DROITS-SWAZILAND: Equation mortelle, abus-SIDA-droits de genre

MBABANE, 3 déc. (IPS) – Une équation mortelle est progressivement en train d'être comprise dans la société socialement conservatrice du Swaziland : que l'abus sexuel contribue de façon significative à la propagation du VIH, et est enraciné dans l'inexistence des droits des femmes.

"Pour un pays ayant des valeurs traditionnelles, il semble avoir beaucoup d'inceste et de violence conjugale ici. Pour ce qui concerne le SIDA, le Swaziland a l'un des taux d'infection du VIH les plus élevés au monde", affirme Agnès Kunene, infirmière au centre commercial Manzini.

L'équation abus-SIDA-droits de genre est devenue plus mortelle avec des statistiques gouvernementales qui ont filtré cette semaine sur le VIH, et qui, comme l'ont signifié à IPS des sources au ministère de la Santé, seront annoncées officiellement bientôt. Les dernières données montrent que plus de 38 pour cent d'adultes swazi sont séropositifs. Cela classerait le pays devant le Botswana comme l'un des premiers pays les plus touchés par l'épidémie en Afrique.

"Les femmes sont considérées comme des mineurs tout au long de leur vie", estime une femme d'affaires de Mbabane, Martha Simelane. "Même moi, j'ai une entreprise et je suis le soutien matériel de la famille dans notre maison, mais je ne peux pas obtenir un prêt bancaire ou passer un contrat sans la permission de mon mari. Cette attitude selon laquelle les femmes sont sous l'autorité des hommes rend également les rapports sexuels inégaux.

On s'attend à ce que les femmes se conforment aux désirs des hommes".

Les femmes swazi espèrent obtenir une certaine émancipation lorsque le Roi Mswati promulguera une nouvelle constitution l'année prochaine, même si le monarque a indiqué que son contenu sera en harmonie avec les coutumes séculaires swazi.

Jusqu'alors, le Groupe d'action contre l'abus au Swaziland (SWAGAA) a noté que les hommes accusés dans des affaires criminelles de viol et d'inceste continuent de se défendre en disant qu'ils suivent la "voie de Dieu", comme l'a déclaré un accusé, pour traiter les femmes comme ils le veulent.

"L'inceste et l'abus sexuel sont des facteurs clés qui contribuent à la propagation du SIDA au Swaziland", affirme Alan Brody, représentant national de le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).

Le SWAGAA, qui conseille les victimes de viol et autre abus et aide les femmes en leur offrant une assistance médicale et juridique, constate que le cycle, qui commence avec le manque d'égalité sociale et juridique des femmes et qui s'achève dans le SIDA, est enraciné dans les coutumes polygames du pays.

"Un homme, qui est infidèle à une femme et qui contracte le VIH d'une copine ou d'une prostituée et le transmet ensuite à sa femme, condamne deux personnes. Mais un mari infidèle dans un mariage polygame peut infecter trois, quatre, ou beaucoup d'autres personnes. Malheureusement, il y a autant d'hommes infidèles qui sont polygames que de maris ayant une seule femme", souligne Sindile Mcanyana de SWAGAA.

"Women and Law" (Femmes et droit) de la section Swazi en Afrique australe a également insisté sur le lien entre l'inexistence des droits des femmes et la propagation du VIH. En lançant des défis juridiques dans des tribunaux pour assurer les premiers, l'organisation espère réduire la seconde.

"Nous avons eu quelques succès avec des procès d'inceste", affirme Zakhe Hlanze, l'assistant à la recherche du groupe. "Certains pères ont justifié le viol de leurs filles en disant que c'était une coutume swazi. Nous avons fait une recherche approfondie auprès des autorités traditionnelles, et notre conviction est qu'aucune coutume du genre ayant existé autrefois n'a été avérée".

Hlanze ajoute également que les tribunaux swazi montrent actuellement de moins en moins d'indulgence à l'égard des violeurs et plus de sympathie à l'égard des femmes qui sont violées ou victimes d'abus. Le SWAAGA a lancé un programme de formation et de sensibilisation avec la Police royale du Swaziland, ce qui explique en partie l'augmentation des arrestations des violeurs et auteurs d'abus sexuels.

"L'autre facteur est que les gens rapportent maintenant ces crimes. Des femmes se présentent maintenant pour des soins et des conseils. Avant, cela ne servait à rien", selon Hlanze.

Mais la mère d'une fillette de 12 ans qui a été violée a déclaré : "Je suis allée porter plainte au commissariat, mais ils n'étaient pas intéressés.

C'est seulement quand je suis revenue avec un membre du SWAAGA qu'ils ont pris mon problème au sérieux".

Aussi bien SWAAGA que "Women in Law" pensent qu'une solution au SIDA au sein des adolescentes et des jeunes femmes adultes a été bafouée après que le Roi eut violé, par son propre consentement, une remise en vigueur des règles de chasteté pour des filles non mariées, qu'il avait instaurées l'année dernière.

"Le roi n'aurait pas dû prendre comme sa neuvième femme une fille âgée de 17 ans, l'année dernière", estime l'infirmière Kunene.

"Il envoyait le mauvais message", reconnaît Mcanyana de SWAAGA.

Cette année, Mswati a aperçu trois filles en train de prendre part à la danse au son d'anche pour filles vierges, et des aides de camp du palais les ont emmenées de l'école pour se joindre aux épouses du roi en tant que dixième, onzième et douzième femme. (Au moment où le père du roi avait l'âge actuel de Mswati, il avait quatre femmes, et en fin de compte il en aurait eu plus de 115, selon l'historien J.S.M. Matsebula).

La mère de l'une des filles a fait la Une des journaux internationaux en traduisant en justice les aides du camp du palais pour accusations d'enlèvement. Mais elle a constaté que lutter contre le palais dans la dernière monarchie absolue d'Afrique subsaharienne était une vaine entreprise.

"En fait, ce procès a beaucoup attiré l'attention sur l'inexistence des droits des femmes au Swaziland", affirme Mcanyana.

Une coalition ad hoc sur les droits de genre a pris part aux audiences du tribunal lorsque l'affaire de la mère était jugée, et a, par la suite, pris l'engagement de faire pression sur le parlement pour une législation en faveur de l'émancipation des femmes. "Parce que les droits de genre, y compris les droits de reproduction quand une femme a son mot à dire pour porter une grossesse, sont liés aux questions sanitaires comme la propagation du VIH/SIDA, la nécessité d'abandonner le rôle traditionnel de femmes soumises est critique. En fait, avec un taux de VIH aussi élevé qu'il l'est au Swaziland, ceci est devenu une question de vie et de mort", a déclaré un avocat de "Women in Law".