ABIDJA, 01 juin (IPS) – De plus en plus de pays africains
enregistrent des
taux de croissance économique positifs, bien que le continent ait
encore un
long chemin à faire dans le domaine socio-économique, affirme la
Banque
Africaine de Développement (BAD).
Seulement six pays du continent ont enregistré une croissance
économique
négative en 1997, contre 17 en 1990, par exemple", a déclaré
la Banque
dans son rapport de 1998 sur le développement africain, rendu
public jeudi
dernier lors de la réunion annuelle du conseil des gouverneurs de
la BAD,
tenue à Abidjan du 27 au 29 mai.
Cette réduction, indique le rapport, est liée aux réformes macro-
économiques
ayant réduit le déficit moyen fiscal du continent de 5,4 pour cent
du PIB en
1994, à un taux historique de 1,9 pour cent en 1997.
Le rapport a indiqué que 37 pays ont enregistré des déficits
fiscaux de
moins de 5 pour cent, tandis que le taux moyen d'inflation a chuté
de 40
pour cent en 1994 à 17,6 pour cent en 1997.
"Le taux moyen d'inflation en 1997 était de 5,7 pour cent, ce qui
indique
que près de la moitié des 53 pays africains a connu un taux
d'inflation
inférieur à ce chiffre", a indiqué le rapport.
Les économies africaines sont restées sur la voie de la relance
marquée par
trois années de croissance du PIB qui a avoisiné 3,8 pour cent
entre 1995 et
1997. Ce chiffre est plus que le double de la croissance moyenne
enregistrée
entre 1990 et 1994, d'après le rapport.
"Au cours de ces trois dernières années, le taux moyen de
croissance du PIB
a dépassé la croissance moyenne de la population de 2,8 pour cent.
Cela a
généré des revenus modestes par habitant, contrairement au déclin
persistant
noté au cours des quatre premières années de la décennie, a
expliqué le
rapport.
Selon le document, la valeur des exportations africaines a
augmenté de 6,2
pour cent l'année dernière et a entraîné un excédent commercial
qui a permis
de contenir l'actuel déficit du compte du continent estimé à 1, 2
pour cent
du PIB.
Le rapport a cependant souligné que la dette extérieure de
l'Afrique est
demeurée une contrainte majeure pour les investissements et la
croissance.
"En 1997, le montant total de la dette s'élevait à 315,2
milliards de
dollars, tandis que le service de la dette absorbe, en moyenne,
environ un
cinquième des recettes des exportations", a signalé le rapport.
La BAD espère que les retombées macro-économiques se poursuivront
après
cette année, et que le PIB réel va connaître une croissance de 4 à
5 pour
cent. Toutefois, elle a observé que la baisse constante des cours
des
produits, les contrecoups de la crise asiatique et les conflits
sociaux
prévalant dans certains pays pourraient compromettre les
prévisions de
croissance.
"La récente reprise est encore inadéquate, étant donné que le
revenu moyen
par habitant est seulement égal à 665 dollars américains, ce qui
représente
seulement 75 pour cent de celui de 1980", a fait remarquer le
rapport.
"Avec plus de 45 pour cent de sa population vivant dans une
pauvreté
abjecte, l'économie africaine doit connaître une croissance
annuelle de 7
pour cent au cours des prochaines décennies pour voir les revenus
actuels
par habitant doubler et pour renverser l'incidence de la
pauvreté", a
ajouté le rapport.
Les efforts d'allégement de la pauvreté doivent être conjugués
avec le
développement des ressources humaines pour atteindre des objectifs
tels que
l'éducation pour tous, la réduction de 2/3 du taux de mortalité
des enfants
de moins de 5 ans et l'accès universel aux services de santé
reproductive
d'ici à l'an 2015, a précisé le rapport.
Selon la BAD, le plus grand atout des pauvres est leur travail, et
l'un des
moyens les plus efficaces d'améliorer leur bien-être est
d'augmenter les
opportunités d'emploi et leur productivité grâce aux
investissements dans
l'éducation, la santé et la nutrition.
L'Afrique a amélioré sa performance dans certains de ces domaines
au cours
des trois à quatre dernières décennies, selon la BAD.
"Les progrès effectués au cours de la période postérieure à
l'indépendance
dans le domaine du développement des ressources humaines, entre
1960 et
1995, ont été marqués par le prolongement de l'espérance de vie,
de 40 à
plus de 53 ans, et le déclin remarquable de la mortalité infantile
de 168 à
89 pour 1.000", a démontré le rapport. Les effectifs dans la
fréquentation
des cours primaires et des cours secondaires sont, selon le
rapport, passés
respectivement de 43 à 78 pour cent, et de 5 à 31 pour cent.
Cependant, les indicateurs sociaux, surtout parmi les femmes et
les enfants,
demeurent les plus médiocres au monde. "Un enfant sur six meurt
avant
d'avoir cinq ans, tandis que les taux de mortalité des mères
s'élèvent
jusqu'à 1600 pour 100.000 dans certains cas", a annoncé le
rapport. "De
même, le SIDA/VIH a émergé en tant que grand problème de santé".
Le rapport suggère un programme de politique général pour
l'Afrique en
matière d'éducation et de santé humaine. L'éducation, la santé, la
promesse
chère d'une croissance économique générale et l'allégement de la
pauvreté,
représentent, selon le rapport, les priorités de la BAD.

