires d'opérer", estime Martin Masiga, coordonnateur national de Human Rights Network (Réseau pour les droits de l'Homme) – HURINET (Ouganda).
"Actuellement, le gouvernement apporte trop peu d'aide, trop tardivement.
Je pense qu'il fuit ses responsabilités", soutient Masiga.
Mao est de cet avis. "Le déplacement forcé des populations est contraire, non seulement à notre constitution, mais également à la Convention de Genève. La restriction au mouvement des personnes ainsi que les restrictions à leurs droits vont au-delà de ce qui est nécessaire pour la situation, même si elle est qualifiée de conflit interne", poursuit-il.
"Il y a des violations progressives des droits des gens, le manquement aux Conventions de Genève et autres droits humanitaires dont notre gouvernement est signataire.
"La situation est revenue à des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité et certains individus peuvent être tenus pour responsables", affirme Mao.
Willy Katumba, un homme d'affaires à Kampala, dit : "Comme toute autre personne, je pense que cette guerre devrait prendre fin. Elle coûte trop chère à tout le monde. Ce n'est pas seulement la guerre des Nordiques. Elle affecte chacun d'entre nous. Imaginez la masse d'argent qu'on met dans la campagne de cette guerre!".
Le président Museveni a exclu des pourparlers avec les rebelles, tandis que la LRA dit qu'elle ne parlera de paix que lorsque la communauté internationale arbitrerait.

