COTONOU, 4 déc. (IPS) – Le Bénin expérimente depuis avril 1999, dans ses centres de santé, une nouvelle méthode de travail dénommée la "formation par tutorat" dont les agents de santé et les populations bénéficiaires apprécient la qualité et le succès.
Dans le petit village de Houngbègamey, peuplé de 8.000 habitants, situé à environ 150 kilomètres au nord de Cotonou, la capitale économique du Bénin, la maternité et le dispensaire du village luisent de propreté : cour bien balayée, salles de soins et d'observation des malades bien propres, instruments de travail et dossiers bien rangés dans des armoires propres. L'infirmière, la sage-femme et les aides-soignantes, elles-mêmes bien soignées dans leur personne, portent des blouses propres. Aucun signe de négligence dans ce complexe communal de santé dont les agents ont été formés "par tutorat" depuis août 2000. "La formation par tutorat consiste à encadrer pendant cinq semaines, sur leur lieu de travail, médecins, infirmiers, sages-femmes et aides-soignants en vue de corriger avec eux leurs mauvaises habitudes de travail et leur faire adopter de nouvelles méthodes de travail pour une plus grande qualité des soins donnés aux malades", explique Henri Kingbè, contrôleur d'action sanitaire, un des dix tuteurs nationaux commis à cette tâche. C'est un vaste programme national mis en ?uvre par l'Etat béninois avec l'appui de certaines institutions internationales dont le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF). Le montant du financement est de 34,188 millions de francs CFA (environ 52.597 dollars US) et 240 agents de santé ont été déjà formés. Au cours de la formation, le tuteur national passe les cinq semaines d'encadrement dans le centre de santé, il vit avec les agents en formation, il les observe travailler et corrige en temps réel les défaillances constatées. Il veille, par exemple, à l'amélioration de la qualité des soins donnés aux malades, à la limitation des prescriptions au strict nécessaire en vue d'amoindrir le coût des prestations, surtout dans les zones rurales où le taux de fréquentation des hôpitaux est encore très faible. Le tuteur veille aussi à une meilleure hygiène et à la prévention des infections dans le centre de santé. "Il ne faudrait pas que ce soit à l'hôpital que le malade vienne attraper une maladie qu'il n'avait pas avant de quitter chez lui", explique Kingbè. Le formateur ou tuteur a aussi l'obligation de veiller à une meilleure gestion du centre de santé : une meilleure gestion des hommes, des dossiers des malades, des médicaments, etc. Les centres de santé de 22 sous-préfectures sur les 77 que compte le Bénin ont déjà bénéficié de cet encadrement qui, à terme, sera étendu à tout le pays, précise Kingbè. "La qualité des soins dans les dispensaires et les maternités, dont les agents ont bénéficié de cette formation, a beaucoup changé… Nous avons résolu, grâce au tutorat, beaucoup de problèmes qui faisaient baisser la fréquentation de nos centres de santé… Nous avons désormais des agents de santé de type nouveau, prêts à affronter tous les défis", affirme ce tuteur national. "J'ai noté une nette amélioration dans les prestations de mes agents formés par tutorat", témoigne Séraphin Ahoui, médecin-chef de huit centres de santé dans la sous-préfecture de Djidja, village situé à près de 200 km de Cotonou. "Grâce au tutorat, mes agents font maintenant un meilleur archivage des dossiers. Lorsque je demande le dossier d'un patient, je l'obtiens beaucoup plus rapidement qu'avant. L'accueil des malades est désormais meilleur, les soins ne coûtent plus aussi chers qu'avant et les patients sont plus ouverts et plus confiants quand ils viennent au dispensaire ou à la maternité", souligne-t-il. "La fréquentation de ces centres, par les populations, a augmenté du coup", ajoute Dr Séraphin Ahoui. A Houngbègamey par exemple, avant la formation, il y avait des jours où aucun malade ne venait au centre. "Mais actuellement, nous recevons quatre à cinq malades par jour", témoignent Célestine Agbozo et Mireille Dégué, respectivement infirmière et sage-femme du complexe communal de santé du village. "Mieux", ajoute Dégué, "avant la formation, nous négligions la consultation des enfants sains lors de la vaccination alors que ces enfants peuvent être aussi porteurs d'affections graves. Aujourd'hui, nous décelons systématiquement ces affections et nous les traitons avant de laisser rentrer les enfants". Les nouvelles des performances du dispensaire et de la maternité de Houngbègamey sont si bien parvenues dans les villages environnants que Delphine Adilodji, malgré sa grossesse à terme et sa grosse fatigue, a préféré faire 13 km à vélo, juste pour venir mettre au monde son enfant à la maternité de ce village, bravant tous les risques d'accouchement en cours de route. Le gros bébé d'à peine cinq heures de vie, couché à ses côtés, et le large sourire de joie que la mère Adilodji affiche à la vue d'une équipe de journalistes visiteurs, témoignent que son entêtement n'a pas été vain.
"Les gens parlent en bien de ce complexe médical autour de moi et j'ai voulu venir constater par moi-même. J'avoue que je ne suis pas déçue", ajoute-t-elle.

