Par Noël Kokou TadégnonKPALIME, Togo, 12 déc. (IPS) – Assise sur un petit banc dans la cour d'une maison à Kpalimé (sud-ouest du Togo), Netty Abalo raconte que pour elle, tout s'est arrêté depuis deux ans, lorsqu'elle a appris que son mari était atteint du VIH/SIDA. Depuis lors, elle tente de résister et de vivre grâce à ses enfants.
Abalo est une ancienne commerçante de Kpalimé, une ville située à 160 kilomètres de Lomé, la capitale togolaise. Elle a eu six enfants, dont le plus grand a la trentaine et le benjamin, 11 ans. Elle a fait le test de dépistage du VIH/SIDA après son mari et le résultat est positif : comme le chef de famille, Abalo est aussi séropositive. Entre-temps, son mari est mort. Elle vit dans une maison prêtée par un parent et dont la toiture s'est détériorée. Elle vit avec le virus sans bénéficier d'un traitement particulier. "Je vais par moments à l'hôpital de Lomé quand je ne me se sens pas bien". Dans son quartier, Abalo a peu de relation avec le voisinage. "Le sage du quartier est la seule personne que je rencontre", indique-t-elle. Le sage, Michel Agbétrobou, un sexagénaire, avoue ne pas comprendre l'attitude de ses frères du village. "C'est dans le malheur que l'on reconnaît ses frères et amis; dans le cas d'Abalo, tout le monde la fuit et pourtant, nous nous répétons sans cesse que nous sommes unis", affirme le sage. "La légendaire solidarité africaine a disparu avec la maladie de notre mère", fait remarquer Kodjovi Abalo, l'un des fils de dame Abalo qui vit avec quatre de ses enfants. "Ce sont les deux plus jeunes qui me soutiennent le plus", dit-elle. "Heureusement qu'aucun d'entre eux n'a le virus", se réjouit-elle. Ils ont abandonné les études pour se lancer dans la débrouille afin de faire vivre le reste de la famille.
"C'est grâce à eux que je me rends par moments à Lomé pour mes soins et ce sont eux qui me donnent à manger", souligne Abalo. Son souhait est qu'on puisse trouver un médicament contre le SIDA. Comme elle, beaucoup de femmes vivent difficilement leur séropositivité. Dans certains cas, les enfants étant trop jeunes pour travailler, les parents malades et marginalisés par l'entourage, décèdent sans résistance. Et dans la plupart des cas, les enfants abandonnés sans soutien tombent et meurent aussi dans la misère quand ils ne deviennent pas des délinquants.
Pour Gouna Yawo, présidente de l'organisation non gouvernementale (ONG) Espoir et vie Togo, la prise en charge des orphelins du SIDA constitue un problème difficile à régler à cause des moyens limités dont disposent les associations. "Nous apportons tout de même des appuis ponctuels aux enfants en fonction des moyens dont nous disposons. Nous avons eu, dans le cadre d'un projet, à prendre en charge dix enfants sur le plan éducationnel, nutritionnel, psycho-social, et de la réhabilitation familiale et médicale", explique-t-elle.
Pour l'instant, aucune statistique n'est disponible au Togo sur les enfants orphelins du SIDA. "Nous n'avons pas de chiffre exact sur les enfants orphelins du SIDA", regrette Dr Teyi Lawson, épidémiologiste au Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS) au Togo.
Un rapport de l'ONUSIDA révèle que 20 à 30 pour cent des séropositifs togolais sont des jeunes des milieux scolaires. Le PNLS indique que le nombre de cas de malades de SIDA officiellement déclarés dans le pays est passé de six en 1987 à 13.665 en 2001. "Dans ce groupe, 81,5 pour cent des personnes décédées constituent la population active, elles ont entre 19 et 49 ans", précise Dr Lawson, ajoutant que le taux de prévalence de 5,96 pour cent enregistré au Togo est marqué par une forte proportion de femmes. Mais entre 160.000 et 200.000 personnes vivent avec le VIH dans le pays, selon les estimations du PNLS. "Les femmes et les jeunes filles illettrées et pauvres encourent plus de risque d'être atteintes par cette pandémie, en raison de la subordination socio-économique, du taux d'analphabétisme élevé, de la pauvreté, de l'exode rural et de la prostitution", déclare la représentante résidente du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) au Togo, Cécile Molinier en fin de mission. Pour réduire la vulnérabilité des principaux groupes à risque (les femmes et les jeunes filles illettrées et pauvres), le PNUD a octroyé au Togo 100 millions de francs CFA (environ 153.846 dollars US). Cette somme servira au renforcement de leurs capacités, à la promotion de l'approche participative à un niveau décentralisé, et à la réduction du taux de propagation du VIH/SIDA dans ce pays pauvre d'Afrique de l'ouest d'environ 5 millions d'habitants dont près de 50 pour cent vivent sous le seuil de pauvreté.

