OUAGADOUGOU, 12 déc. (IPS) – Des représentants de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et ceux des 11 pays que couvraient le programme de lutte contre l'onchocercose ou la cécité des rivières, ont mis officiellement fin au projet à Ouagadougou, au Burkina Faso, après 28 ans d'activités.
L'onchocercose, maladie débilitante pour l'ensemble de l'organisme humain, provoque des lésions cutanées, de violentes démangeaisons et des lésions oculaires pouvant aller jusqu'à la cécité. Elle est provoquée par la simulie, une mouche qui transmet le ver de la maladie aux populations riveraines de certaines rivières. Selon l'OMS, l'onchocercose n'est plus un problème de santé publique et le programme a réussi à réinstaller les populations sur les terres fertiles que les habitants avaient quittées de peur d'être infestés par la maladie.
En 28 ans, souligne l'OMS, 25 millions d'hectares – pouvant permettre de nourrir plus de 17 millions de personnes – ont été réoccupés à ce jour et 600.000 personnes menacées de devenir aveugles ont pu être sauvées. D'autre part, 18 millions d'enfants ont pu grandir sans être inquiétés par la cécité des rivières.
"C'est un plaisir pour moi d'être là pour marquer la fin de ce programme unique. C'est l'une des rares occasions où l'on peut célébrer le succès d'un programme global de santé publique dans le long terme", s'est réjouie Gro Harlem Brundtland, directeur général de l'OMS, au cours de la cérémonie, le 6 décembre dans la capitale burkinabè.
"Les acquis du programme nous inspirent à tous que nous pouvons rêver grand dans le domaine de la santé publique. Cela montre que nous pouvons atteindre les plus impossibles des objectifs et alléger le fardeau de millions de pauvres dans le monde", a-t-elle poursuivi.
Et Brundtland d'ironiser : "Quand les critiques vous diront que le prochain projet est trop ambitieux, que ça sera trop cher… que ce sera un gouffre financier…, dites leur de se souvenir de ce jour".
L'OMS compte lancer, dès cette année, le Programme africain de lutte contre l'onchocercose (APOC) qui va concerner les 19 pays d'Afrique de l'ouest et du centre. C'est une initiative qui vise à toucher les pays d'Afrique centrale qui ne faisaient pas partie du premier programme oncho, mais l'APOC va surveiller aussi la situation en Afrique de l'ouest pour éviter une résurgence du fléau.
Les Pays-Bas, l'un des donateurs ayant financé le programme, ont annoncé l'érection d'une statuette montrant un enfant guidant un vieillard aveugle avec un bâton pour marquer la fin du programme et du calvaire pour des millions d'Africains.
Le programme de lutte contre l'onchocercose est né en 1974 lorsque les effets dévastateurs de la simulie, la mouche qui transmet le ver de la maladie aux populations riveraines de certaines rivières, avaient infecté plus d'un million de personnes dans les sept premiers pays que le programme couvrait dès son lancement : Burkina Faso, Bénin, Côte d'Ivoire, Ghana, Mali, Niger et Togo. Quelque 100.000 personnes présentaient des lésions graves et 35.000 étaient aveugles.
Au Burkina, l'un des pays les plus touchés par la maladie, 400.000 personnes étaient infectées par le parasite en 1974. Environ 50 kilomètres de rivières ont été traités grâce à l'épandage d'insecticides pour éliminer les poches de mouches simulies qui transmettent le microfilaire (le parasite) qu'elles récupèrent chez des sujets déjà infectés en les piquant à nouveau.
Mais la lutte contre l'onchocercose a connu une véritable révolution en 1988, avec la mise à la disposition du programme de l'ivermectine, un médicament qui tue le microfilaire dans l'organisme infecté et peut prévenir la cécité. Le médicament, fabriqué par le groupe pharmaceutique Mercks, était offert à l'OMS gratuitement.
"Au Ghana, la situation n'était pas reluisante car plusieurs régions du pays étaient affectées par la maladie, particulièrement dans le nord où la situation était très grave", explique le vice-ministre ghanéen de la Santé, Moses Danyaba, originaire lui-même du nord du pays où il se souvient d'avoir vu, pendant son enfance, "des gens devenir aveugles ou avoir une vue qui se détériorait, des maladies de peau inimaginables". "C'est l'une des grandes réussites de l'OMS dans l'histoire de l'élimination des maladies et je pense que ce programme oncho est une 'succes story' qui doit servir d'exemple aux autres programmes qui travaillent à éliminer des maladies à travers le monde", déclare Danyaba. Environ 80 pour cent de personnes étaient infectées dans les régions endémiques, notamment dans le nord. Aujourd'hui, le taux de prévalence au Ghana est de zéro pour cent dans la plupart des régions et inférieur à 5 pour cent dans les zones résiduelles. Dans les autres pays du programme, les taux sont semblables quand la maladie n'a pas disparu complètement.
Pour Lamine Diawara, coordonnateur du programme oncho du Sénégal, le modèle de gestion du programme pourrait servir dans la lutte contre le VIH/SIDA.
"Les responsables doivent suivre ce modèle pour s'en inspirer pour mieux lutter contre le SIDA et les maladies endémiques en utilisant le partenariat, la rigueur dans la gestion, l'intervention de la communauté, le monitoring du programme", suggère-t-il.
Le Sénégal, la Sierra Leone, la Guinée et la Guinée-Bissau ont été intégrés au programme en 1986. Environ 600 villages sénégalais étaient touchés par l'onchocercose. Selon Diawara, le Sénégal peut aujourd'hui poursuivre le contrôle de la maladie pour l'éradiquer.
En effet, l'objectif du programme oncho n'était pas d'éradiquer la maladie, mais de l'éliminer afin qu'elle ne soit plus un problème de santé publique.
Il devait également permettre de résoudre les problèmes socio-économiques et de rendre les pays capables de maintenir les acquis, selon l'OMS. Depuis 10 ans, un programme de dévolution a commencé pour permettre aux pays africains de prendre la relève et éviter une résurgence de la maladie. Ainsi 500 cadres ont été formés dans les 11 pays, dans les domaines de l'épidémiologie, de l'entomologie, de la santé publique, et de l'hydrobiologie.
La distribution de l'ivermectine se fait désormais à travers des postes de santé primaires, dans les pays, par les populations elles-mêmes. Quelque 7 millions de personnes ont déjà reçu le médicament dans les communautés à risque.
Le programme de lutte contre l'onchocercose a coûté, en 28 ans, 600 millions de dollars US. Le programme va cependant se poursuivre pendant deux ans en Sierra Leone où les activités ont été perturbées par la guerre civile. Ces deux années supplémentaires vont coûter à l'OMS 40 millions de dollars US.

